‹ Le loyal serviteur [pseud.] Chronique de Bayart.--Guillaume de Marillac. Vie du connétable de Bourbon.--Antoine de Laval. Continuation de Marillac.--Jacques Buonaparte. Sac de Rome in 1527.--R. de La Marck, sgr de Fleurange. Mémoires du jeune adventureux.--Louise de Savoye. Journal.--Martin et Guillaume du Bellay. MémoiresChapitre 405 sur 428 · LIVRE X · texte numérisé non relu

LIVRE X

sommer ledit roy d'Angleterre de se venir joindre, say vant leurs traittés, au liea qu'ils avoient conclud. Mais véritablement l'empereur ayant considéré l'arduité de son entreprinse, dès son arrivée en France, avoit, en passant et sans se déclarer, introduit iceux propos, mais du depuis les avoit cachés, les réservant pour s'en servir alors que la nécessité en laquelle il estoit réduit le contraindroit. Et, après avoir pensé à la proximité de sa ruine, feit poursuyvre chaudement ce qu'il avoit prémédité touchant la paix, de sorte qu'il fut prins jour d'assem- Wer les députés, tant de la part de l'empereur quedu roy, aulieudela Chaussée, my-chem in de Challons et Vitry . Delà part du roy forent députés pourcesteffect Clauded'Annebault,amiralde France, et le seigneur de Chemans,garde-dessceaux de France; et de la part de l'empereur, le sieur don Ferrand deGonzague, et le sieur de Granvelle. Et pour allerdevers le roy d'Angleterre, de la part du roy fot député le cardinal du Bellay, etavecques luy le président Rimon, premier présidentdeRouen,etleseigneurderAubcspine, conseiller du roy, et secrétaire d'estat et des finances. L'amiral d'Amiebault et les députés de l'empereur, ayans par quelques jours communiqué ensemble, entrèrent en quelques articlesde traittés, mais ils ne feirent aucune conclusion; et s'en retourna ledit amiral au camp, et feit entendre au roy Testât de sa négociation, pour sur iceluy sçavoir sa volonté.

Ce temps pendant, l'empereur vint loger à Thin-l'Evesque, deux lieues près de Challons; puis, passant entre Challons et Nostre-Dame de l'Espine, vint camper près de la rivière de Marne, une lieue au-dessoubs de Challons, et deux lieues près de nostre camp, et estoit ladite rivière entre deux. Passant l'armée impériale par-devant Challons, ceux de ladite ville rognoissans que l'empereur passoit outre sans les vouloir attaquer, la jeunesse de monseigneur de Nevers sortit à l'escarmouche pour recognolstre Fennemy et rompre leurs lances pour leurs dames, et avecques eux les chevaux l^ers ; de sorte que l'escarmouche se dressa forte et roide, et se feirent de belles charges, prinses et recousses, tant d'un costé que d'autre ; mais enfin, arrivant la force du camp de Fennemy, nos gens forent contraints de tenir bride. Il y mourut de gens de bien, et d'une part et d'autre, et entre autres, des nostres, le

seigneur des Bordes et le jeune Jenlis, tous deux de la maison de monseigneur d'Orléans; et furent tués dé coups de pistoles, qui sont petites harquebouzes qui n'ont qu'environ un pied de canon, et tire-l'on avecques une main, donnant le feu avecques le rouet.

Estant l'empereur campé au lieu que je viens de dire, le comte Guillaume de Fustemberg (qui estoit l'undes principaux qui avoient persuadé à l'empereur de prendre ce chemin, parce qu'il le cognoissoit, pour avoir esté sept ou huict ans au service du roy, et venant d'Allemagne pour ledit service, prenoit tousjours son chemin le long d'icelle rivière de Manie) partit environ minuict du camp impérial, seulement accompagné d'un guide, pour aller recognoistre un guay de ladite rivière, où autresfoys il avoit passé, espérant par là faire passer l'empereur et son armée. Arrivé qu'il fot audit guay, laissa son guide sur le bord de l'eaue, pour luymesmes sonder le guay, lequel il trou va fort aisé, et le passa. Mais quelques gentilshommes de la maison du roy, et une partie de la compagnie de monsieur l'amiral, auxquels il touchoit ceste nuict de faire la garde, estans leurs sentinelles prochaines de là (car elles estoient le long de l'eaue), descouvrirent ledit comte Guillaume, et, sans faire alarme, se jettèrent entre la rivière et hiy, tellement que, se cuidant retirer au passage, il fut prins sans résistance ; puis, estant amené au camp, fot recogneu et envoyé en la Bastille de Paris, et depuis paya trente mille escus pour sa rançon.

