LIVRE X
Bruxelles, comme hostagcrs, jusques à ce que la reddition des places que le roy tenoit delà les monts fust faicte. Puis Tempereur et le roy dépeschèrent en Piémont devers le marquis du Guast et le seigneur d'Enguieu , leurs lieutenans généraux delà les monts, pour faire publier la paix, et pour, chacun en son endroict, faire restituer les places qu'ils teaoient l'un de Tautre ; mais le marquis n'eut grande peine à rendre, car il ne tenoit de conqueste sur nous, depuis la trefve de Nice, que le Montdevis.
Or, revenons au roy d'Angleterre, devers le^quel le roy (alors que les députés de Sa Majesté et ceux de Tempereur furent dépeschés pour se trouver au lieu de la Chaussée, pour le traitté de paix dont est fait mention) avoit dépesché le cardinal du Bellay. Iceiuy du Bellay Teust pu conduire à ceste raison de paix, veu que Tempereur y vouloit entrer, mais ledit roy d'Angleterre, estant bien adverty de Testonnement auquel estoit entré le seigneur de Vervins, chef dedans Boulongue, usa de dissimulation, remettant les choses en longueur, se tenant certain que de brief il auroit telle issue de son entreprinse de Boulongne qif il désiroit ; et ce pendant il envoya ledit seigneur cardinal et sa compagnie au chasteau de Hardelot, pour estre logé plus commodément. Le seigneur de Vervins, qui, comme j'ay dit, estoit homme peu expérimenté, après avoir enduré grande et furieuse batterie , soustint quelque forme d'assault, mais (à ce que j'ay entendu par luymêmes) la vertu du capitaine Philippe, Corse yfùt cause de le faire soustenir si longuement; mais enfin ledit capitaine Philippe, estant à là bresche, fut frappé par la teste d'un esclat d'artillerie venant du camp, dont il mourut. Ledit seigneur de Vervins l'ayant perdu , et n'ayant plus que toute jeunesse auprès de luy, et de soy-mesmes estonné, commença à parlementer; auquel parlement succéda tel eifect, que iceiuy seigneur dtf Vervins feit sortir le seigneur de Sainct-Blimont, vieil soldat, porte-enseigne du seigneur de Freumeselles , commissaire des guerres, pour entendre la volonté du roy d'Angleterre : laquelle fut que les gens de guerre et citadins s'en iroient leurs bagues sauves, remettans la place entre ses mains, avecques toute Tartillerie, munitions et vivres dont de tout y avoit abondance. Les citadins n'y vouloient consentir, mesmes le majeur feit ûfl*rc
audit seigneur de Yervins^qQe, s'il youloit s'en aller, luy, avecqaes les citadins et les gens de bonne volonté, garderoit la ville ; mais jamais ne fut ouï. Le lendemain que la composition fut accordée, et devant que bostages fussent baillés, survint si extresme tourmente, tant de vent que de pluye, que dedans le camp de Tennemy ne demoura une seule tente debout, et, pouf les terres qui sont grasses , nul ne pou voit marcher, ny avant ny arrière. Toutesfoys, jamais Topiniondu seigneur de Vervins ne changea, et ne peut estre persuadé qu*il ne remisl la place entre tes mains du roy d'Angleterre, disant qu'il ne lui vouloit faillir de sa parole, mais il faillit bien de sa foy à son naturel et souverain prince, dont du depuis il eut la teste tranchée à Paris. Il est certain que, s'il eust tenu deux jours* la ville estoit sauvée : car, comme j'ay dit, pour la pluye n'y avoit ordre de marcher à Fassault, et ce pendant monseigneur le dauphin, qui marchoit en diligence pour le secourir, fost approché, qui eust iaict changer le dessein du roy d'Angleterre.
