LIVRE X
lieu au-dessoubâ de la montagne, qui faitlalU sièrede l'isle, à l' encontre du Havre-de-Grace; là où estant venu le chevalier d'Aulx, Provençal, capitaine des galères faictes en Normandie, pour n'estre empesché en son aiguade, de peur que ses gens en ceste occupation ne fussent assaillis au despourveu, alla à terre pour asseoir guet, ne s'asseurant du tout en son argousin, l'ayant assis en compagnie d'une trouppe de gens qui l'avoient suy vi au sortir de sa galère ; pour mieux encores descouvrir, monta au hault de la montagne, où il trouva une embuscade d'Anglois qui luy vindrent courir sus si vivement, que ses gens, n'ayans loisir de se recognoistre, se mirent en fuitte et l'abandonnèrent. En cest instant ledit chevalier fut frappé d'une flesche au genoil, qui le feit tresbucher ; puis, se relevant, fut frappé sur la teste d'un coup de vouge (qui sont armes que portent lesdits Anglois) si rudement, qu'on luy feit voler le morion hors de la teste et tresbucher une autre foys ; et alors un autre coup luy fut redoublé, lequel luy feit tomber la cervelle à terre ; qui fut grande perte pour le service du roy, car il estoit très vaillant et expérimenté gentilhomme. Pendant que quelques-uns des leurs s'amusèrent à le désarmer, les autres poursuy virent nos gens, qui ne se recogneurent ny arrestèrent jusqu'à ce qu'ils furent arrivés près de la marine. Quoy voyant, monsieur l'amiral envoya le seigneur de Thays pour les rallier, et faire tenir fort en quelques maisons prochaines, pour ne mettre en désordre ceux qui estoient à prendre l'eaue. A son arrivée, un nombre de bons et asseurés soldats qu'il avoit menés quand et luy, et autres qui faisoient escorte aux aquerots, mis en escadron, marchèrent droict aux ennemys, et les repoulsèrent à la montagne ; au moyen de quoy ne receut autre perte. Le prieur de Capoue fut en autre endroict assailly, mais il se trouva si bien accompagné, et avoit si bien pourveu à ses affaires, qu'après en avoir mis plus de trente au fil de l'espée, mit les autres à vau-de-roupte. Sur le soir, monsieur l'amiral se retira, et le lendemain feit partir ses navires, demeurant à l'arrière-garde avecques les galères pour soustenir les ennemys, où ils feroient quelque saillie. Sur le partement de nos navires, le vent fut si à propos, qu'ils arrivèrent à Val* seau, loin d'Huicht quatorze lieues, avant que les galères les peussent atteindre. Ce lieu, pour
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estre plain et descouvert, sembla si beau à nos gens, qu'il print volonté à un bon nombre d'y descendre : ce qu'ils feirent en l'absence de leur coronal, sans ordre ny conduitte; et s'estans m peu esloignés de la marine, vers un village qu'ils veirent escarté, ils y donnèrent, pensans y faire butin ; mais ils y furent attendus des ennemys auprès d'un ruisseau assez profond, à cause du reQux de la mer, lesquels voyans partie de nos gens avoir passé par dessus quelques planches, sortirent soudainement d'un petit fort, où ils s'estoient embuschés, et, apr^ le pont rompu pour clore le passage aux autres, chargèrent sur ceux qui estoient de leur costé, si vigoureusement, qu'ils les contraignirent de sauver leur vie à la fuitte ; mais au repasser le ruisseau, une partie fut emportée de l'eaue courante, et noyée; quelques-uns qui sçeurent nager, forcèrent l'impétuosité de l'eaue, et se sauvèrent à la faveur de leurs compagnons, les* quels, estans de l'autre costé de l'eaue, les sous^ tindrent à coups de arquebouze.
En ces entreiaictes arriva monsieur l'amiral, lequel à coups d'artillerie repoulsa les ennemys, et leur feit quitter le fort, et par ce moyen retira ses gens. Sur le soir, il feit voile vers Blanchef; puis, costoyant la rive jusques auprès de Douvres, dressa son chemin vers Boulongne, où il refreschit de vivres l'armée de mer, et mit en terre au Portet, près de Boulongne, pour renforcer nostre armée de terre, quatre mille hommes et trois mille pionniers, laissant son armée de mer pourveue. Par là vous pouvez eognolstre qu'il pouvoit laisser en l'isle d'Huicht leftdits quatre mille hommes et quatre mille pion^ niers, qui estoit suffisamment pour garder ladite isle, attendant nouveau refrescfaissement, et leur pouvoit laisser vivres (à ee que j'entendis des munitionnaires ) pour un mois ou cinq sepmaines. Ce pendant les vents d'aval se mirent à souffler partant de devant Bouiongne, de sorte que nostre armée de mer, pour se mettre en teureté, fut contrainte de relascher, pour diercher le couvert, vers Angleterre : où estans venus en un lieu appelé les Ferrais, et là, détenus par la force du vent et d'une grosse mer, sembla au roy d'Angleterre s'estre présenté à luy l'occasion de deffaire nostre annéeé Par quoy, ne voulant perdre ceste occasion, en toute diligence feit mettre en mer son armée, qui montolt à cent bons navires, pour nous
venir trouver à la faveur de ee temps, qui ks apportoit par la pouppe et à la pleine voûle sur nous. Entre autres raisons qui luy doanoioit espérance de victoire, estoit que la violence des vents et U commotion de la mer nous osteroient l'usage et le service de nos galères, et que son armée, se présentant devant la nostre, la Gontraindroit sans combattre, ou de donner en terre et se perdre, ou de passer le destroict de Calais, chose qui ne se pourroit Caire sans désordre et grand danger.
