CHAPITRE XXVL
De plusieurs choses qui advlnreiu co deux années , tant en Fi'ance, Italie que Espaigne.
Après toutes ces choses passées, y eut quelque abstinence de guerre entre France et Espaigne, qui n'estoit guères bien à propos, car les ungs avoient ce qu'ils demandoientetles autres non. En Fan 1505 mourut Jehanne de France, duchesse de Berry, qui avoit este mariée au roy Loys douziesme , lequel ceste mesme année, en sa ville de Bloy s , fut si grief vement malade qu'on ne luy espéroit vie, abandonné de tous ses médecins et de tout remède humain ; mais je crois que à la requeste de son peuple et à leurs prières, car il estoit bien aymé, au moyen que jamais ne les avoit oppressés ne foulésde tailles, Nostre Seigneur luy prolongea ses jours. Audit an mourut domp Frédéric d'Arragon au Plessisles-Tours, jadis roy de Naples, qui fut le dernier de la lignée de Pierre d'Arragon , lequel sans raison ny moyen usurpa ledit royaulme de Naples, et ne l'ont ceuk qui l'ont tenu depuis et tiennent encore à autre titre. L'an 1506, une des plus triomphantes et glorieuses dames qui puis mille ans ait esté sur terre alla de vie à trespas; ce fut la reyne Ysabelle de Castille, , qui ayda, le bras armé, à conquester le royaulme de Grenade sur les Mores, print prisonnier les enfans du roy Chico* qui occupoit ledit royaulme, lesquels elle fist baptiser. Je veulx bien assurer aux lecteurs de ceste présente histoire que sa vie a esté telle qu'elle a bien mérité couronne de laurier après sa mort. L'année mesme trespassa son gendre, qui par le décès d'elle avoit esté son héritier, Philippe, roy des Espaignes, à cause de sa femme archiduc d'Autriche
(I) Boatidil, surnommé el Chico par les F/^pagml?.
CHRONIQUE DE BAYART,
et comte de Flandre. France ne perdit guères à sa mort) car y avoit semé \m grain qui peu y eust profité. Le pape Jules, par le secours du roy de France et Tayde de son lieutenant général au duché de Milan, le seigneur de Chaumont , messire Charles d*Amboyae, homme diligent et vertueux, conquesta Bologne sur messire Jehan de BentivoÛle audit an , où pour récompense et pour payement bailla en France de beaulx pardons. Je ne sçay qui donna ce conseil ; mais oncques puis les François ne furent fort assurés en Italie, car avecques cela ledit pape n'estoit pas trop bon ; il se fortifia deçà les Alpes à rencontre des terres du roy de France qu'il tenoit en Lombardie. Bref, c'est une diablerie quand avarice précède l'honneur, qui a tousgours beaucoup plus régné en France qu'en autre lieu ; si est le plus excellent pays de TEurope, mais toutes bonnes terr^ n'apportent pas bon fruyt en quelque sorte que ce soit. Je me tiendray avec celluy qui a fait le rommant de la Rose, qu'on nomme maistre Jehan de Meung, lequel dist que
feeauli dot» donnent los dut donneurs, ualB Us eapyrtm les preneurs.
Le roy d'Arragon, veuf par le trespas d'Ysaberte, prînt ceste année mesme la niepce du roy de France, Germaine de Foy, qui fust enmenée en grant triomphe en Espaigne, et la vint quérir le comte de Cifibyntes et ung évesque jacobin» Depuis qu'elle fut en Espaigne, elle a bien rendu aux François les honneurs qu'elle avoit rcçeus du pays, car jamais ne fut veu de tous ceulx qui Ton congneue depuis une plus mauvaise Françoise.