LIVRE X
reur,après mesoftes avoir vaincu en battaille les lansquenets, qui estoicnt deux. contre un, les asseurant pareillement que la» cavalerie Françoise mourroit plustost que les abandonner. Les Suisses , fléchis par les reraonstrances de monseigneur d'Enguien, accordèrent de mar-* cher; et allasmes coucher à Sommerive,le lendemain à Quiéras, auquel lieu les Suisses firent difficulté de marcher outre , s'il ne leur estoit preste cinq cens escus pour enseigne ; ce qui leur fut accordé : et pour les trouver, le seigneur de Gental trouva quinze cens escus sur les bagues de sa sœur, femme du seigneur de Montafié ; le capitaine Fausperg , Suisse , en presta mille, et outre bailla cinq cens escus à sa bande ; aussi le capitaine Fourly feit pour la sienne : somme ne restoit que pour renseigne de Sainct-Julian , qui estoit colonel. Par quoy fut condud de partir avant le jour , pour marcher à Albe; maisà minuict ledit seigneur de Sainct-Julian vint à mon logis, à ce que j'advertisse monseigneur d'£nguien que les compagnons estoient mutinés , et qu'ils n'estoient délibérés de marcher ; mais , après que je me fbs bien enquis, je trouvay que luy-mesmes les a voit mutinés , et n'y eut ordre si soudain d'y pourveoir par quoy monseigneur d'£nguien, ayant nouvelles que le seigneur Pierre seroit à midy à Albe, craignant que le retardement n'amenast secours à ceux d' Albe , Vestant mis en chemin, les Suisses eurent vergongne de demourer; par quoy, en despit de leur colonel , marchèrent après nous, et arrivèrent devant la ville, environ jour couché, que nous commencions à faire approche.
En nostre armée y avoit la compagnie de cinquante hommesd'armesde monsieur d'Enguien, les chevaux légers du seigneur d'Aussun,ceux de Francisque Bernardin, et environ cent chevaux du seigneur More de Novate, et n'y avoit que quatre canons mal esquippés, dont le seigneur de Beine en avoit preste deux , car nous n'avions moyen d'en amener de plus loin ; semblablement nous n'avions un seul pionnier, par faute d*argent , et si ledit sieur de Beine n'eust faict conduire à ses despens lesdits canons, nous n^eussions eu moyen de les mener , tant nous estions desnués d'argent, et moy-mesmes avois jà emprunté trente mille escus à Turin, lesquels avoient esté employés pour arrester nos Suisses durant le siège de Carignan. Dès le soir mes-
mes, nous achevasmes nos approches de si peu d'artillerie que nous avions, de sorte qu'à soleil levé se commença la batterie du costé de la porte qui est devers la montagne de delà l'eaue, où fiit faict un trou par avanture de dix pieds de long : mais le seigneur Chiapin , voyant de tous costés de la ville les gens du seigneur Pierre et du duc de Somme faire mine de vouloir donner escalade , et les autres se préparer pour donner l'assault à la petite bresche, laquelle ne se pou voit faire guères plus grande, à cause que deux de nos canons estoient démontés, s'estonna, de sorte qu'il rendit la place, s'en allans seulement luy et les soldats sans riens emporter, où bon leur sembleroit. Il faut entendre que les soldats du seigneur Pierre n'avoient souliers en pied, pour les avoir usés parmy les montagnes.
Le marquis du Guast, ayant esté adverty de nostre arrivée à Albe, estoit venu avecques son armée en toute diligence pour secourir sa ville, de sorte que les coureurs impériaux , à l'heure que ceux qui estoient ordonnés pour prendre possession de la ville entroient dedans, donnèrent sur nostre guet de cheval ; mais ayans eu cognoissance de la perte de la ville , s'en retournèrent plus légèrement qu'ils n'estoient venus , hormis quelques-uns , qui furent prins par le seigneur d' Aussun : qui fut cause que le marquis ne marcha plus avant , estant frustré de son espérance. Par quoy le seigneur d'Enguien demoura possesseur de la ville, dedans laquelle il mit pour chef le seigneur Corneille Bentivolle, avecques deux mille Italiens ; puis il se retira à Carmagnolle , après avoir mis en son obéissance la plus grande part des chasteaux du pays des Langues. Quelque peu de temps après , le marquis du Guast feit praticquer par le gouverneur d'Alexandrie une suspension d'armes, jusques à ce qu'ils eussent envoyé devers le roy et fempereur, pour savoir si leurs Majestés auroient agréable de conclure une trefve ; ce qu'ils accordèrent, après avoir eu le consentement des deux Majestés pour trois mois.
