‹ Le loyal serviteur [pseud.] Chronique de Bayart.--Guillaume de Marillac. Vie du connétable de Bourbon.--Antoine de Laval. Continuation de Marillac.--Jacques Buonaparte. Sac de Rome in 1527.--R. de La Marck, sgr de Fleurange. Mémoires du jeune adventureux.--Louise de Savoye. Journal.--Martin et Guillaume du Bellay. MémoiresChapitre 411 sur 428 · LIVRE X · texte numérisé non relu

LIVRE X

que de brief l'argent seroit venu, ik n'y voulurent adjouster foy, mais tournèrent leurs enseignes pour eux retirer en Allemagne, et amenèrent quand et eux lesditstbrésoriers et commissaires, qui avoient charge du roy d'Angleterre de les conduire pour la seureté de leur payement. Par ce moyen, ledit Anglois feit une despence excessive qui revint en fumée, et espuisa bien ses thrésors, qui desjà estoient fort entamés.

Environ la feste de Toussaincts 1545, après la retraitte desdits AUemans, le roy, ayant esgard que, par le trespas de monseigneur le duc d'Orléans, son fils, les alliances conduites avecques l'empereur estoient nulles et de nul effect, dépescha monsieur l'amiral d'Annebault et monsieur Olivier, chancelier de France, pour Csiire nouveaux traittés, et confirçaer nouvelles alliances et amitiés entre luy et l'empereur. Lesquels, après avoir prins congé du roy, lors estant à Folambray, près Coussi, le jour de Toussaincts, prindrent le chemiii de Cambray, de Valenciennes et de Courtray, et vindrent trouver l'empereur à Bruges, auquel lieu, après avoir plusieurs foys communiqué avecques Sa Majesté, furent remis à avoir response à Anvers. L'occasion pour laquelle l'empereur estoit venu à Bruges et alloit à Anvers, estoit qu'il avoit intention de dresser une armée pour aller en Allemagne subjuguer les protestans, et autres princes et communautés d'Allemagne qui ne luy estoient si obéissans comme il désiroit ; et, pour dresser ladite armée, luy falloit avoir grandes finances, pour lesquelles recouvrer il alloit audit lieu de Anvers, afin d'en avoir, tant par ottroy que par prest. Aussi ne vouloit-il si promptement faire response aux ambassadeurs du roy, que premièrement il n'eust entendu la volonté de ceux dudit Anvers, à ce que, selon qu'il feroit ses affaires, il fust ou plus rigoureux en response > ou plus gracieux. Monsieur l'amiral et monsieur le chancelier, après avoir esté audit Anvers environ sept ou huict jours à la suitte dudit empereur, ayans cognoissance des dissimulations dont il usoit, prindrent congé de luy, sans autre résolution, sinon que là où le roy ne luy commenceroit la guerre, il n'estoit pas délibéré de la luy faire.

Ëstans lesdits ambassadeurs de retour, qui fut environ la Sainct- André, trouvèrent le roy à ViJliers-Costcrcts ; lequel, ayant ouï la res-

ponse de l'empereur, cognent bien qu'il luy estoit besoin de se préparer, et qu'il ne restoit à l'empereur que Toccasion de commencer la guerre à son avantage. A ceste cause ( parce qu'il avoit fait monseigneur d'Enguien gouverneur de Languedoc), dépescha le prince de Melphe, qui nouvellement avoit esté faict mareschal de France, pour aller en Piémont, y estre son gouverneur et lieutenant général. Aussi, considérant que l'empereur (s'il venoit à chef de réduire en son obéissance la Germanie ) luy amèneroit sur les bras toutes les forces, tant des catholiques que des protestans, dépescha devers monsieur de Yendosme, son lieutenant général en Picardie, thrésoriers et argent pour fortifier les places débiles^ et aux autres gouvernemens feit le semblable, mesmes en Bresse, pour fortifier Bourg. Et ayant expérimenté par la précédente guerre que la principale descente d'Allemagne pour entrer en ce royaume, estoit par la Champagne, et toutesfoys qu'il n'avoit frontière en son royaume si mal garnie de places fortes, pour faire teste à une grosse armée, délibéra d'y pourveoir. Et, pour cest effect, il dépescha le seigneur de Langey, Martin du Bellay, son lieutenant audit pays de Champagne, et luy donna charge de visiter la frontière, depuis Vervins, jusques à Coiffi, et luy faire rapport des lieux plus nécessaires de fortifier, pour empescher l'entrée de l'ennemy en ses pays. Lequel seigneur de Langey partit cinq ou six jours devant Noél, et avecques luy Hiéronyme Marin, Boulonnois, homme bien entendu au faict des fortifications. Puis, après avoir Cstict ladite Visitation, et bien recogneu la frontière, iceluy de Langey feit rapport au roy qu'il estoit besoin de fortifier une place entre la Chappelle et Mésières, d'autant qu'il y a grand pays ouvert, comme de dix-huit lieues, et qu'il luy sembloit que Aubenton estoit bien à propos, faisant une citadelle au hault devers les bois, pour commander à la ville. Mais le roy, pour quelque occasion à ce le mouvant, ne voulut que la fortification se feist audit lieu, mais ordonna qu'elle se feroit au-dessus d'un village nommé Maubert- Fontaine, à sept lieues de Vervins et cinq de Mésières, à la saillie des bois ; puis il ordonna de fortifier. Mésières et Mouson. Mais ledit lieu de Mouson se trouva '' malaisé à fortifier, à l'occasion de la montagne