Durant le siège, le seigneur de Sainct-André, jeune homme de grande volonté, des plus proches de la personne de monseigneur le dauphin, entreprint d'entrer dedans Boulongne, ayant choisi des gens de bien et d'expérience, pour mener quant el luy, espérant faire grand service à son prince, et luy sauver sa ville, que l'on oognoissoit en baiard de perdition ; et , parce que par terre n'y avoit moyen d'y entrer, pour les trenchées (|u'y avoient faictes les Anglois, et forte garde d'icelles, délibéra d'y entrer par mer ; mais le vent et la tourmente Idy furent si contraires, que deux ou trois fois ayant donné à l'embouchement du havre, autant de fois il fut rejette en la mer; par quoy , après avoir tenté toutes fortunes, fut contraint de retourner dont il estoit party.
Le roy, ayant fait la paix avecques l'empereur, fett promptement marcher son armée pour surprendre le camp des Anglois qui estoit devant Montreul, et trouver le roy d'Angleterre devant Boulongne, abandonné de l'armée impériale, et luy donner la battaille, sinon, qu'il levast son camp et se relirast ; puis, trouvant Boulongne fort ruinée, comme on disoit, avant que les Anglois eussent loisir de la remparer, y auroit moyen de la reprendre. Mais le duc de Horfolc , qui estoit devant Montreul , ayant
DU BELLAY, [m]
entendu que nostre armée approekoit de Hédin, craignant qu'elle ne se jettast entre Beolongne et hiy , pour empêcher sa retraitte,le?i son camp, et pria le comte de Bores de Tmcompagner jusques au lieu de seureté, ce qn'O feit. Le roy d'Angleterre (estant le doc de Norfolc joint avecques luy), cognoissant que ses forces, séparées d'avecques celles de l'empereur, n'estoient suffisantes pour soiistentr l'vmée du roy, se retira à Calais, bisanteinbarquer k Boulongne une partie de sa grosse artillerie, pour mener en Angleterre; et taon pour la garde de sa conqueste le dac de Smbresset, nommé milort Semer, frère de la feue deniière royne son espouse, dont estoit Borty Édouart, qui depuis fut roy.
Monseigneur le dauphin, adverty que leâép de devant Montreul estoit levé, et que le roy d'Angleterre s'estoit retiré à Calais ; mais, pov la haste qu'il avoit de desloger, avoit laissé b pluspart de son artillerie, vivres et autres ffionitions dedans la basse Boulongne, partit d'Anchy-le-Cbasteau , et print le chemin par le bauk pays du Boulonnois, passant k un village Dommé Ëscueulles, laissant! a Fosse-Boulonnoise à gaoche pour venir k Marquise, my-cbemia de Boulongne et de Calais. Duquel lien de Marquise, après y avoir refreschy son année dm ou trois heures, partit pour arriver à la basse Boulongne devant le jour ( ainsi qu'il feit) alio de surprendre ladite artillerie, vivres et munitions qui y estoient ( or n'estoit ladite bassr Boulongne fermée que de quelques petites trenchées). £t estant près, furent ordonnées dm trouppes,dont la première estoit conduittepark seigneur de Fouquessolles, pour faire Teiécotion ; et avecques l'autre et plus grosse trooppe devoit marcher le seigneur de Thays, poorsoostenir ledit de Fouquessolles; puis dévoient marcher six mille Grisons poursejetterenno vallon, et secourir où besoin seroit. Mais il me semble qu'ils dévoient jetter une teste de é\ ou douie enseignes entre la basse Booloogn^ et hi hauhe, pour empeseher les saillies de eeQx de la haulte Boulongne ; je ne scay s'il fot or donné, toutesfoys il ne fut pas exécuté. Ao^ estoit-il raisonnable qu'il demeurast quatre OQ cinq enseignes en battaille sur la place de la basse Boulongne pendant que se fieroil fetécotion, ou chacun pourroit se recueillir. Le seigneur de FouquesoUes, suivant ce qui loyestoit