Revenons en Champagne : l'empereur, ayant entre ses mains le chasteau de Ligny, y laissa garnison, d'autant que c* estoit le chemin des vivres qui luy venoient de Metz et de Lorraine, pour tirer à Sainct-Dizier, où il tendoit aller; et, ayant mis ordre à la seuretéde la conduitte
d'iceux vivres, dressa son chemin audit Sainct- Dizier, cinq lieues au-deçà de Ligny, sur la rivière de Marne, et y arriva environ le huictiesme jour de juillet 1544. Le comte de Sancerre, le sentant approcher, envoya au-dessus de la ville, tirant aux forests, rompre quelques estangs, qui empeschèrent que de ce costé, pour quelque temps, l'empereur ne peust approcher ; qui fut cause qu'il tourna son siège ailleurs pour faire sa batterie. Aussi le comte de Sancerre jetta dehors le seigneur de Telligny, guidon de sa compagnie, avecques vingt-cinq chevaux, pour entendre des nouvelles; lesquels ramenèrent dix ou douze prisonniers, qui luy donnèrent advertissement de Tennemy , lequel, incontinent qu'il fost arrivé devant Sainct-Dizier, feit diligenter en toute extrémité les approches du costé d'entre les moulins et la porte qui souloit tirer droict en Parthois et à Vitry. Ce pendant, monseigneur le dauphin dépescha le seigneur de Brissac, général dç la cavalerie légère, et environ deux mille hommes de pied, tant françois que italiens, pour se loger à Vitry-en-Parthois, cinq lieues près dudit Sainct-Dizier, my-chemin dudit lieu et de'Cballons, afin de tousjours donner empeschement à l'empereur et à ses vivres, et aussi pour le tenir en crainte de donner assault. Or est ledit lieu de Vitry une petite ville mal fermée, et un petit chastdet qui est sur la poincte de montagne, et passe par le miheu d'icelle ville une rivière venant de Ligny à Bar-le-Duc, puis se décharge au-dessoubs de Vitry en la rivière de Marne.
L'empereur, voyant ordinairement son camp fert travaillé de nostre cavalerie légère qui estoit à Vitry, laquelle de jour en autre destroussoit ses fourrageuFs, dont advenoit grande nécessité de vivres en son camp, délibéra de les en déloger, et, pourcest effect, dépescha don Francisque d'Est, frère du duc de Ferrare, général de sa cavalerie légère, avecques toute sa trouppe, et le duc Maurice de Saxe, avecques douze cens chevaux allemands, et le comte Guillaume de Fustemberg, avecques huict ou dix mille lansquenets, et de l'artillerie poursuivre ladite cavalerie. Et estoit leur entreprinse que la cavalerie passeroit la rivière de Vitry, à un village nommé Changy, à une Keue firançoise au-dessoubs dudit Vitry, pour se trouver sur le chemin de Challons, à ce que, si les François se vouloient retirer vers ledit Challons,
ils les paissent rencontrer eatestc^ ^ s'ilise reliroient audit lieu de Vitry, le Cûint£ Golt lanme venoit avecques l'artillerie pour les forcer. Mais le jour les surprint avant qu'ils fissent à Changy, où Us trouvèrent vingtchevanx de guet de la compagnie du seigneur de Lugey, laquelle esloit conduitte par le seigneur de Marville, CatheËu RaiUart, son lieHtenuit,k cause que ledit seigneur de Lai^ey estoit ea Piémont. Lequel Marville, ayant décoavert les coureurs des ennemys, qqi vouloientrecognoittre le passage, se ferqia au booldu pont; aan firent les ennemys attendans leur ffom trouppe ; et, ce paidant, ledit Marnlleadveitit la Motte Gondrin, capitaine de chevaux Ic^, lequel, estant arrivé, passa l'eaue pour combattre les coureurs des ennemys ; mais il fat6hai]|é de telle furie, qu'il fut renversé, et luy fort blessé et repoulsé jusques où estoit la ooai|ttgnie du seigneur d% Langey ; laquelle, voyait sur leurs bras cinq ou six cornettes de cbefaax légers, eomment^reat , tousjours en coioUltant, à fisUre leur retraitte vers Viiry , dob um qu'il en demeurast dix ou douze prisonniers, et plusieurs blessés : et les Atbanois qui estoicot logés près ladite compagnie, oyans I aiarvne,se retirèrent vers Challons, tous esbandés. Estafif lesdits chevaux légers rassemblés prèsde Vitrj, trouvèrent la bande du sieur de la Hunaodavf, condttitte par Michel Ange, son