‹ Le loyal serviteur [pseud.] Chronique de Bayart.--Guillaume de Marillac. Vie du connétable de Bourbon.--Antoine de Laval. Continuation de Marillac.--Jacques Buonaparte. Sac de Rome in 1527.--R. de La Marck, sgr de Fleurange. Mémoires du jeune adventureux.--Louise de Savoye. Journal.--Martin et Guillaume du Bellay. MémoiresChapitre 44 sur 428 · CHAPITRE XXV · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXV

Coiiidnâit te bott chevafier Sfitlâ oog poût sar la tivttte de OarittiD» Iny êtxàf Tat^Mce de demy^-heun^ contra deux ceDi Egpaignoto.

Assez avez peu venir en autre histoire comment au royaulme de Naples, et vers la fin de la guerre qui fat entre François et Espaignols, se tint longuement l'armée desdits François sur le bord d'une rivière dite le Garillan, et Tarmée espaignole estoit de l'autre costé. H &ut entendre que s'il y avoit du costé des François de vertueux et gaillards cappitaines , aussi en avoit- il du costé des Espaignols, et entre autres le grant cappitaine Gonsalles Ferrande, homme sage et vigilant , et ung autre appelé Pedro de Pas, lequel n'avoit pas deux coudées de hault, mais de plus hardye créature n'eust-on sceu trouver ; et si estoit si fort bossu et si petit qu'on ne luy voyoit que la teste au-dessus de la seDe quant estoit à cheval. Ung jour s'advisa ledit Pedro de Pas de faire ung alarme aux François ; et avecques cent ou six vingts chevaulî se mist i. passer la rivière du Garillan en ung certain lieu où il sçavoit le gué, et avoit mis ung homme de pied derrière chasctm cheval, gamy de hacquebute. nSeiisoit cette alarme afin que Tannée y courust, qu'on habandonnast le pont, et que leur force y vint et le gaignast. n exécuta très bien son entreprise, et fist au camp des François ung aspre et chault alarme où ung chascun se retiroit, cuydant que ce feust tout l'effort des Espaignols ; mais non estoit. Le bon chevalier qui déslroit toujours estre près des coups, s'estoit logé joignant du pont, et avecques luy ung gentilhomme qui se nonunoit l'esouyer le Basco, es-

CHRONIQUE DE BAYART,

cuyer des cscuyries du roy de France Loys douziesme, lesquels commencèrent à eux anner quand ils ouyrent le bruyt. S'ils lurent bientost prest et montés à cheval, faut pas le demander, délibérés d'aller où Taflaire estoit; mais en regardant du costé de la rivière, le bon chevalier va adviser environ deux cens chevaulx des Espaignols qui venoient droit au pont pour le gaigner; ce qu'ils eussent bit sans grande résistance, et esloit la totalle destruction de l'armée françoise. Si commencea à dire à son compaignon : « Monseigneur l'escuyer, roonamy, allez viste chercher de nos gens pour garder ce pont,' ou nous sommes tous perdus; cependant je mettray peine à les amuser jusques à voslrc venue, mais hastez-vous. " Ce qu'il (ist ; et le bon chevalier, la lance au poing, s'en va au bout dudit pont, où de l'autre costé estoient desjà les £spaîgnols prests à passer ; mais comme lyon furieux va mettre sa lance en arrest, et donna en la troppe qui desjà estoit sur le pont, de sorte que deux ou trois se vont esbranler, desquels il en cheut deux en l'eaue, qui oncques puis n'en relevèrent, car la rivière estoit grosse et profonde. Cela fait, onluy tailla beaucoup d'affaires, car si rudement fut assailly que, sans trop grande chevalerie, n'eust sceu résister; mais comme ung tigre eschauffé s'accula à la barrière du pont à ce qu'ils ne gaignassent le derrière, et à coup d'espée se deffendist si très bien que les Espaignols ne scavoient que dire et ne cuydoient point que ce feust ung homme. Bref, tant bien et si longuement se maintint que l'escuyer le Basco son compaignon lui amena assez noble secours, comme de cent hommes d'armes, lesquels firent auxdits Espaignols habandonner tout le pont, et les chassèrent ung grant mille de là ; et plus eussent fait quand ils apperceurent une grande troppe de leurs gens de sept à huyt cens chevaulx qui les venoit secourir. Si dist le bon chevalier à ses compaignons: <• Messeigneurs, avons assez fait aujourd'huy d'avoir sauvé nostre pont, retironsnous le plus serréement que nous pourrons. » Son conseil fut tenu à bon ; si commencèrent à (mix retirer au beau pas. Toujours estoit le bon <:hevalierledemier,quisoutenoit toute la charge ou la plupart, dont au long aller se trouva fort pressé à l'occasion de son cheval qui si las esloit que plus ne se pouvoit soutenir, car tout Je jour avoit cpmbatlu dessus. Si vint de rechief

une grosse envahie des ennemys, qui tout d^ung flot donnèrent sur les François en façon qa^aucuns furent versés par terre. Le cheval du bon chevalier fut acculé contre ung fossé, où il fot environné de vingt ou trente chevaliers qui cryoient : « Rende,rende, Segnor. » Ilcombattoît tousjours et ne savoit que dire, sinon : « Messeigneurs, il me fault bien rendre, car moy tout seul ne sçaurois combattre vostre puissance.» Or estoient desjà fort esloignés ses compaignons, qui tiroient droit à leur pont, cuydans tousjours avoir le bon chevalier parmy eulx ; et quand ils furent ung peu esloign^, l'ung d*entre eulx, nommé le chevalier Guyfray , gentilhomme du Dauphiné et son voisin, commencea à dire: « Hé! messeigneurs, nous avons tout perdu; lecappitaine Bayart est. mort ou pris, ^ car II n'est pas avecques nous. I^'en saurons nous autre chose? et aujourd'huy il nous a si bien conduyts et fait recevoir tant d'honneur! Je fais veu à Dieu que s'il n'y devoit aUer que moy seul, je retoumeray,etplustost seray mort ou pris que je n'en aye des nouvelles. » Je ne sçay qui de toute la troppe fut plus marry quand ils congneurent que le chevalier Guyfray disoit vray. Chascun se mist à pied pour ressangler son cheval et remontèrent, et d'ung courage invaincu se vont mettre au grant galop après les Espaignols, qui emmenoient avecques euh la fleur et l'eslite de toute gaitillesse,.et seulement par la faulte de son cheval ; car s'il eust peu endurer autant de peine que luy, jamais n'eust esté pris. Il fault entendre que, ainsi que les Espaignols se retiroient et qu'ils emmenoient le bon chevalier, pour le grant nombre qu'ils estoient, ne se daignèrent amuser à le desr<d)er de ses armes, ne luy oster son espée qu'il avoit au costé; bien le dessaisirent d'une hache d'armes qu'il avoit en la main ; et en marchant luy demandoient toujours qui il estoit. Il qui scavoit bien que, s'ilsenommoitpar son droit nom, jamais vif il n'eschapperoit, car plus le doubtoient Espaignols que homme de la nation françoise, si le sccutbien changer ; toujours disoit-il qu'il estoit gentilhomme. Cependant vont arriverses compaignons cryant : « France! France! tournez, tournez, Espaignols ; ainsi n'emmènerez-vous pas la fleur de chevalerie.» Auquel cry les Espaignols, combien qu'ils fussent grant nombre, se trouvèrent estonnés; néanlmoins d'un visage asseuré f^^îreurent ccste lourd}

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