ordonné, donna dedans la place, et le suivit le seigaeur de Tbays. Tout ce qui se trouva d'ennemys fut mis au IQI de Tespée, Fartillerie du roy d'Angleterre et les munitions gaignées, de sorte que nos gens pen^oient avoir la victoire ; mais autrement en advinst ; car cinq ou six enseignes, sortansde la haulteBoulongne, trouvérentnossoldatsen désordre comme gens qui s'amusent au butin, et les mirent à vau-de-roupte. Le seigneur de Fouquessolles, cuidant se retirer à la place pour faire teste, y fut tué ; le seigneur de Thays, se retirant, eut quelque coup de flesche, et n'y eut jamais ordre de rassembler les soldats, et, quelques remonstrancesque leur peussent faire les capitaines, ne voulurent tourner visage au peu de nombre qui estoit sorty, et noesmes nos Italiens s'en allèrent en confusion jusques au lieu où estoient les six mille Grisous pour les soustenir ; et si je pense qu'il y avoit autant de bons soldats qu'il en fust pour l'heure en Europe ; qui me faict croire que, sur toutes choses, on doit, en faisant quelque entreprinse, préveoir les inconvéniens qui peuvent advenir, et y pourveoir en temps et lieu, d'autant qu'il est tard et quelquefois impossible d'y remédier après que le désordre est advenu. Monseigneur le dauphin à toutes forces vouloit marcher luy-mesmes et bazarder sa personne pour y donner ordre ; mais il ne fut conseillé de ce faire, attendu que le jour estoit venu, et que la ville, à coups de canon qui battoient de poincte en blanc, de hault en bas, emgeschoit qu'on ne se pouvoit ralUer ensemble ; aussi la pluye estoit si extresme, que la pluspart de nos arquebouziers estoient sans feu, et le reste, pour l'indisposition du temps, n'avoient moyen de s'ayder de leurs armes. Ce pendant quelque cavalerie des nostres avoit donné entre Boulongne et la tour d'Ordre, mais elle fot contrainte de se retirer, se voyant abandonnée des gens de pied.
Ce désastre advenu, monseigneur ledanphin, voyant les ptuyes si continuelles et la faulte de vivres qui estoit en son camp (parce qu'il estoit venn en telle diligence, que mesmes, à cause des mauvais chemins, les vivres ne Tavoient peu suivre, tellement que la pluspart de son armée fut trois jours sans mai ger pain, et, à qui en .avoit, le soldat donnoit son harnols pour un pain, et ne pouvoit-l'on avoir vivres de plus prè« qu'Ab^ville, d'autant que tout le Bodon-
nois,jusques à Montrent, estoit rumé et brusié, et semblablement depuis Montreul jusques à Abbeville, qui sont dix-sept lieues d'intervalle; et ne se trouvoient herbes ny autre fourrage pour les chevaux), se retira, par l'advis des capitaines, vers Montreul. Auquel lieu, après avoir eu nouvelle du roy son père, licencia les Suisses et Grisons, laissant à Montreul, pour faire teste à ceux de Boulongne, monsieur le mareschal du Biez, avecques les bandes tant françoises qu'italiennes venues de Piémont, et puis se retiradeversleroy,qu'iltrouvaà Sainct- Germain-eu-Laye. Aussi le seigneur d'£nguien, après avoir ordonné le seigneur de Termes , pour, suivant le traitte de paix, restituer les places par luy conquises sur l'empereur, se retira devers le roy, qu'il vinst trouver à Mantes, peu de jours avant que mondit seigneur le dauphin y arrivast.
Durant cest hyver, ne se feit de grandes eatreprinses, sinon que le mareschal de Biez, ayant mis ensemble toutes les forces qui estoient demourées en Picardie, alla camper au Portet, qui est un petit port où seulement se re* tirent les pescheurs, un quart de lieue de Boulongne, estant la rivière entre le pont de Brique entre la ville et luy, espérant, au-dessus dudit lieu, tirant vers Boulongne, et le long de la coste de la mer, faire un fort, pour tenir en subjection le havre de Boulongne. Mais le mylort Sorel, fils du duc de Noifolc, pour rompre ladite entreprinse, assembla les forces que le roy d'Angleterre avoit par-deçà la mer, et vint surprendre ledit mareschal, (levant qu'il eust eu moyen de se fortifier, de sorte qu'il fut contraint de se retirer vers Montreul; et, sans l'ordre qui fut mis par le capitaine Yillefranche, maistre de camp des vieilles bandes françoises, lequel demoura sur la queue, il y avoit grande apparence qu'il y fust advenu une roupte. Si est-ce qu'il y mourut de gens de bien, tant d'une part que d'autre, et pour le mauvais chemin qui estoit à cause des pluyes continuelles: sur la retraitte demeurèrent deux pièces d'artillerie de campagne : le reste fut retiré ; et se campa ledit mareschal une lieue par delà Montreul, tirant vers Boulongne, pour avoir la commodité des vivres qui luy venoient dudit lieu de Montreul.