lieutenant, q«i leur feit espaule, et se retirèrent ensenble, tousjours combattans jusques à Vitry; aofB^ lieu estans arrivés, trouvèrent le seignearè Brissac avecquea quelques arquebooziersde la bande de Sainct-Petre, Corse,Viêdans des vigaes, lesquels soustindrent à coups d'arqoete l'ennemy ; qui leur vint bien à propos, ao^ naent ils eussent esté deflaicts. Ledit seigneor^ Brissac, voyant la force n'estre sienne, déBbéra sa retraitte, et priât le chemin de la rivièrp^ Marne, pour se retirer à Challons, ou à my-A^ min. Monsieur de Nevers avoit envoyé trois oo quatre cens hommes d'armer, qu'il avoit jetltf hors de la ville pour soustenir nos gens; mais ils ne les rencontrèrent d'autant qu'ils avoient prins le chemin de la chaussée; par quoy 1* seigneur de Brissac, ayant passé la n^'^ avecques si peu de chevaux l^rs qui Ifly ^ toient restés, mit la moitié de ce qu'il «*<* sur la main dextre, et luy sur la gauci^e, et envoya quelque nœnbre de picqmers et ë'arqof
boiuiers au passage de la rivière, pour sôustenir.Mais soudain reiinemy esbanda sept oil hatct cens pistoliers, et autant de chevaux légers, et bon nombre d'àrqoebouziefs à cheval , lesquels contraignirent Sansac, qui est oit demearé sur la queue, de donner dedans le village où estoit le passage; qui porta grand ennuy à nos gens de pied, car Tennemy les trouva en désordre, rompus par nos gens mesmes, et les tailla en pièces, hors une partie qui se retirèrent en une église ; lesquels se voulans rendre, arrivé que fut le comte Guillaume, après leur avoir présenté le cahon, et faict battre l'église, y feit mettre le feu, et forent tous bruslés là dedans. Ce temps pendant, le seigneur de Briflsac faisoit sa retraitte, toujours tournant sur son ennemy quand Foccasion se présentoit ; de sorte qu'il fut deux fois prins et deux fois recoQS, si que sa vertu et conduitte vainquit la force, car, en combattant obstinément, se retira près de Challons. Les Impériaux se logèrent la nuict à Yitry, pois, laissans le comte Guillaume, tant dedans la ville que au cbasteau, pour favoriser leurs fourrageurs, se retilièrent en leur camp devant Sainct-Dizier, auquel lieu Tempereur continuoit son siège, et eherchoit tous les moyens possibles pour endommager les assiégés.
Le comte de Sancerre, lequel estoit dedans, advisoit diligemment à se conserver, et départit les quartiers, afin que chacun sceust où il devoit combattre. Au vicomte de la Rivière baiHa la garde du boullevert de la Victoire, qui eût à la porte qui tire à Parthe, avecques Tune de ses enseignes; et à son autre enseigne, hi garde depuis ledit boullevert jusques à la plateforme qui tire vers Salnct-Menehoult, et, depuis ladite plate-forme jusques au chasteau, ordonna une autre enseigne; et dedans ledit chasteau, le capitaine Neufvillette, Tun des lieutenans du capitaine la Lande, de Tune de ses enseignes ; et aussi ^ depuis ledit chasteau jusques au boullevert où estoit le Vicomte de la Rivière, forent cnfdonnés deux cens hommes de pied estans sous la tharge du seigneur de Dourrters, lequel avoit esté prins dedans Ligny. £t en chacun d^sdlt» quartiers fot ordonné dix hommes d'armes ; et ptiis, pour la garde de la place et secourir où il seroit besoin, vingt hommes d*armes et cinq cens hommes du capitaine Ricarville, desquels il avoit la chai^ge, sous le ca-
pitaine la Lande. Aussi Tempereur, estant logé prés de la Justice, fit approcher ses Espagnols entre la ville et la rivière, en un fond auquel ils ne pouvoient estre offencés de l'artillerie de dedans. Lesquels, après avoir faict leurs Irenchées droict à la poincte du boullevert de la Victoire, mirent deux bandes d'artillerie ea batterie, l'une qui battoit depuis ledit boullevert jusques à la porte qui descend aux mouUns, et l'autre du costé de Parlhe, laquelle battoit eu flanc; mais le comte de Sancerre, voyant la diligence qu'ils faisoient, feit venir les vingt hommes d'armes et l'enseigne de Ricarville, qui estoient à la place, pour remparer au lieu de la batterie que les ennemys faisoient.
