‹ Le loyal serviteur [pseud.] Chronique de Bayart.--Guillaume de Marillac. Vie du connétable de Bourbon.--Antoine de Laval. Continuation de Marillac.--Jacques Buonaparte. Sac de Rome in 1527.--R. de La Marck, sgr de Fleurange. Mémoires du jeune adventureux.--Louise de Savoye. Journal.--Martin et Guillaume du Bellay. MémoiresChapitre 402 sur 428 · LIVRE X · texte numérisé non relu

LIVRE X

et abandonner Texécution de leur victoire. Estant la bataille du tout gaignée, et ne estant plus d'ennemys en campagne, sinon les morts et les prisonniers et blessés, furent ordonnés gens pour recognoistre le nombre d'hommes qu'ils avoient perdus. Aussi à ladite defhiete se feit un grand butin, car le marquis du Cuast avoit amené avecques luy les principaux du dudié de Milan, en sorte qu'il se trouva bien pour trois cens mille francs, tant en argent monnoyé, qu'en vaisselle d'argent et autres richesses; et y fut gaigné quatorze ou quinze pièces d'artillerie, avecques tous les ponts qu'ils avoient amenés pour passer le Pau, et aussi plusieurs munitions, tant de farines qu'autres choses, qu'ils avoient amenées pour envitailler Carignan. Pareillement y furent trouvés, par compte faict, environ de sept à huict mille corselets, tellement qu'un hamois, qui coustoit à Milan douze escus, ne se vendoit que dix et vingt sols les plus beaux. Puis, après avoir mis l'ordre tel que les affaires requéroient, fut laissé à CerisoUes le chevalier Assal, maistre de camp des Italiens, avecques cinq enseignes de gens de pied italiens nouvellement arrivés de la garde du pont des Sablons, lesquels estoient des plus aguerris de nostre armée ; de sorte que, s'ils eussent esté au bataillon des autres Italiens et Gruiens, on peult estimer qu'il n'eust esté ainsi renversé qu'il fut. Je ne sçay si ledit Assal, auquel le jour précédent fut faict commandement de les mander, l'oublia, ou si son messager feit mal son devoir, mais ils n'arrivèrent que la battaille ne fust gaignée, qui nous fut grand desfaveur. Ce faict, monseigneur d'Enguien retourna victorieux loger à CarmagnoUe, pour refreschir ses hommes, qui avoient esté trois jours et trois nuicts en continuel travail, scavoir est, le samedy, dimanche et lundy . Auquel lieu arrivé qu'il fut, ordonna de sçavoir le nombre des ennemys prisonniers ; lesquels, après qu'ils furent retirés en deux ou trois églises, se trouvèrent deux mille cinq cens vingt Allemans, entre autres, le seigneur Alisprand de Madruce, firère du cardinal de Trente, qui ftit trouvé parmy les morts, blessé en plusieurs endroicts de son corps; toutesfoys il fut porté à Turin, où il fut guéry. Des Espagnols, se trouvèrent six cens trente prisonniers, entre autres, don Raimond de Cardonne et Mendosse ; d'Italiens de la cavalerie, don Charles de Gonzà-

gue,et jusques à sept ou huict capitaines espagnols. Aussi fut rapporté qu'il s'estoit trouvé de morts, en moins de demy-miile de pays, de douze à quinze mille hommes de toutes nations. U se trouva des nostres environ deux cens hommes morts, dont, de gens de nom, moururent, comme j'ay desjà dit, le seigneur d'Assier, qui ne mourut ce jour, mais six jours après; le baron d'Oyn ; Monsallais, enseigne de monseigneur de Cursol; l'enseigne de monseigneur d'Aussun, et son nepveu, Charles de Dros, gouverneur de Montdevis; le seigneur de Glayve, gouverneur de Cahors ; le seigneur Descro, du comté de Nice , colonel de dix enseignes italiennes; et le colonel des Gruiens , en l'absence du comte de Gruière, qui estoit du Dauphiné. Et du premier rang des François, moururent le seigneur de la Maule, Provençal ; le capitaine Passin, de Dauphiné; le capitaine Barberan et le capitaine Moncault , tous deux Gascons : le capitaine la Mole Daute demoura parmy les morts, mais il eut la vie sauve : toutesfoys il demoura aveugle ; et le capitaine Saincte-Geneviève, et encores quelques autres capitaines dudit premier rang, y furent ou morts ou blessés. Des Suisses n'y eut homme de nom blessé, que le baron de Saxe, lequel eut un coup de picque à la gorge.

Après avoir remercié Dieu de ceste victorieuse def&icte, fut, pour délibérer du surplus des affaires, assemblé le conseil, auquel il fut conclud d'advertir nos ambassadeurs de Homme, de Venise et de la Mirandole, de la victoire que nous avions obtenue. Pour ce foire fut ordonné le seigneur Hercule Visconte, parce qu'il avoit meilleur moyen de passer que nul autre; puis fut dépesché le seigneur d'Escars, pour semblablement en advertir le roy, et aussi pour luy faire entejidre que, si son plaisir estoit d'envoyer le payement d'un mois de nostre armée, avecques quelque argent pour la conduitte de l'artillerie, et faire descendre six mille Grisons, lesquels estoieift desjà levés, droict à Milan, avecques l'armée, laquelle lesseigneursd'Italie, comme le comte de Petillane, le comte de la Mirandole, le seigneur Pierre Strosse, et plusieurs autres, dressoient pour se venir joindre audit lieu de Milan avecques monseigneur d'Enguien, ledit seigneur d'Enguien, accompagné de gendarmerie et des François et Suisses, marcheroit droict en Ast, laissant devant Cari-