L'empereur, voyant son armée se ruiner par famine, à cause que de toutes parts les vivres luy estoient couppés, tant devant, derrière, que par les costés, délibéra fairesa retraittepar Soissons. Mais secretteraent, par un moine espagnol de la maison deGousments, lequel avoit esté l'instrument du confesseur de l'empereur pour mettre les traittés en avant, feit haster de remettre sus les propos de la paix, feignant toutesfoys qu'elle ne venoît de luy ; et, ce pendant pour trouver moyen de vivre, suy vit tousjours la rivière, estant en hazard d'une grande ruine, sans qu'il fust adverty que monseigneur le dauphin avoit envoyé à Espemay un capitaine de gens de pied, pour faire retirer les vivres qui estoient audit lieu, et rompre le pont qui estoit sur la rivière, et ce qui ne se pourroit sauver, tant de bleds, vins, qu'autres vi-

vres,le jetter en la rivière aval Feaue^et le gaster. Mais il y feit mal son devoir, de sorte qu'il fut snrprins de Tempereur, lequel trouva le pont qui n'estoit rompu, et grande abondance de vivres, d'autant que c'esloit Tune des estappes de nostre camp, chose qui luy donna occasion de passer outre jusques à Chasteau- Thierry, où pareillement il surprint les vivres en si grande abondance que son armée, qui estoit affamée, se remist en vigueur. Audit lieu de Chasteau-Thierry fiit grand mutinement enre les Espagnols et lansquenets dudit empereur, de sorte qu'à peine peurent-ils estre empeschés de ne se donner la battaille les uns aux autres, à cause que lesdits lansquenets trouvoieut mauvais que les vivres leur fussent départys par lesdits Espagnols.

Monseigneur le dauphin, adverty de la faulte advenue à Espemay, laquelle pourroit estre cause de faire marcher l'empereur jusques près Paris, dépescha le sieur de Lorges avecques sept ou huict mille hommes de pied et quatre cents hommes d'armes, pour entrer dedans Paris, y advenant le besoin. Lequel s'arresta à Lagnysur-Marne, pour estre plus à propos pour exécuter ce dont il avoit charge, car ledit lieu est à cinq lieues de Paris; puis, suy vant la rivière en toute diligence, gaigna le devant, et vint camper à la Ferté-sous-Jouare, quatre lieues au-dessous de Chasteau-Thierry, sur la mesmes rivière, et envoya à Meaux bon nombre d'hommes pour empescher le passage audit empereur; puis, avecques son armée, s'approcha près de Paris, craignant que le roy d'Angleterre marehast de ce costé. L'empereur, cognoissant la diligence que mondit seigneur le dauphin avoit faicte, de venir gaigner le passage de la Ferté, et ayant crainte de tomber en extrémité de famine, tourna son chemin vers Villiers-Costerets, à travers le pays de Vallois, pour arriver à Soissons.

Cependant le roy estoit à Paris, importuné sous main de faire paix avecques l'empereur, laquelle il consentit, néantmoins qu'il luy coutast de ses nouvelles conquestes, cognoissant (ores qu'audit empereur il donnasl la battaille) qu'elle ne se pouvoit passer sans grande perte d'hommes, soit qu'il la gaignast ou perdist; et que le roy d'Angleterre et le comte de Bures, lesquels avoient aussi puissante armée que la sifpne, luy ppurroient encores donner une bat-

taille, et, perdant l'une ou l'autre, oq tMts deux, son royaume seroit en hazaid; et la pignant , si ne pouvoi t-il beaucoup prouffiter.niesmes sur le royaume d'Angleterre, qui est idsqlaire; joinct qu'il estoit tous les jours soltdté par le mareschal de Biezde luy envoyeracoon de vivres dedans Montreul, autremeni il s^ roit contraint par famine la remettre eotn les mains de l'ennemy. Pareillement n'estoà trop asseuré de la suffisance du seigneur de Verm, qui estoit chef dedans Boulongne, et eonàdêroit que, s'il perdoit lesdites villes, renixny auroit entrée pour empiéter son royaume, et que difBcilement elles pouvoient estre secourues, s'il n'appoinctoit avecques ledit emperor. Par quoy dépescha l'amiral d'Annebanlt, ksqoel fut trouver Tempereur en Tabbaye de Saioct- Jean-des-Vignes, aux buxbourgs de Soissons. Auquel lieu estantarrivé,le roy l'advertitcoiDae il avoit eu nouvelles que le seigneur de Yerritt avoit rendu Boulongne, et qu'il procédast Aligemment à la conclusion du ti^tté; or a l'empereur eust esté certain de ceste reddiun (combien que la paix luy fust néceaure), i eust esté plus hault en ses demandes.