Pareillement, voyant l'empereur que nos gens faisoient ordinairement des saillies par devers le chasteau, envoya le prince d'Orange avecT ques dix-huicl enseignes d'Allemands et six grandes coulevrines, pour de ce costé battre dedans la ville, et empescher lesdites saillies; lequel se logea à la forge, vis-à-vis du chasteau^ près du pont qui est sur la rivière de Marne. Estant arrivé à ladite forge, trouva moyen de divertir les eaux hors du fossé de la ville ; dont il mit les assiégés en nécessité d'eaue, car ils n'avoient plus que trois puits, qui malaisément pouvoient fournir aux gens de guerre. Ce pendant aussi l'empereur faisoit continuer sa batterie ; mais, estant le capitaine la Lande travaillé d'avoir remparé tout le jour, et s'estant retiré dedans son logis pour se refreschir, un coup de canon, passant par la bresclie et tout à travers la ville, luy emporta la teste; qui fut grand dommage, car il estoit vaillant homme et beaucoup expérimenté ; de quoy le comte de Sancerre adverty, feit ce jour celer sa mort, craignant estonner ses soldats. Ce jour mes-* mes, le prince d'Orange estant party de la forge où il estoit campé, et estant es trenchées pour aUer visiter l'empereur, un coup de coulevrine venant de la ville, donna sur le bault d'icelles trenchées, où avoit forc« pierres, dont les eselats frappèrent ledit prince d'Orange, de sorte qu'il en mourut, au grand regret de l'empereur et des Impériaux.
Deux jours après, l'empereur, voyant que la bresche estoit raisonnable , délibéra faire donner l'assault , et, pour cest effect , sur les neuf heures du matin^ feit préparer son armée. Les Espagnols) craignans que les AUemans voulsis-
ne
«ent Avoir Thonneur d'assaillir les premiers, soudain, sans autre commandement, dix-huict enseignes des leurs donnèrent droict à la bresche, auquel lieu ils combattirent main à main contre les assiégés une grande heure. L'empereur, sçachant les Espagnols estre à Tassault, feit haster de marcher neuf ou dix mUle Allemans pour les sousienir ; toutesfoys nos gens, à force de bien combattre, repoulsèrent les Espagnols du hault de la bresche en bas; puis après , l'empereur envoya sept ou huict cens hommes , tous ayans casaques de velours et la bourguignolte en teste , lesquels furent soustenus comme les premiers , et renversés dedans les fossés. De rechef il feit renouveller l'assault de huict enseignes d' Allemans , avecques force petits barils de poudre, lances et autre artifice de feu ; lesquels feirent si bien leur proufBt , qu'ils laissèrent dedans le fossé tous lesdils artifices , avecques sept ou huict cens hommes morts, qu'ils perdirent aux trois assaulx. L'empereur, considérant la vertu des assièges, m^ mes qu'il avoit perdu grand nombre d'hommes et des plus expérimentés , feit retirer chacun en son lieu. Telle fut la fin duditassault, lequel avoit duré depuis les neuf heures du matin jusques à quatre heures après midy. Le comte de Sancerre y eut son espée, qu'il tenoit au poing, emportée d'un coup de canon , sans luy taire autre mal, sinon quelque blessure au visage de quelques petits esclats, mais il perdit à la bresche trente ou quarante , tont hommes d'armes qu'archers, et deux cens hommes de pied. Peu de jours après ledit assault, l'empereur envoya un trompette pour sonder la volonté des assiégés, estimant qu'eux, après avoir faict leur devoir se contcnteroient d'une composition honorable; mais les assiégés ne voulurent jamais escouter ledit trompette , à ce qu'il ne peust donner estonnement aux soldats, et leur faire changer la bonne opinion en laquelle ils estoient de faire leur devoir.
