CHAPITRE XXX
Comment le roy de i'raiic< *?y8 douziesme galgna toutes les Tilles et places des VénlcieDS Jusques à pesquerre.
Le roy de France séjourna ung jour ou deux au camp de la bataille ; cependant le chasteau de Casavas se voulut faire battre d'artillerie, mais en deux heures il fiit emporté ; et y eut quelques rustres dedans pris, lesquels essayèrent si leur col povoit par force emporter ung créneau. Cela espouvanta ceulx qui estoient aux autres places, de sorte qu'oncques puis ne se trouva ville ni forteresse qui voulsist combattre,
CHRONIQUE DE BAYART,
excepté le chasteau de Pesquerre; dont mal en print à ceolx de dedans; car tous 7 moururent ou peu en échappa qui furent prins piisbnniers* entré lesquels estoit un proridadour de la seignedne et son fils, qui roulureot payer bonne et grosse rançon; Inais cela ne leur servit de rien» cai^ chascun à ung arbre forent tous deux pendus, qui me éemMe grant cruauté. Ung fort gaillart gentilhomme, qu'on appeloit'le Lorrain, a voit leur foy , et en eu t grosse^ parolles aveeques le grant-maistre, lieutenant général du roy; mais il u'en aiiieilda d'autre chose. Le roy de France se loged audit lieu de Pesquerre, après avoir eti datus ses mains tontes les villes et places par hiy querellées, comme Crémoilne, Cresrtie, Bresce, fiergame et cent autres petites villes, ^e toutes II eut eri cinq ou six jours^ excepté le fchasteau de Crémonne, qui tint quelque temps, mais eiiûn se rendist. Mais bien fit davantage ledit prince, car par le moyen de la bataille qti'll gaigna, fut rendu au pape Jules : Raventté j Fourly, Ymole, Fayence, et plusieurs autres j[)làces que lesdits Véniciens tenoient en Rommaigne, et au roy d'Espaigne, en son royaulme de Naples, Brindis et Otrante, et à luy-ihesme fiirent présehtéèâ les cleb^ie Véronne, Vincence et Padoûe ; mais il les mit entre les mains de l'empereur qui les querelloit. Toutesfois ne garda guères bien les aucunes ; dont mal luy en print, comme vous verrez cyaprès. Sur ces entrefaites, le reste de l'armée, bien estonnée, se retira vers le Trévisan et le Tyrol, cuydans que toujours on les deust suyvre, ce qui ne se fit pas, qui fut gros malheur pour Pempereur, lequel de jour en jour s'attendoit par le roy de France en ceste petite ville de Pesquerre, car promis avoit se trouver dedans ung vaisseau, accompaigné comme bon luy eust semblé, sur ung lac qui environne partie de ladite ville de Pesquerre, pour parlamenter ensemble flus amplement de leurs affaires ; et à ceste cause avoit esté envoyé vers luy le lesgat d'Amboise jusques à Rouvray, mais oncques ne le sceut amener ; par quoy , après son retour, et qu'il eust amené Tévesque de Gùrse, ambassadeur pour ledit empereur, devers le roy 'de France, lequel vint tellement queUem^t excuser son maistre, s'en retourna par ses journées à Milan au commencement de juillet. Cependant la ville de Padoue, en laquelle l'empereur avoit envoyé seulement huyt cens btns^peaet0
pour la garde, laquelle a six milles de tour, fax reprise par les gais de la seigneurie de Yenifie; et y entra messire André Grift aveoques ung autre cappitaine appelle messire Luce Malle» vècbe, par une subtilité telle que je voua diray . Toiydurs avoient les Yéniciois quelque îateUigenee en la viDe; et fiault bioi noter une chose : qu'cmcques seigtieurs sur la tare ne forait pliis ay méi de leurs suhjects qu'ils ont tou-^ jours esté, et seulement pour la grande justice en quoy ils les maintiennent. Or, entaidez que sur le commencement de juillet, qui est le tempft que pour la seconde fois on fauche les foings en Italie, ung mardy matin, s'estoient venus embuscher, à gect d'arc de ladite ville, qui est alentour plehie d'arbres, tellement qu'on ne sçauroit veoir guères loin, lesdits cappitaioes messire André Grit et Luce Mallevèehe, a^co quatre cens hommes d'armes et deux mille de pied. Or, en ceste ville de Padoue, chaque jour se recueilloit force foings, et en ce ^uartierJa font tes charretées grandes, de sorte que au pMser en une porte elles y entrent quasi à forée. Le jour de leur embusche, dès le poinct du joor, les charrettes commenceoient à entrer dans kdite ville. Quand quatre eurent passé, après la cmquiesme venoient six hommes d'armes veiiciens, et derrière chascun de leurs chevautz img homme de pied gamy d'hacqudmte tome chargée, et parmy eulx avoient une trompette potir sonner incontinent qu'ils auroient gaigné la porte, affin que la grosse fbrce qui estoit en embusche vint. Si peu de lansquenets qui estoient dedans la ville faisoieut fort bon guet et ne tenoient que deux pottes ouvertes, où pour le tnoins y avoit toujours à chascune trente hommes de garde. Il y avoit ung gentilhomme de la tille, nommé messire Geraido MAgurin^ qui estoit adverty par la seigneurie de ceste eatrepriM ; et avoit en charge que quand il verroH l'affaire commencée, se devoit mettre en armes et tous ceulx qui tenoient leur party. Cette cinquiesmedàarrette vint à passer, laquelle entrée^ ces six hommes xl'armes qui suyvoiimt cont"^ mencèrent à cryer : Marco l Marco l Leurs gens de pied se gectèrent à terre et dçschai^rent leiir baoquebute de maûière que chascun tua son homme^ car tU tiroient en bute. Les povi^ lansquenets qui se rirent surpris forent bien estonnés; toutesfois îb se misrent en deffence et sonnèrentl'allarme. Cela leur valut peo^