L'un et l'autre party luy sembloit aiaé : ear, si nous attendions à nous lever jusques à ee que nous les eussions en teste, et si alors nous venions à désancrer, la courante et les voits qui les apportoient sur nous par force nous jetteroient en terre ; au contraire, si nous attendions, ils nous trouvoient escartés les uns des autres, et ne nous estoit possible, pour la crainte du mauvais temps, de nous tenir serrés : et eux, nous abordans en si grand avantage, nous fwceroient et nous jetteroient à travers. Outre plus, et si, pour obvier à ces inconvéniens, voulions prévenir à ladite arrivée, et nouslev^ de bonne heure, la mer et le vent nous forceroient d'aller en Flandres, où nous aurions à passer le destroict , qui nous seroit au retour empeschéetdeffendu; avecquesce, il seroit possible que le temps contraire nous retiendroit là si longuement, que nous y pourrions avoir fauhe de vivres : et ce pendant les ennemys, qui, pour nous attendre au passage, viendroient à Boulongne, pourroient destourber les forts que le roy avoit délibéré d'y fiilre. A quoy monsieur l'amiral vouloit, par tous les moyens du monde, remédier : ces choses requéroient aussi prompt et'soudain remède que les dangers que vous avet ouïs estoient grands; car un Flamand, qui, la nuict précédente, s'estoitenfuyd'avecqueseux, asseuroit que le jour mesroes ou le lendemain matin ils se pourroient trouver sur nostre armée.
Monsieur l'amiral ayant toutes ces considérations, par Tadvis des capitaines, conckid qu'au changement du flux, si aussi le ve&t venoit à changer ou calmer, qu'on se lèveroît peur se jetter en haulte mer, dressant toujours le chemin vers Pennemy, afin de le pouvoir combattre au large, et gaigner le vent ; et là où it temps le forceroit de demourer, il ordonna qoe les galères iroient sous une poincte approchant d'eux, qui les couvroit du vent, et là où ils «i»
toient se tiendroient les vaisse&ux, les pouppes vers la terre, et les grands navires se mettroient en battaiUe un peu au-dessous, tant serrés que le temps le permettroit, afin que Tannée des ennemysi venant à exécuter son entreprinse, et voulant aborder nos navires, eust à passer par devant les galères qui leur demoureroient, par ce moyen, au-dessus du vent. Et là où, par crainte de cest inconvénient, les ennemys voudroient arriver de bonne heure pour combattre les galères, ils ne le pourroient faire, estans en «i peu d'eaue» mesmes que leurs petits navires n'en pourroient approcher sans toucher en terre; avecques ce, pour le peu d'intervalle qui serait entre les galères et les navires, il pourroit advenir que non seulement les ennemys passeroîent outre les galères, mais la courante estoit telle, qu'elle les pourroit jetter delà nos navires.
La chose ainsi résolue, on attendit le changement du flux à Fancre, pour veoir ce que le temps nous apporteroit ; mais nous trauvasmes que le temps persévéra en sa fureur tout ce jour, dont fusmes forcés d'attendre la marée du lendemain, qui nous fut tant favorable en bonasse, avecques changement de vent, que nous pen- £asmes partir et dresser le chemin là part où avions nouvdles de trouver les ennemys. La bonasse augmenta tellement peu à peu, que sur le midy nous ne sotdiaitions riens plus que de rencontrer ceux qui bravoient de nous venir trouver; et, sur ce poinct descouvrans quelques voilles, soudain nos galères feirent diligence de les aller recognoistre : les ayans approchés, se trouva qu'ils estoient Flamans^ et par eux s'entendit que l'armée de l'ennemj n'estoit pas loin de là. Monsieur l'amiral, rayant entendu, alla au navire rond qu'il avoit choisi pour combattre l'amiral d'Angleterre, et manda les gaières donner plus avant pour en Bçavoir plus certaines nouvelles. Lesquelles au poiact du jour vindrent à la veue des ennemys ; monsieur l'amiral les suy vit avecques l'armée, en toute diligence ; mais le temps estoit si calme qu'il ne pouvoK avancer chemin que autuat qu'il estoit porté par les courantes. Les enneiDys, ayans la veue de nos galèresi^ pour ne demeurer entre iceUes et oostre armée par ce temps calme, foisoient grande diligence de gaigner le dessus du vent, ce que nos galères à toutes forces vouloient avoir ; en quoy les armées voguèrent presque tout le Jour, costoytat