Le comte de Sancerre, après avoir assis son guet, assembla tous les capitaines, spécialement Hiéronyme Marin, BouUenois , fortificateur, pour délibérer ce qu'iU avoient à faire. Finablement , il fut conclud que la nuict ledit Hiéronyme, et le capitaine Ricarville, accompagné de vingt de ses soldats , descendroient dedans le fossé, pour escarper la bresche: ce qu'ils feireiit, et rapportèrent quand et eux grand popi'
bre de poudres que les AUemans y avouent laissées , qui servirent bien à nos arquebooziere, car ils commençoient d'en avoir faulte; pareillement fut faicte telle diligence de remparerla bresche ) qu'elle estoit au matm phis forte que devant. Quoy voyant, l'empereur feit cesser la batterie pour tenter la sappe, et feit «i diligence commencer des trenchées pour aller droiclaa boullevert de la Victoire ; et aussi du costéde la bresche commença une plate-forme de diihuict gabions de front , sur lesquels , quand ils estoient emplis, on en dressoit d'autres josqoes à tant que la haulteur fiistccmvenable. Ceaiqoi besongnoient pour venir sapper le bouUevcrt, estans leurs trenchées desjà près dudit b(wll^ vert, trouvèrent une grosse source de foûtainc qui les empeschoit de passer outre; mais les assiégés, voyansjetter l'eaue hors de ladite trcftchée , souspeconnèrent que les ennemys vouloient miner ou sapper, et , pour en scavoirla vérité , ils mirent la nuict dehors un genlHhomme nommé le capita'me Limières,NonDaDd, avecques quelques hommes , lequel feit si bien son devoir, qu'il feit abandonner aux Espagnols la garde desdites trenchées, et les visiu delxwt en bout, et ramena quelques pionniers dedans la ville , pour dire des nouvelles : le reste fat taillé en pièces.
Durant que le siège estoit devant Sainct- Dizier , monsieur d'Aumalle , fils aisoé do doc de Guise, estoit dedans Stenay, ville, comme j'ay dit, sur la Meuse, avecques cent cinquante hommes d'armes et quelque nombre de gens de pied; lequel, outre ce qu'il avoit délibéré de la garder si l'empereur la venoit assa*dlir,portoit grand dommage au camp impérial, car ordinairement il estoit à cheval , et ronopoit te vivres à l'ennemy , principalement ceux qm luy venoieut de Bar-le-Duc, de sorte que ses détrousses vériublement apporloient grande bsr chérie à l'empereur.
Environ dix-huict jours après ledit assanlt, un tabourin françois , estant allé au camp impérial pour quelques prisonniers , apporta aa comte de Sancerre une lettre en chiffres, lesquelles luy avoient esté baillées en secn[t^ un homme interposé et à lui incogneo, qui ûjsoit avoir charge de monsieur de Guise de te faire tenir secrettement audit comte ; Icquelte ayant receues et faict déchiffrer, feit assefflbte les capitaine pour en ouïr la substM^ce '. ^^
[iUi]
LIVRÉ X-
toit que monsieur de Gui&e escrivoit que le roy, sçachant Textrémité de vivres et de poudres en laquelle ils entroient, leur mandoit de trouver moyen de faire composition si honorable que les hommes fussent sauvés, parce qu'il n'y avoit ordre de les pouvoir secourir. Or avoit le seigneur de Granvelle faict surprendre un paquet, dedans lequel fîit trouvé l'alphabet du chiffre que ledit seigneur de Guise avoit avec le comte de Sancerre, sur lequel il avoit contrefaict ladite lettre, au nomdudit seigneur de Guise. Le comte et les autres capitaines, n'ayant cognoissance de ceste falsité, furent en diverses opinions; mais enfin, ayant respect au grand travail que les soldats avoient porté, pour avoir esté assiégés par l'espace de six sepmaines, et que les vivres et munitions leur commençoient à défaillir, de sorte que malaisément eussentils eu poudres pour soustenir encores un assault, conclurent de tenter la volonté de Tempereur, et envoyèrent un trompette au camp impérial, afin d'obtenir sauf-conduit pour envoyer un gentilhomme devers l'empereur; ce qui leur fut accordé. Et puis après, par l'advis des capitaines, fut ordonné pour y aller Jacques de la Chasteigneraye, seigneur de la Chenvaire, lieutenant dudit comte de Sancerre : lequel Chenvaire, cognoissant les capitulations que l'empereur vouloit faire trop rigoureuses, se retira sans rien conclure; mais enfin, après avoir esté par trois fois assemblés pour ladite capitulation, fut accordé douze jours de trefve, et qu'il leur seroit baillé sauf-conduit pour envoyer devers le roy, sçavoir si dedans ledit temps il les enverroit secourir, ou si la capitulation luy seroit agréable ; et au cas que non, il demoureroient en leur entier : aussi, où il l'auroit agréable, et que dedans le temps ils ne fussent secourus, lesdits assiégés rendroient la ville entre les mains de l'empereur, et s'en iroîent, àsçavoir,la cavalerie a vecques leurs armes et chevaux, enseignes desployées et armet en teste ^ les gens de pied, avecques leurs armes, marchans en battaille, enseignes desployées et tabourin sonnant ; et qu'ils amèneroient leurs l>agues, et quatre pièces d'artillerie, au choix des assiégés, avecques leur esquippage.