En ce temps mourut le roy Jacques d'Ëscosse, à cause de quoy le royaume deoaoura fort des-
pourveu ; et pour y remédier, le roy dépescha, avccques bon nombre de gens de guerre et d'argent, le comte de Leno, de la maison de Stuart, nepveu du mareschal d'Aubigny, qui estoit capitaine de cent hommes d'armes escossoisdes ordonnances du roy, pour aller donner secours à la royne d'£scosse, vefve dudit deffunct roy, et iille du duc de Guise ; lequel roy ne laissa de luy et ladite royne qu une fille, seule héritière dudit royaume. Ledit comte de Leno arrivé en Escosse, comme jeune et mal conseillé, dépensa les deniers du roy fort mal à propos, et sçachant le malcontentement que Ton a voit de luy, praticqua de se retirer au service du roy d'Angleterre, qui le recueillit, espérant en tirer du service, et luy donna en mariage une sienne niepce, fille de sa sœur, mère du feu roy d'Escosse ; laquelle, après la mort du roy Jacques le quart, père d'iceluy feu roy, espousa un gentilhomme d'Angleterre , dont estoit issue ladite fille. Le roy, adverty de ladite révolte, en toute diligence dépescha le seigneur de la Brosse, gentilhomme de Bourbonnois, homme sage et bien advisé, pour consoler et conseiller la royne d'Escosse; puis, peu de temps après dépescha le seigneur de Lorges, chevalier de son ordre, avecques une armée, doimer ayde et secours au pays d'Escosse.
Le roy, après avoir dépesché pour le secours d'Escosse, se retira à Romorentin, auquel lieu feit séjour jusques environ le commencement du mois de may 1545 ; mais, ce temps pendant, ayant considéré que, laissant longuement les Anglois dedans Boulongne , ils pourroient de jour en autre se renforcer et prendre pied en son royaume, qui seroit une mauvaise semence, à eeste occasion délibéra, pour y remédier, chercher tous les moyens de les en desloger. Par quoy ordonna de dresser une grosse armée par mer, dont auroit la conduitte l'amiral d'Annebault, et la faire si gaillarde, qu'elle fost pour combattre l'armée d'Angleterre, s'il la trouvoit sur mer, et, où l'occasion se présenteroit, prendre pied en Angleterre ; et, pour cest effect, manda en Provence le capitaine Paulin, depuis baron de la Garde, pour emmener vingtcinq galères de la mer de Levant en la mer de Ponant, passant le destroit de Gibraltar, chose que l'on n'avoit encores veue, sinon l'an 1512, que le capitaine Prégent en passa six. Aussi ordofina de vaisseaux ronds huict ou dix carra-
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ques gennoises, pour renforcer son armée, lesquels vindrent si tard qu'elles ne servirent de riens ; mesmes, entrans dedans la boodie de Sène, par faulte de bons pilots, s'en perdit la plus grande part. Pareillement ordonna de dresser une grosse et puissante armée par terre, pour, ce pendant que son armée de mer feroit son exécution, se venir camper devant Bookmgne, la rivière entre deux, et là foire un fort auquel il peust laisser quatre ou cinq mille hommes en seureté, et tenir ceux de Boakmgne en telle subjection, qu'ils n'eussent moyen de passer deçà î'eaue en ses pays, et semUaMement le faisant sur la poincte vis-à-vis de la tour d'Ordre, empescher à coups de canon que navires ne peussent entrer dedans le havre, pour secourir ceux de la ville, espérant qoe dedans la my-aoust, que son armée de mer seroit de retour, ledit fort seroit en defiimce, ainsi que l'on luy promettoit. Et, ce faisant, estoit déhbéré, ayant réuny tous ses gensdegu^re, tant de terre que de mer, marcher iuy-mesroes en personne, laissant dedans ledit fort trois oa quatre mille hommes, et aller assiéger Guioes, qu'il espéroit forcer, et le fortifier pour toiir Calais et la terre d' Oye en subjection, et , par ce moyen, afhmer Boulongne ; mais autrement en advint, ainsi que vous orrez par cy-après. Et, pour renforcer son armée, tant de mer que de terre, il envoya en Allemagne le comte Rin- Grave, le colonel Riquerog et le colond Lodovic, qui desjà avoient chacun deux mille lansquenets à son service, pour faire nouvelle levée, et remplir leurs régimens jusques aa nombre de quatre ou cinq mille chacun; et en Gascogne et Languedoc envoya faire autre nouvel amas, jusques au nombre de dix mille hommes, pour remplir ses bandes françoises ; et, pour ia terre, ordonna chef de Tannée monsieur le mareschal du Biez.
