CHAPITRE XXVIII
CoH)iDent rfmperepr M^xiiniliaD fi( la gqerre f^Jïi Véoiç^^jps^^ où le roy de Frauce envoya le seigneur Jehan-J{u:ques aveçr ques grosse puissance pour les secourir.
Après la prinse de Gennes et la veue des deux roys à Savonne, celluy de France repassa par sa ville de Milan, où le seigneur Jehan-Jacquea luy fist ung des triumphans bancquets qui jamais fut veu pour ung simple seigneur ; car quand on cherchera bien partout, se trouvera qu'il y avoit plus de cinq cens personnes d'assiette, sans les dames, qui estoient cent ou six vingt. Et n'eust esté possible d'estre mieulx servis qu'ils furent de mets, entremets, mommeries, comédies et toutes autres choses de passe-temps. Après s'en retourna le roy en France, où l'année en suyvant fut adverty par les Yéniciens, qui estoient ses alliés, comment l'empereur Maximilian deseendoit en leur pays et leur vouloit faire la guerre. A ceste cause, par ung leur ambassadeur, qui estoit devers luy, appelle MessireAnthonio Gondelmarre, lui £aisoient supplier de leur donner secours; ce qu'il fist voulentiers. Et manda au seigneur Jehan-Jacques y aller avec six cens hommes d'armes, et six mille de pied ; h quoy il obéit ; et se vint joindre à la puissance des Véniciens en ung lieu appelle la Pèdre, où l'armée de l'empereur estoit desjà arrivée, qui eust bientost passé plus oultre , n'eust esté la venue du seigneur Jehan-Jacques qui l'arresta \ et depuis ne fist pas l'armée de l'empereur grans choses. Les Véniciens, qui sont subtils et caulx, advisèrent qu'il valloit mieulx appoincter que d'entrer plus ^vant en la guerre; si en cherchèrent le moyen tant qu'enfin le trouvèrent. Je croy bien qu'ils fournirent quelque argent, car c'estoit la diose en ce monde dont l'empereur Maximilian estoit le plus souffreteux. Si en fist retourner son armée. Le seigneur Jehan-Jacques, qui en cest appoinctement n'avoit point esté appelle, n'en fut pas trop content , et dist bien au providadour de la seigneurie qu'il en advertiroit le roy son maistre, qui, à son opinion, trouveroit la chose
CHRONIQUE DE BWART,
assez estrange et n'en seroit pas content. Cela demoura ung peu en suspens, où durant ce temps le roy de France, Loys douzième , alla faire son entrée en sa ville de Rouen , et sa bonne compaigne la reyne, qui fiit fort triumphante ; car si les gentilshommes y firent leur debvoir, les enfans de la ville n'en firent pas moins. Il y eut joustes et toumoys par Tespace de huy t jours. Cependant se dressa quelque traie té entre le pape, l'empereur, les roys de France et d'Espaigne, où pour y mettre fin fut , par eulx ou leurs ambassadeurs, conclu et accordé que Ton se trouveroit en la ville de Cambray à certain jour par eulx pris. Et y fut envoyé, de la part du roy de France, le cardinal d'Amboise, légat audict, royaulme , son nepveu le grand-maislre de France, seigneur de Chaumont, chef des armées, de la maison d'Amboise, et plusieurs autres, et de chascun des autres princes ambassadeurs avec toute puissance. A quelle fin ils conclurent, rien n'est plus certain que ce fut pour ruyner la seigneurie de Venise, qui, en grande pompe et à peu de congnoissance de Dieu, vivoit glorieusement et en opulence, faisant peu d'estime desautres princesde la cbrestienté,dont peult-estre que Nostre Seigneur fust courroucé, comme il apparut; car, bien que ses ambassadeurs deslogeassent de la ville de Toumay, firent alliance amys d'amys et ennemys d'ennemys pour leurs maistres; là fut conclu que le roy de France , en personne , passeroit après Pasques l'année qu'on diroit 1509, en Italie, et entreroit au pays des Yéniciens quarante jours avant que nuls des autres se meissent à la campaigne. Je ne sçais à quelle fin ils avoient posé ce terme, sinon qu'ils vouloient taster le gué ; et peult-estre que si le roy de France eust eu du pire, en lieu de courir aulx Yéniciens, eussent couru sur luy-mesme ; car je n'ay jamais cogneu qu'il y eut grosse amytié entre la maison de France et la maison d'Autriche, et pareillement ne s'accordoient pas bien le pape et le roy de France. Bref, il me semble, à dire le vray, qu'ils vouloient faire essayer la fortune aux François, et vouloient jouer à ung jeu que jouent petits enfans à l'escolle : s'il est bon ^ je le prends y et s'il est mauvais je le laisse, Toutesfois, si bien advint à ce bon roy Loys, qu'il exécuta son entreprise à son grant honneur et au proufit de ses alliés, comme vous entendrez.