gnan sept, ou huict mille hommes, tant Gniiens, Italiens, que François, pour empescher, par boulleverts et trenchées, les saillies de ceux de dedans : et qu'il sembloit aux capitaines estans avecques ledit seigneur, que le duché de Milan estant estonné et dépourveu d'hommes, après une battaille perdue, il estoit apparent de le lever des mains de Fempereur, hormis le chasteau de Crémone et celuy de Milan. Véritablement le marquis du Guast feit sonner le tabourin vingt jours avant qu'il y eust homme qui se voulust mettre en campagne, tant le pays estoit effroyé. De prime face, le roy le trouva bon ; mais depuis il en fut diverty, parce que de jour en jour il avoit advertissement que l'empereur assembloit son armée sur le Rhin, la plus grosse qu'il avoit jamais eue ; par quoy il ne se vouloit dessaisir de ses forces, mais plustost en tirer d'Italie pour venir secourir son pays. A ceste cause, il manda audit seigneur d'Enguien qu'il eust seulement à affamer Carignan, à ce que plus aisément il se peust ayder des forces qu'il avoit au Piémont, pour la conservation de son royaume. Qui fut, ce me semble, chose assez mal digérée, car si l'empereur eust senty le duché de Milan esbranlé et en danger de perdition, veu mesmes les grandes partialités lesquelles estoient au royaume de TSaples, il eust esté contraint d'y convertir ses forces, pour plustost garder ce dont il estoit en possession, que d'essayer à conquérir celuy d'autruy, en hazard de ne riens gaigner.

Monseigneur d'Enguien, ayant eu ceste response de la volonté du roy, advisa de chercher le moyeu de faire vivre son armée, laquelle n'avoit aucun paiement; car ce peu d'argent qu'il avoit receu devant la battaille, le bailla aux Suisses pour les arrester ; si est-ce que, leur baillant tout ce qu'il avoit, il leur demoura encores redevable de deux mois, sans le mois de la battaille. Par quoy il ordonna le seigneur de Thays, avecques les bandes françolses et environ deux cens hommes d'armes.de toutes compagnies, pour aller vivre sur le pays de l'ennemy, luy baillant six canons, avecques quelques autres pièces, pour se faire ouverture ; et luy, avecques le reste, repassa le Pau, et alla camperdevant Carignan, sur lechemin tendant de Vimeux audit lieu de Carignan, et feit faire tout autour d'icelle ville, depuis l'un des costés du Pau jusques à l'autre, des forls en divers

lieux, pour empescher les saillies des assiégés. Ledit seigneur de Thays, partant de Villedestellon , ou nous estions campés, s'en allak Sainct' Lamian, place du Montferrat, laquelle n'avoit encores obéi ny aux François ny aux Espagnols ; toutesfoys, se voyant sans espérance de secours, elle se rendit, par condition quelle demoureroit en ses anciennes franchises, et n'auroit garnison que de François, et point d'Italiens. Suy vant laquelle transactioDijUissa deux enseignes de gens de pied françois; pois, passant plus outre, print Montcallier parcom position, qui est une place forte, au milieu (h Montferrat. Pareillement il print Yignal, Pont Desture, Sainct-Salvadour, Frésenet de ho, qui est à deux milles au-dessoubs de Gazai; bref tout le Montferrat se rendit à luy, pour Teffroy de la battaille que les Impériaux avoient perdue, hormis Cazal, Trin et Albe.

Ce temps pendant, on avoit ordinairemat d u passe-temps en escarmouches , lesquelles, d^ puis le dix-huicliesme jour d'avril jusques ao vingtiesme de juin ensuyvant, se dressèreo: depuis soleil levé jusques à dix heures du matin, et depuis deux heures après midy jusqofs à soleil couché, entre la ville de Carignan etoos trenchées. Si est-il que la famine contraignit si extrêmement les assiégés, que dejour enaotre aucuns d'eux se jettoient par-dessos le rempart pour chercher du pain ; si que finaUement il leur fut nécessaire de demander grâce, poor laquelle impétrer, ils envoyèrent leurs dépoiô devers monseigneur d'Enguien, sçavoir est, le comte Félix, chef des Allemans, et Saincl-I^fquel, maistre de camp des Espagnols; aoiquels ledit seigneur d'Enguien, voyant qu'ils avoient faict leur devoir comme gensdc guerre, leur feit telle gracieuseté, qu'il les laissa aBer avecques leurs armes, toutesfoys sans eoseipe ny tabourin, leur faisant foire serment, tant aux capitaines que soldats, de ne porter armeJ contre le roy ny ses alliés de six mois ; etqu'ib passeroient delà la rivière d' Adde, sans repasser en ça durant lesdits six mois ; et qœ le seigneur Pierre Colonne, dedans Imiftjoon après qu'il auroit faict un voyage à Milîfi' viendroit en France se mettre entre les bmIqs du roy, pour y demourer un an entier, » •' roy ne luy faisoit grâce; ce que feit ledit Colonne. Tout ce qui leur fut promis leur fat teno; et furent ordonnés Iç seigneur de I-angefei le

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