Ayant fait telles ordonnances, le roy partit de Romorentin, pour prendre son chemin en Normandie, parce qu'il vouloit &ire Pembu*» quement de son armée en la ville françoise du Havre-de-Grace, qui est à rembouchement de la rivière de Sène; et, prenant le chemin par Argentan, environ de Sainct-Jean, se trouva à Touques. Estant audit lieu, se descoovrit son armée de Levant : de quoy n'estant adverty, i estima que c'estoit celle d'Angleterre qui voolsist faire descente en la Basse-Normandie pour
LIVRÉ X
divertir son entreprinse ; mais soudain vint un brigantin qui l'asseura que c'estoit son armée de Levant. Aussi, peu de jours après, se présenta devant le chef de Caux trente-cinq navires anglesches, qui tirèrent à coup perdu en terre ; mais ayans cognoissance de nos galères qui approchoient, feirent leur retraitte à Porsemue.
Audit lieu de Touques, le seigneur de Langey vint trouver le roy, qui Tavoit dépesché aux frontières de Champagne pour recueillir les lansquenets, lequel luy apporta nouvelles de leur descente à Mésières, et qu'il les avoit acheminés par estappes, suivant son commandement, le chemin droict à Montreul. Ayant le roy cest advertissement de la venue desdits lansquenets, qui estoit la principale force qu'U attendoit, manda au mareschal de Biez que, incontinent qu'ils seroient arrivés à Montreul, il eust à marcher à Boulongne, et commencer le fort dont j'ay parlé cy-dessus, et qu'il eust à luy faire entendre le temps que ledit fort pourroit estre en deffence : et luy feit envoyer six ou sept mille pionniers, et bon nombre de charroy, pour conduire fascines, gazons et autres choses nécessaires pour cest effect. Le mareschal du Biez, par le gentilhomme qui alla devers luy, manda au roy que dedans la my-aoust le fort seroit en defFence ; ce qui n'advint toutesfoys comme cy-après je vous réciteray. Sur l'asseurance d'iceluy mareschal, le roy dressa son estât, et meit son but sur icelle ; et quand et quand, le sixiesme jour de juillet, feit faire voile à son armée de mer, laquelle estoit assemblée au Havre-de-Grace, et luy, pour la veoir partir, estoit sur le chef de Caux, dont il pouvoit tout descouvrir. Mais, tirant les ancres du Carraquon, qui estoit le plus beau navire de la mer de Ponant, et le meilleur à la volUe, portant huict cens tonneaux de charge, dedans lequel devoit estre la personne de l'amiral pour le combat, le feu se mit au fourgon, tellement qu'on ne le sceut jamais sauver qu'il ne fust consommé en cendres ; et y avoit cent grosses pièces d'artillerie de bronze, mesmes y estoit l'argent du roy, lequel fut sauvé. Plusieurs, voulans éviter la furie du feu, se précipitèrent en la mer ; les galères en sauvèrent beaucoup; mais, depuis que le feu vint au bas dudit navire, elles furent contraintes de prendre le large, car le feu se donna en l'artillerie, de sorte que la bat-
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terie qui se faisoit dé si grand nombre de pièces mettoit en fonds tout ce qui se trouvoit devant, derrière et aux costés. Le nombre des navires ordonnés pour l'armée montoit à cent cinquante gros vaisseaux ronds, sans compter soixante flouins et vingt-cinq galères : lesquels tous ensemble se levèrent ledit sixiesme jour de juillet, tant du Havre-de-Grace, que de la Fosse d'Heure, de Honnefleu, Harfleu et Dieppe, et prindrent la volte pour tirer vers Tisle d'Huicht et le havre de Porsemue, en Angleterre, auquel lieu de Porsemue estoient les forces de mer du roy d'Angleterre, lesquelles nostre armée cherchoit à combattre.