de devers Yroy, quî loy commande, et que dq coslé de deçà la rivière de Mease, à Topposite de ladite montagne devers France, on veoit« par dessus la ville, le pied et le derrière de ceux qui viennent à la deflence du rempart. Si est-ce qu'il y fut ordonné ce qu'on veit le plus yiécessaire, sçavoir est : une traverse de mumille de bout en bout de la ville, par dedans, pour couvrir ceux qui seroient à la deflence, et dehors, un grand et profond fossé. Et, parce que, par la paix qui fut conctutte à Salncl-Jeandes-Vignes, près Soissons , la ville de Stenay avoit esté rendue au duc de Lorraine, le roy ordonna fitire une place sur la rivière de Meuse, deçà i'eaue, dedans ses pays, laquelle fut édifiée entre ledit Stenay et Dun4e-Cha8teaa,et,fiit nommée Villefpanche-sur-Mefbse, près un village nommé Samorel, et vis4-vis d'un autre village delà I'eaue, nommé Mosas.

Environ le mois de juin subséquent, l'empereur, partant d' Yvoy pour son voyage d'Allemagne, voulut revister sa duché de Luxerabourgs et, pour cest effect, prenant son chemin par-devant Jamets, passa par-devant ladite place de Villefranche, estant la rivière de Meuse entre deux. Auquel lieu estant arrivé, H feit complainte à l'ambassadeur du roy, lequel estoit près d'iceluy empereur, que ladite Villefranche estoit édifiée sur le fief de TEmpire ; mais par le seigneur de Langey luy furent envoya des registres de deux cens ans, qui ftiisotent apparoir comme de tout temps les babitans dudit pays avoient esté subjets à la jurisdiction et grenier à sel de Saincte-Menehoult ; dont il se contenta. Et partant dudit lieu, alla â DanviHier, et ordonna réédifier et fortifier la ville auparavant minée par le duc d'Orléans ; et puis il passa outre à Luxembourg, pour achever son voyage d' Allemagne. Et parce que ce voyage ne touche point de la matière que f ay entreprinse d'escrire, je le laisse aux serviteurs de l'empereur, lesquels en ont escrit bien amplement, et mesmes don Louisd'Avila.

Aiissi le roy (éH besongner au cbasteau de Saincte-Menehouk; à Sainct-Dizier feit faire Xtfns gros boulleverts ; à Chaumont-en-ttassigny, pareiHement commença à fortifier; et à Coiffi, feit commencer une citadelle, lequel lieu de Coiffi est à la portée d'une codevrine de la Franche-Comté, sept lieues plus outre que Chaumont, et à six lieues par-delà Langres ;

DE DU BELLAY, [me\

et à Ligny , fèit commencer un chasteau sar le hault de la montagne tirant à Commercy ; mais la mort le surprint devant qu'avoir parachevé lesdites fortifications.

Durant cest hy ver, la guerre se faisoit onlinairement entre les Anglois et les François qui estoient dedans le fort d'Outreau, vis-à-vis de la basse Boulongne ; et y eut audit fort, à Foccasion des neiges, pluyes et mauvais temps, telle véhémence de peste, que, en une nuict seole, forent mis en terre plus de six-vingts sokhts , (chose que je veis, y estant allé de par le roy), et continua de sorte, qu'enfin on ne leur fcisoit autre sépulture, sinon, quand tout estoit mort en une maison, on l'abatoit sur eux. Aussi les maisons estoient des trous en terres couverts de quelque appentis de paille oa de chame, qui pouvoient bien estre cause en partie de ceste mortalité, veu l'humidité de l'hyver. Je y fos queiquesfoys logé en la chambre du capitaine Villefranche, laquelle je pensols la pios sainedufort; mai8lanuict,enlachanibreoàj'estois couché, mourut son frère et deux de sa fils, lesquels le jour ne monstroient apparence d'estre malades. Et dura tellement ladite mortalité, que, de vingt enseignes, ne demourèrent pas plus de huict ou neuf cens hommes; mais nonobstant, jamais les soldats ne voulurent abandonner leur garde tant qu'il fut possîUe, et y endurerait beaucoup de maux.

Le seigneur d'Essé, le seigneur de Riou, estans un peu refreschis et renforcés d'hommes, ^ la peste aucunement rapaisée, feirent de belles entreprinseset insignes deffaictes sur les enoemys; et, entre autres, environ le mois d'avril 1646, fut délibéré de faire mettre des vivresdedans ledit fort d'Outreau, où la nécessité coinmençoit à les contraindre. Four foire ladite exécution, fot ordonné le seigneur de Sena'pont, lieutenant du mareschal du Bies, avecques soixante hommes d'armes, lequel partit d'auprès de Montreul le jour de Pasqaes aa soir, et arriva le lundy matin audit fort d'Os tpeau , avec les vivres et autres ref^eschissemeis qu'il conduisoit : mais, passant près du pont de Brique, au-dessoubsdu mont Sainct-Estienne, rencontra trois cens chevaux angfoîs, venus pour luy empesdier ledit en vitaiHement. L'escarmouche se dressa d'un costé et d'autre, de sorte qu'il y eut deux hommes d'amies et trois archers de ladite compagnie du seigneur de S^

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