CHAPITRE XXVII
Oommeiit fes Gennols se révoUèrenl et comment le roy de Frauct, pttmuai tes aoiiU, les remit à la raisoD.
Le pape Jules fit révolter les Gennof s , et le populaire mutiné chassa tous les nd>les hors de la ville, et y eslut ung duc appelle messire Paule de Novy, homme mécanique et du métier de taincturier. Ung gentilhomme gennols, messire Jehan Loys de Flisco, qui estoit fort bon françois, le seigneur de Las qui tenoit leCbastellet et plusieurs autres en advertirent le roy de France ; et le sage prince, qui en de telles affaires estoit assez congnoissant, veist bien que si
cela n'estoit bientost rabillé, il en pourroit sortir de gros inconvéniens, et délibéra de passer monts avecques bonne et grosse puissance ; qu'il fist à grande diligence, car pourbeadcoap de raisons la matière le requéroit. Le bon dievalier restoit alorsàLyon, malade de sa fiebvre quarte, qui sans la perdre Ta gardée sept ans et davantage; il avoit en ung bras ung gros inconvénient d'ung coup de pioque que aatrefiHs avoit eu, et en avoit esté si mal pansé que ung ulcère iay en estoit demouré, qui n'esloit point encoresbien guéry. Au retour de Naples, le roy son maistre l'avoit retenu pour ung de ses escuyers d'escuyrie, en attendant qu'il y eustqudquecompaigniede gens d'armes vacquant pour l'en pour veoir . Si pensa en soy-mesme que néantmoins qu'il ne fieust bien sain, il luy toumeroît à grande lascbeté de ne pas suy vre son prince ; et ne regardant à nul inconvénient, se délibéra marcher avecques luy. En deux ou trois jours eut donné ordre à son cas, et se mist au passage des montaignes comme les autres. Tant diligemment diemina l'armée qu'elle approcha la ville de Gennes, dont les habitans forent fort estonnés, car ils espéroioat en peu de jours avoir gros secours du pape, et de la Romaigne mesmement de sept ou huy t mille hommes qu'on appelle en Italie Bresignels, qui sont les meilleurs gens de pied qui soient aux Ytales, et très hardis à la guerre. Ce néantmoins âdsoient toajours leur debvoir ; et mesmement au hault de la montaigne, par laquelle convenoit aux François passer pour aller à la ville, avoient fait construire ung fort bastillon gamy d'artillerie à merveilles et de bonnes g^is, qui donna titre d'esbahissement à toute l'armée ; dont le roy fist assembler les cappitainesàsçavoircequ'il estoit de Caire. Plusieurs furent de diverses opini<His ; les ungs disoient que par là pourroit se mettre l'armée en hasart, et que au hault pourroit aveoir grosse puissance qu'on ne pouv(^ v^r, qui les pourroit repousser et faire recevoir une honte si on y alloit foibles. Autres disoient que ce n'estoit que canaille et qu'ils ne dureroient point. Le roy regarda le bon chevalier auquel il dist : u Bayart , que vous en semble? — Sur ma foy, Sire, luy dist-il, je ne vous en scatnrois encores que dire ; il fault aller veoir qu'ils font là hault ; et de ma part , s'il v ous plaist m'en donner congé, devant qu il soit une heure, si je ne suis mort ou pris^ vous en 3caurez de^noa*
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PAR LE LOYAL SERVITEUR, CHÂP. XXVIL
irdte. — Et je vous en {srie, dist le roy, car , assez FOUS vous entendez en telles affaires. » Ne «éjoama guères le bon chevalier que avecques pfattîeun de ses amys et compaignons, comme Je vicomte de Roddes, le cappitaine Maugiron, fe seigneur de Beaudisner, le bastard de Luppe, eCphisîeors auU'es jusques au nombre de cent ou si\ vingts, entre lesquels estoient deux' nobles seigneurs de la maison de Fouez, les seigneurs de Bariuizaa ^t d'Esparres, enfans du seigneur de Lautree, quMl ne fist sonner la charge et rallarme. Tous assemblés, il commencea le beau pronier à gravir ceste montaigne. Quand on le veit devant, il fut assez qui le suivit. Et travail^ \erexit fort, avant quMls fussent parvenus jusques au haoh, ou ils prindrent ung peu d'aleyne ; pats marchèrent droit au bastillon , où &ï chemin trouvèrent forte résistance, et y eust aspre combat; mais enfin les Gennois tournèrent le dos, où après vooloient courir les François ; mais le bon chevalier s'escria : « Non, messeigneurs , allons droit au bastillon ; possible est quMI y ait eneores des gens dedans que nous pourrons endorre ; il firah veoir qu'il y a. »» A ce conseil se tint ung chascun et y marchèrent. Ainsi qu^ avoitdist advint, car encores dedans avoit deux ou trou cents hommes, qui se myrënt en deffisDse assez rude pour le commencement, mais enfin guerpirent le fort en fuyant comme fooklre an bas de la montaigne pour gaigner leur viHe. Ainsi fut pris le bastillon. Et depuis ne firent les Geniiois beau fait , ains se rendirent à la merey du roy, qui y entra, et fit aulx habitans payer le deffiroy de son armée, et à leurs dq^ens fit construire contre la ville ung fort chastean qu'on nomma Godefa. A leur duc fut la teste coupée et à ung autre nommé Justintm. Sref ils ftirent assez bien chastiés pour nngeo^.Peu après se viraat le roy de France et le roy d'Ârragon, retournant de Naples en Equàgoe, m la ville de Savonne, et y estoit sa teoÈme Gormaine de Foix, qui tenoit une merveiUeose andace ; elle fist peu de compte de tous les François, mesmement de son firère le genta dxÈC de Nemours, dont ceste Wstoyre fera cy après mention. Le roy de France festoya fort bien le grand cappitaine GcHizaltes Fenrande , et te roy d'Arragon porta gros honneur au cappttaioe Loys d*Ars, et au bon Chevalier sans paour et sans reprouche, et dist au roy de France ces mots : « Monseigneur, mon frère ,
bien est heureux le prince qui nourrit deux tels chevaliers. • Les deux princes, après avoir esté quelques Jours ensemble, prindrent congé; Tung alla en Espaigne et l'autre retourna en ûà duché de Milan.