Le dix-huictiesme jour dudit mois de juillet 1545, estant arrivé monsieur l'amiral près l'isle d'Huicht, manda le baron de la Garde avecques quatre galères, tant pour recognoistre l'isle jusques à lapoinctede Saincte-Helène, que pour considérer la contenance des ennemys. Geste poincte est par où l'on entre dedans le canal qui fait la séparation de l'isle d'Huicht et d'Angleterre, regardant vis-à-vis de Porsemue. L'armée des ennemys estoit de soixante navires esleus et très bien ordonnés en la guerre; quatorze desquels, à la faveur du vent de terre, sortirent de Porsemue d'une grande promptitude,, et en si bel ordre, que l'on eust dit qu'ils attendoient de pied coy nostre armée pour la combattre. Mais monsieur l'amiral, allant contre eux avec le reste des galères, sortit aussi le reste de leur armée hors du Havre au-devant de luy, où, après avoir long-temps combattu à coupsde canon , les ennemys commencèrent à se couler à main senestre, au couvert de la tefre, en lieu où ils estoient deffendus par quelques forteresses qui estoient sur la falaize, et de l'autre costé de bancs et de rochers couverts d'eau, lesquels sont assis au travers du chemin, laissant seulement une entréeestroitte et oblicque, pour passer peu de navires de front. Geste retraitte et la nuict qui approchoit, mirent fin au combat de ce jour, sans que, en tant de coups de canon et d'autre artillerie qui furent tirés, eussions rcceu perte notable. Quand les galères furent de retour près de la poincte Saincte-Hélène, vindrent nouvelles à monsieur l'amiral que la Maistresse (qui estoit l^ meilleur et principal navire de nostre armée, et sur lequel il avoit délibéré de combattre) couloit en fonds, et qu'il n'y avoit autre
lUtt)
eipéranee que de sàOTer les hommes et Targent do roy, lequel estoit dedans podr le payement de Farmée. La eause de ce dommage fut, à ce qne Ton ptésumoit, que, sortant du havre de Honneflea pour se jetter à la rade, ledit navire toucha en terre^ et de ce heurt là quille et gaborts s'estonnèrent, de sorte que lesjoinctsdea planches s'ouvrirent tant, que les estouppes^ qui estoient mal pressées dedans lesdits joincts^ vindrent s'abrever tellement que, le jour d'après, ce navire estant agité d'un rent frais^ fdt tant d*eaue que Ton ne pouvoit plus fouk*nir à l'évacuation,
Estant monsieur l'amiral venu pour donner remède tant Aux hommes que audit navire, trouva que le seigneur de la Mailleray^» viceamiral de France, Favoit jà lait deschatiger, et renvoyé au Havre pour radouber. Ce fiiit, ledit amiral ayant député un autre navire pour luy, disposa de Tordre des battailles pour le lendemain. L'ordre fut que le navire qu'il avoit esleu pour représenter celuy qu'on avoit renvoyé au Havre, dedans lequel devoit estre sa personne, aeroit, au front, accompagné de trente navires qu'il avoit esleus, le seigneur de Bouttières, costoyant ce bataillon sur la corne droicte, accompagné d'autres trente-six navires, le baron de Gurton feroil la corne senestre, armé de pareil nombre de navires. Et, considéré l'avantage du lieu où se tenoient les ennemys, fut ordonné que dès le matin les galènes les iroient trouver à l'ancre, pour les escarmoucher à coups