LIVRE X
meray, pour éviter prolixité. Or, pour la seupeté de la terre d'Oye, que j'ay desjà dit estre marescageuse, les Anglois ont fait, du costé de la terre ferme, de grands fossés, qui sont ordinairement pleins d'eau, aveeques remparts; et, par intervalles, ont fait des bastions qu' ils appellent blocus ou forts, pour flanquer lesdits remparts ; dedans lesdits forts ils ont gar* nison ordinaire; par quoy estoit malaisé d'entrer dedans le pays, car, estant l'alarme auxdits forts, tout le pays vient en armes à la defifence d'iceux remparts; et davantage, en temps de guerre, ils ont autre garnison ordinaire en un gros bourg nommé Marc, qui est au milieu du pays.
Estant partie nostre armée, feit telle diligence que l'avant-garde arriva au principal de leurs forts, lequel fut assailly si brusquement par nos vieilles bandes françoises, qu'en peu de temps il fut forcé, et ce qui se trouva dedans mis ati fil de l'eepée. On avoit fait provision de ponts pour passer l'artillerie et gendarmerie sur les canaux qui sont en ladite terre d'Oye ; toutesfoys ils demourèrent à Ardres. Je ne sçay si ee fut la faute ou négligence du chef, mais le frère du seigneur de Mailly, de Picardie, qui avoit la charge de l'artillerie, feit tel devoir que, faisant abattre le bord du fossé, il passa ladite artillerie, chose qu'on pensoit impossible; aussi la gendarmerie, voulant monstrer Taffection qu'elle avoit de (aire service au roy, passa outre ; les uns, menans leurs chevaux par la bride se mettoient en l'eaue jusques à la ceinture ave(*qQes leur faamois; autres passèrent achevai, dont quelques-uns tombèrent dedans, et mirent de Feaue dedans leurs bottes par le coltet : brief tout passa. Estans passés, le seigneur de Brissac marcha pour tirer le chemin de Marc ; mais, n'ayant encores fait demye lieue, ses coureurs rencontrèrent environ deux mille Anglois, qui venoient au secours de ceux du fort que nos gens avotent forcé (mais n'estoient advertys de ce qui leur estoit advenu), lesquels ferent chargés «i vivement de la gendarmerie qui estoit devant, que lesdits Anglois furent deffaits, et la plusparttués surle champ ; les autres se sauvèrent à la faveur des fossés, où la gendannerie ne les pouvoit suivre. Si fut ceste charge si sanglante, que quatre-vingts ou cent chevaux des nostres y demourèrent ou morts ouUesaés, et plusieurs hommes^d'ar^
MÉiMOlRES DE DU BELLAY,
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mes de la compagnie de monsieur de Boissy^ conduitte parle seigneur de Sainct-Sire, son lieutenant.
Nos gens ayant forcé le fort, et deffait les Anglais qui venoient pour leur empescber le passage, nostre camp se logea ; mais la pluye survint si véhémente la nuict, que les fossés qui sont en ladite terre d*Oye, pour esgoutter les les terres, devindrent grosses rivières de sorte qu'il eust fallu autant de ponts comme il y avoit de trenchées ; par quoy fot résolu de se retirer, parce que, continuant la pluye, on n'eust eu le moyen de ramener rartillerie sans grand hazard : si est-ce que, avant partir, on brusia grande partie des villages jusques auprès de Marc.
Pendant que nostre armée fot en la terre d'Oye, les ennemys, qui estoient forts dedans la haute et basse Boulongne, et en la tour d'Ordre (qui est assise sur la poincte où la rivière qui passe au pont de Brique se descharge en la mer ; laquelle tour Jules César feit édifier quand il passa en Angle tterre, pour tenir une lanterne au hault d'icelle, pour radresser ses navires, si de fortune luy advenoit tourmente comme à son premier passage. Tourau tour de laquelle les Anglois avoient faict un fort de terre bien flanqué, tant pour la conservation de ladite tour, qui estoit la salvation des navires qui entroient dans le canal de la rivière, que pour tenir plus grand nombre de gens en seureté), sortirent une nuict avecques toutes les forces desdits lieux, pour surprendre le fort que nous avions fait deçà Teaue, vis-à-vis de la basse Boulongne, d'autant qu^il y avoit encores la pluspart de la fortification où Ton pouvoit monter sans eschelle ; et pouvoient estre sortys, pour ladite entreprinse, jusques au nombre de sept ou huit mille hommes, tous biens délibérés de faire leur devoir. Or n'y avoit-il, entre la basse Boulongne et le fort, que la grève ; de sorte qu'on tiroit de l'un en l'autre de poincte en blanc d'une coulevrine, et quand la mer est retirée, on n'y est pas en l'eau jusques au gros de la jambe. Us arrivèrent environ une heure devant le jour : mais Thibault Roubault, seigneur de Riou, et qui estoit lieutenant du roy dedans ledit fort, et le capitaine Villefranche, son lieutenant audit fort, sentans leur secours loin, faisoient la veille jour et nuict avecques la pluspart de leurs soldats, et le jour se reposoient ;
dont bien leur print ; car, de première arrivée, les ennemys donnèrent sur le haut du rempart. Mais, ainsi que furieusement ils assaillirent, aussi avecques grande asseurance ils forent r^ cueillis (comme par gens qui estoient bienidvisés de ce qu'ils avoient à faire), et tout ceqai donna sur le hault fot tué, et le reste renversé et mis à vau-de-roupte ; et oncques puis n'osèrent entreprendre de les vouloir forcer.
Le roy, estant adverty que son armée estoit retirée de la terre d'Oye, manda au maresd»! du Biez qu'il eust à se camper au Portet, qm est à un traict de canon du fort, afin de toosjours donner espaule à ceux qui faisoient la fortification d'iceluy fort; et puis il print k chemin de Corbie, Ham et la Fère. Et estant arrivé audit lieu de la Fère, adverty que de^ les lansquenets qui venoient pour le secours do roy d'Angleterre estoient arrivés à Fleorioes, qui est un gros village au pays du Liège, à dix lieues de Mésières, dépescha le seigneur d'Enguien, François de Bourbon, pour aller i Guise, avecques trois cens hommes d^annesK quelque nombre de gens de pied, pour empescber lesdits lansquenets d'entrer parcestendroict dedans ses pays. Pareillement le roy dépescha le seigneur de Longueval, sonlientenant en Champagne, pour aller lever U légion dudit pays, et pourveoir tous les passages par où il cognoistroit que l'ennemy pourroît entrer. Et dedans Mésières (qui estoit la ville de plus grande importance si Tennemy l'eust sorprinse ) envoya le seigneur de Langer avecques mille hommes de pied, et les arrière-bans de Bonrgongne et une partie de ceux de Champagne. Ce faict, il mit ordre d'estre seoreroent adverty des entreprinses de l'ennemy ; car l'empereur, craignant que ceste grosse armée d' Allemans, tant de pied que de cheval, entrant en son pays, et le trouvant despourveudegens de guerre, n'y feist quelque dommage, leur reffùsa le passage par ses pays ; qui faisoit douter au roy que, se voyans désespérés de pasRf par amitié par le pays de l'empereur, ils ne voulsissent entreprendre de passer par son royaume. Enfin, lesdits Allemans, après avoir séjourné trois sepmaines audit lieu de Fteurines, sans pouvoir prendre résolution, le jour de I» paye survint, et n'estans les deniers prests, quelque remonstrance que peussent faire les conunissaireset thrésoriersdu roy d'Angletm?