CHAPITRE XXIIL
DTaoç conobat qoA fctt au royaulme de Naples de treize Espai- SBois coolre treize Fiauçois, où le bon cberalier flt tant d'armes qu*U emporU le prix sur tous.
On scet assez qu'entre toutes autres natfons Ëspaignols sont gens qui d'eulx-mesmes ne se veulent pas abaisser etonttoujours l'honneur à la botiche; et quoique la nation soit hardye, s'ils avoienl autant de prouesse que de bonne myne, Il n'y auroU gens en ce monde qui durassent à ealx. Jà avei entendu comment le bon cheva/îèr desfist le seigneur domp Alonce de Soto- Majore, dont les Ëspaignols avoient grant dueil an coeur et cherchoient chascun jour le moyen pooT culx venger. Il y eut entre les François et eulx, peu de jours après le trespas du seigneur AkxKeunetrefve dedeux moys; la raison pourquoi, jene le sçay pas. Tanty aque, durant icelle trcfve, les Ëspaignols s'alloient esbattre près des garnisons françoises, où hors des places trou^'oient aucunefois des François qui pareil- XVP 6IBCLE, Chroo. et Mém.
lement s'esbattoient; et avoient souvent paroUes ensem])Ie. Ung jour une bendede gentilshommes ëspaignols, hommes d'armes et tous bien montés, se va embatre jusque près de la garnison du bon chevalier , où l'estoit venuveoir le seigneur d'Orose, de la maison d'Urfé, ung très gentil cappitaine, qui eulx deux de compaignie estoient saillis de la place pour prendre l'air jusqu'à une demye-lieue, où ils vont rencontrer lesdits Ëspaignols qu'ils saluèrent, et les autres leur rendirent le semblable. Us entrèrent en propos de plusieurs choses, et entre autres paroUes, ung Espaignol hardy et courageux, qui se nommoit Diego de Bisaigne, lequel avoit esté de la compaignie du feu seigneur domp Alonce, et luy souvenoit encore de sa mort, dist : <« Messeigneurs les François, je nesçais si ceste trefve vous fasche point ; il n'y a que huy t jours qu'elle est commencée, mais elle nous ennuyé merveilleusement. Si, pendant qu'elle durera, il y avoit une bende de vous autres, dix contre dix ou vingt contre vingt, ou plus ou moins, qui se voulsissent combattre pour la querelle de nos maistres, me ferois bien fort les trouver de mon costé;et ceulx qui seront vaincus demoureront prisonniers des autres. » Sur ces paroUes se regardèrent le seigneur d'Orose et le bon chevalier, qui dist : « Monseigneur d'Orose, que vous semble de ces parolles? — Autre chose, dit-il, sinon que ce gentilhomme parle très honnestement ; je sçaurois bien que luy respondre, mais vous prie, tant que je puis, que luy respondiez selon vostre opinion. — Puisqu'il vous plaist, dit le bon chevalier, luy en diray mon advis. Seigneur, mon compaignon et moy avons très bien entendu vos parolles, et à vous ouyr désirez merveilleusement les armes nombre contrenombre. Vous estes ic^y treize hommes d'armes ; si vous avez vouloir, d'aujourd'huy en huy t jours, vous trouver à deux milles d'icy, montés et armés, mon compaignbn et moy vous en amèneront treize autres. » A lors, tous les Ëspaignols, en leur langage, respondirent : « Nous le voulons. » Ils s'en retournèrent, et le seigneur d'Orose et le bon chevalier aussi dedans Monervyne; lesquels assemblèrent leurs compaignons, et au jour assigné se trouvèrent sur le lieu promis aux Ëspaignols qui pareillement s'y rendirent. De toutes les deux nations en avoit plusieurs autres qui les estoient venus vcoir. Ils limitèrent leur camp, soubscon-
CHRONIQUE DE BÀYART,
dition que cellny qui passeroit oultre resteroit pour prUonnier et ne combattroit phis du jour ; pareillement celluy qui seroit mis à pied ne pourroit plus combattre ; et en cas que jusques à la nuyt l'une bende n'euatpeu vaincre Fautre, et n'en demourast-il que Tung à cheval, le camp seroit finy ; et pourroit remmener tous ses com^ paignons frapes et quictes, lesquels sortiroient en pareil honneur que les autres dudit camp. Pour faire fin , les François se misrent d'ung costé et les Espaignols d'ung autre : tous avoîent lances en Tarrest. Si picquèrent leurs chevaulx ; mais lendits Espaignols ne tascbèrent pas aux hommes, ains à tuer les chevaulx; ce qu'ils firent Jusques au nombre de unie ; et ne resta à oheval que le seigneur d'Orose et le bon chevalier. Mais ceste tromperie ne servit de guères aux Espaignols; car oncques puis leurs chevaulx ne voulurent passer oultre, quelques coups d'eqprons qu'ils sceussent bailler; et lesdits seigneurs d*Orose et le bon chevalier menu et souvent leur Uvroient aspres assaulx ; puis, quant la grosse troppe les vouloit charger, se retiroient derrière les chevaulx morts de leurs compaignons, où Us estoient comme contre ung rampart. Pour conclusion, les Espaignols furent bien firotés; et combien qu'ils fussent treiie à cheval contre deux, ne aceurentobtenirlecampjusquesàce que la nuyt feust survenue sans riens avoir gaigné, par quoy convint à chaseun sortir suivant ce qu'ils avoient accordé ensemble ; et demoura l'honAeur du combat aux François; car ce feust trfes bien combattu durant quatre heures deux contre treize sans estre vaincus ; le bon chevalier sur* toutyfistd'armestani que son bmjt et renom* mée en aagmentèrent assez.