de canon le plus furieusement qu'ils pourroient, et, en combattant, se retireroient vers nos battailles, pour y attirer, s'il estoit possible, nos ennemys, pour lete avoir au large au combat, et les tirer hors dti destroict. Ceste ordonnam^e fat très hardiment exécutée ; mais le temps feit, par son changement, telle coniAmtattoi de danger, qu'on n'eust sceu jtiger, en si pai d'eBpaoe de temps, auquel (Mlune se tlionstroit plus hvorable, à e«x oq à nous; car a« matins à la fcveur de la mer, qui estoit calme, sans vent «y fureur de courante, nos galères «epMvoient régir et manier à leur plaisir, et au dommage des ennemys, lesquels, n'ayant pouvoir de se mouvoir par feultede vent, demourolent apertement exposés à l'injure de nostre artiHerie, qui avoit phis grande prinse sur leurs navires que les navires sur elles, d'autant qu'ils sont pfattéminensetphiscorponis,etque,par l'usage
des rames» nos galères podvmenl fayr et eliner le danger, et gaigner l'avantage.
Fortune entretint nostre armée en eettesom plus d'une heure : durant quelque temps, entre autres dommages qu'en receurent les enoemyi, la Marirose, l'un de leurs principaux oavira, à coups de canon fut mis au fimôd, et de cinq ou six cens hommes qui estoient dedans, ne l'ei sauva que trente-cinq ; le Orand-Henry, qui portoit leur amiral» fiit tellement affligé, que, s'il n'eust esté soustenu et secouru des prochtinés navires, il faisoit Ime mesmes fin. Aitrès plus mémorables pertes eussent-ils bict» si le temps ne se fust formé en leur bveur, qd non-seulement les exempta de ce péril» nuis k propice à nous courir sus» en se levant seulement un vent de terre, lequel avecqueik eoerante ks apportoit à pleine veille sur oosgalères;
et fut oesté mutation si aoudaine, que nosgns à peine eurent loisir ny h eômmadité de ginr les proues : car au temps de la bonasse f» vous avec ouf^ et à la chaleur du oombst,!» galèrea estoient si fort approchées^ vemot s soudain les navires sur elles de teUe impétoûaiê, que, sans aucun remède, leur passeieot pr dessus le corps et les mett oient en fond; sii par une grande asactta^aoe des cbebt s<l'^ et expérience des mariniers et de la cbiorn^ on n'eustdoiiné foree et célérité extresme à wsner les giJèresi et par ces oioyens, ayans m gens giré les presses avtcques Tagilité des rimes et faveur des voiles, s'esleignèreat mf^à d'heures à la poftée d'un oanooietconusencè' rent à edargtr la vogue et afentir leurs ce«n. pour attirer les eimemysv ainsi que leur estsii ordonné, hors des Imuob ei difficultés des lietf cy-desi«s cxpoaésv
il y a une espèce et aaTîres partieslifli ëem «soient noa ennemys, en Carme phiskag<c que romh, H plus estroitte beaueoap ^ ^ galères, pour mieux se régir et eommaDder «s courantes, ^ aont ordinairea es ceste «er;^ quoy les hommes saot ai dutte» qu'aveeqotf e(< vaisseaux ils eontendent de vt(c«ae ïïvtc^^ galères H les nomment remberges. tt ^^ trouva qneèques-uns à œSIe retraitte, qoi i'^ fticroyaUe vélocits snlvoieBl nos galères «^ pouppe, et les mdestoient de leur artiUerietRs instamment : de quoy rfles ne ae pouvoieat défendre, n'ayans artillerie en pouppe; par q«f èost faku qu'elles eussent retourné sur eaii c(t