Il est fait mention aux précédens im comme tous les différends, ou la pluspode part, d'entre le roy et l'empereur, esUîient meus pour le duché de Milan; et que^duviniit de feu monseigneur le dauphin François, premier fils du roy, iceluy seigneur avoit proposé audit empereur que dudit duché (eoœiBe propre héritage de la maison d'Orléans) il invcstist monseigneur Henry, duc tfOrléaos, (p depuis fut monseigneur le dauphin, et pois roy, chose à quoy ledit empereur n'avoil voub œtendre ; mais bien avoît fait offre de fiire k mariage de monseigneur Charles, doc i^ goulesme, tiers fils du Roi, qui dqxns a esté duc d'Orléans, avec sa fille ou niepce,etqv. parle moyen dudit mariage, Finvestiroitinceluy duché de Milan. Laquelle offire If nir n'avoit admise, pour éviter de mettre en division mondit seigneur d* Orléans et mségneur d'Angoulesme, de préférer le pwâ i Taisné. Mais quand l'occasion s'oilritdetniUer la paix avecques l'empereur, pour l'effecuk laquelle monseigneur l'amiral d'Annebaolt, {tf le commandement du roy, fut trouver ledit «t pereur en l'abbaye de Sainct-Jean-des-Vig«^ près Soissons, ce partv fut rendis ^n avant p"^

ledit Charles fils puisné du roy» alors duc d'Orléans. £t enfin l'ut conclud que ledit duc d'Orléans devoit dedans deux ans espouserla fille de l'empereur, ou sa niepce, fille du roy des Roma'ms : moyennant lequel mariage, à la consommation d'iceluy, l'empereur investiroit iceiuy duc d'Orléans du duché de Milan, ou bien du comté de Flandres et Pays-Bas, à Toplion dudit empereur. Aussi le roy, en ce faisant, remettoit à l'empereur le droict par luy prétendu audit duché et au royaume de tapies, au cas qu'il baillas! les Pays-Bas audit seigneur d'Orléans, et pareillement devoit le duc de Savoye estre remis en la possession de ses pays alors que ledit duc d'Orléans seroit jouissant du duché de Milan, ou du comté de Flandres. Et, attendant ledit terme de deux ans se devoit rendre, tant d'une part que d'autre, ce qui avoit esté repectivement usurpé, tant deçà que delà les monts, depuis la trefve faite à Nice; et seroient toutes choses remises en Testât qu'elles estoyent lors d'icelle trefve. Quant à l'empereur, il rendit au roy, du costé de deçà les monts, Sainct-Dizier, Ligny et Commercy. De la part du roy fut rendu audit empereur Yvoy , Montmedy et Landrecy ; et fut la ville de Stenay (les fortifications d'icelles rasées) remise entre les mains du duc de Lorraine. Du costé d'Italie, Tempereur rendit seulement la ville de Montdevis, et le roy luy rendit Albe, Quiéras, Antignant, Sainct-Damian, Palezol, Cresentin, Verrue, Montcal, Barges, Pont d'Esture, Lans Vignal et Sainct-Salvadour, Sainct-Germain et la pluspart du pays des Langues et du marquisat de Sève, et aussi la Valpergue.

Les traittés de paix ainsi accordés, Tempereur manda au comte de Bures et au comte du Reu, qui estoient devant Montreul avecques son armée, en la compagnie du duc de Norifolc et d'une partie de Tarmée d'Angleterre, qu'ils eussent à leur retirer, et licencier sadite armée. Ce faict, partant de Soissons pour prendre son chemin à Yalenciennes, s'en alla à Nisi4e-Chasteau , de là à Crespy-en-Laonois, puis à la Fère-sur-Oyse; auquel heu le vint trouver le duc d'Orléans pour l'accompagner jusques hors des limites de ce royaume, et avecques luy monsieur Jean , cardinal de Lorraine, le cardinal de Meudon, le comte de Laval, le seigneur de la Hunaudaye, e\ autres ; lesquels Taçcompagnèrent jusques à

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