I^'occasion de ceste capitulation, véritablement tant avantageuse et honorable pour les assiégés (lesquels avoient arresté Tun des plus ^ands empereurs qui ayt esté depuis Charlema- XYIB siicLB; ChroD. et Além.
gne, avecques toutes les forces de l'empire occidental, devant une place non fortifiée, laquelle n'avoit jamais eu réputation que d'une ville champestre), provenoit de ce que l'empereur vouloit osier au roy d'Angleterre les moyens de se plaindre, à cause qu'il estoit campé devant Boulongne et Montreul, s'excusant de ce qu'il ne passoit outre , sur ce qu'il estoit dit par leur traitté que l'empereur et luy marcheroient sans s'arrester ailleurs, pour assembler leurs forces près de Paris, et contraindre le roy de les combattre à son désavantage ; sinon qu'il permist ruiner ses pays et subjects à sa veue. Car l'empereur cognoissoit bien la nécessité desdits assiégés, et le peu d'apparence de leur secours, et mesmes que dedans quinze jours, pour le plus tard, il les auroit par famine ; mais aussi considéroit-il combien luy estoit malaisé luy seul, et ores qu'il eust esté accompagné de l'Anglois, selon leur dessein, de destruire ce royaume, non comprins qu'il avoit en barbe l'armée gaillarde, disposée et bien délibérée, de monseigneur le dauphin, lequel, après luy avoir laissé consommer la sienne, le tiendroit la corde au col, dont luy adviendroit plus de perte et de honte plusreprochable, que celle tant insigne qu'il avoit reçeue en Provence. Par quoy , voulant rëmpereur faire cognoistre qu'il ne tiendroit qu'à luy que le traitté qu'il avoit avecques le roy d'Angleterre ne fust accomply , accepta cette capitulation, espérant attirer ledit roy d'Angleterre, et se renforcer de son armée, pour ensemblement tenter l'exécution de leur entreprinse. Or, par incident, je vous diray que, au commencement de ceste entreprinse, le plus grand nombre du conseil du roy d'Angleterre estoit d'avis qu'il devoit faire sa descente en Normandie (comme avoient fait ses prédécesseurs), et qu'estant son armée de trente mile hommes, faisant sa descente en trois divers lieux, et en chacun lieu dix mille hommes, et ayant liberté, et trouvant le pays despour^ veu de gens de guerre, ce pendant que le roy et toutes ses forces seroit amusé contre une si grande armée qu'estoit celle de l'empereur, et contre l'armée que conduisoit monsieur du Reu et le comte de Bures, pour faire descente en Picardie, il se pourroit investir du duché de Normandie, l'estimant l'ancien héritage d'Angleterre. Mais Dieu, qui a tousjours voulu conserver ce royaume, les feit changer d'opinion %
[im
etentreprint de conquérir Boulongne et Montréal, qui â esté la ruine par après du royaume d'Angleterre, ainsi que Ton pourra cognoistre par ceux qui par-cy après escriront des choses advenues au règne du roy Henry à présent régnant.
