PAR LE LOYAL SERVITEUR, CHAP. XXIX
vTestcit peint trop grande , car en toutes gens n'avoit que trente mille hommes dont il povoit avoir TÎngt mHie hommes de pied , comprins six mttie Soysses et deux mille hommes d'armes, (bessent nne fort gaillarde armée , où ils eu- Tcnt pfais de deux mille hommes d'armes et Ihoi trente mille hommes de pied. Leur chef pour les eonduyre estoit le comte Petilano, et k cappitaine général de leurs gens de pied estoit le seigneur Berthelome d'Avyano, qui entre autres avoit une bonne bende de Bresignels, qid portoient sa livrée de blanc et rouge, tous gentils compaignons et nourris aux armes. Je ne ^ous feray longs récits des courses , allées et venues; mais enfin le roy de France, ayant passé les monts et arrivé en sa ville de Milan , aiqirint que les Véniciens avoient repris Trévy , une petite villette de la rivière d'Ade, que puis peu de jours devant le grant-maistre seigneur de Chaumont avoit pris sur eulx, avec les cappitaines Molart, Lacrote, Richement et le bon chevalier, qui avec leurs- gens estoient passés 4es premiers. En laquelle ville de Trévy les Nésùeiens, par ce qu'elle s'estoit tournée françoîse, unsrentle feu, et emmenèrent les gens de cheval tous prisonniers, dont estoit chief le eappitaiDe Fontrailles ; aussi fut prisonnier le cappfïaine de la Porte, le seigneur d'Estançon et deux autres cappitaines de gens de pied, le chevalier Blanc et te cappitaine Ymbault. Ainsi ces nouvelles sceues par ledit seigneur, marcha draû à Cassan. où il fist incontinent sur cette riviCTe d'Ade dresser deux ponts sur bateaulx, où par l'ong faisoii passer les gens de cheval , par Fautre les gens de pied, et luy-mesme, armé de toutes pièces , y faisoit tenir l'ordre. L'armée passée, le lendemain fut prise une petite ville nommée Rivolte, et mise à sac; et deux jours après en ung village nommé Aignadel et an partir d'ung autre appelé Paudin, se rencontrèrent les deux armées des François et Yàiieif'ns. Et combien que les cappitaines comte de Petilano et le seigneur Berthelome d' Al vyano eussent exprès commandement de leur seigneurie œ donner point de bataille au roy, mais sedanent temporiser à garder les villes et les cfaasteanix afin de les myner par feischerie et longueur de tetnps. Icelluy d'Alvyano, plus kirdjr que bien advisé, se voulut adventurer, posant en hiy-mesme, comme présomptueux, qu'il ne sçaurolt avoir plus grant honneur à XVI« siicLE, Chroo. et Mém.
perte ou à gaigne que d'avoir combattu ung roy de France; et voulant 'essayer sa fortune, s'en vint droit au combat, où il y eust dur assault et mortel encombre; car, à vray dire, dans la première pointe se montrèrent très bien les gens de la seigneurie. Durant ce combat , le seigneur Berthelome va adviser l'arrièregarde des François, dont estoit le bon chevalier, qui marchoit d'ung désir merveilleux, en passant fossés pleins d'eau jusques au cul, laquelle luyvenoit donner sur ung des costés. N'onques puis ne firent grant effort. Les rouges et les blancs demourèrentsur le champ, et ledit d'Aïvyano , après avoir esté blessé en plusieurs lieux, fut pris prisonnier du seigneur Yandenesse, ung droit petit lyon, frère du gentil sei'gneur de la Palisse. Le comte Petilano, voyant ses gens de pied desfaicts, ne voulut plus tempter la fortune, et à toute sa gendarmerie se retira ung petit bien tost. Il eust la chasse, mais peu y en demoura, car les gens de pied amusèrent les François, lesquels, après avoir faict leur debvoir, se retirèrent chascun à son enseigne à peu de dommage. De leurs ennemys en demoura quatorze ou quinze mille sur le champ. Le seigpeur Berthelome fut mené prisonnier au logis du roy ; lequel après disner fit faire ung faulx allarme pour Vecongnoistre si ses gens seroient diligens si une affiaire vaioit. On demanda à ce seigneur d'Avlyano que ce pouvoit estre ; il fit responce en son langaige : « Il fault dire que vous voulez combattre les ungs contre les autres, car pour nos gens je vous assure sur ma vie qu'ils ne vous visiteront de quinze jours. »» Et en se mocquant , congnoissant sa nation, disoit ces paroUes : Ladite bataille fut le 14 may de 1509.