Le roy, ayant entendu le traitté des assiégés, lequel estoit mis sur sa discrétion, le tint pour agréable: tellement qu'ils mirent es mainsde l'empereur ladite ville deSainct-Dixier ,el en sortirent en Tordre et selon qu'ils avoient capitule. Et, par ce qu'il prévoyoit que ledit empereur prendroit son chemin le long de la rivière de Marne, manda à monseigneur ledauphin de renforcer monsieur de Nevers qui estoit dedans Challons, tant d'hommes que de vivres et autres munitions, parce qu'elle estoit peu fortifiée, et qu'il estoit besoin de la garder par la force et vertu des hommes ; au reste, qu'il se fortifiast le long de ladite rivière, et donnast telle provision à ses affaires que, si l'ennemy entreprenott de la passer, il poust le combattre à son avantage à demy passé, luy deffendant de bazarder autrement la battaille, pour l'importance quec'cstoit s'il l'eust perdue au milieu de son royaume, ayant en son dos un tel ennemy que le roy d'Angleterre : chose qui fut diligemment observée par mondit seigneur le dauphin. Vray est qu'il eust bien di'siré avoir en sa compagnie monsieur le connestable de Montmorency, qui estoit retiré en sa maison, pour us*»r de son conseil ; et pour cest effect envoya devers le roy, lequel trouva fort mauvaise ladite requcste de son fils, pour la haine qu'il portoit audit connestable, et en voulut grand mal aux capitaines qui estoient près de son fils. Pendant que le roy d'Angleterre tenoit le siège devant Boulongne et Montreul, ordinairement se feirent de belles entreprinses; et entre autres monseigneur le duc de Vendosme, adverty que de Sainct-Omer et Aire de voit partir un envitaillement pour amener audit siège de devant Montreul, délibéra de le destrousser, passant par le Boulonnois. Estant party pour cest effect, eut advertissement par les chemins que l'ennemy avoit à la conduitte dudit envitaillement huict cens chevaux et douze cens lansquenets, lesquels menoient quand et eux quatre coulevrines moyennes, pour se fortifier, si parles chemins ils estoient assaillis. Ledit seigneur de Vendosme, après avoir esté trois grandes lieues au
trot, ayant l'homme d'armes Tarmet en teste et la lance sur la cuisse, envoya le sieur de Villebon avecques sa compagnie. lesieurd'Estrée, et d'Ësgvilly, pour attaquer les enoemys, ei les amuser cependant qu'il arriverait; et mena quand et luy sa compagnie de cent hommes d'armes, le sieurdelaCbastaigneraye, avecqoes cinquante de monsieur le dauphin, et le sieorde Senerpont, avecques pareille charge: lesquels, arrivans près des ennemys, les chargèrent de sorte qu'ils furent rompus et misa vau-de-roopte; et,sans les morts, furent menés dedans Thérouenne huict cens prisonniers, et deux coulevrines moyennes. Les autres deux demourèrent à cause du rouage qui estoit rompu ; et y lurent gaignés quatre enseignes de gans de pied allemans.Leditsieuravoitlaissésur sa queue la compagnie de monsieur Créqui, et celle de monsieur de Heill y , de cent hommes d'armes, pour le soustenir, mais il n'en eut besoia. L'eo^pereur, voulant suy vre son entreprinse, partit dt Sainct-Dizier, y laissant bonne garnison, et vint loger le lendemain à Vitry en Parthois, auqod lieu il eut nouvelle que le roy d'AngleteiTe, quelque promesse qui fust entre eux, n'estoit délibéré de passer outre qu'il n'eust mis ai son obéissance boulongne et Montreul. Cela diligemment considéré par l'empereur, et que s luy seul marchoit plus avant pays ( estansde^ ses soldats déballés pour le travail et faulte de vivres qu'ils avoient souffert devant Sainct- Dizier, et que pareillement ils soulfroient ) la faim suffiroit pour le combattre, sans les forces du roy, lesquelles il voyoit gaillardes et sur le poinct de prospérer, pour le contraindre aimi qu'ainsi de faire honteusement sa retraitte, il commença à gouster quelques pourpariés qui avoient esté mis en avant durant le siège de Sainct-Dizier, d'une paix entre le roy et kiy, par le moyen de son confesseur e^ du seigneur Granvelle, avecques quelques serviteurs du roy, chose où ledit empereur estima pouvoir honnestcraent entendre sans en communiquer ao roy d'Angleterre, attendu que desjà Û avcit &illy de promesse, et qu'il doutoit (outre ce qu'il cognoissoit bien que si ledit roy d\ terre prenoit Boulongne et Montreul, la queste ne seroit que pour luy ) que par après, se sentant fort deçà la mer, il luy fust plus <fi^ ficile quand ils auroient à traitter ensemiifo: si est-ce qu'avant passer plus outre, il envoya