‹ Le loyal serviteur [pseud.] Chronique de Bayart.--Guillaume de Marillac. Vie du connétable de Bourbon.--Antoine de Laval. Continuation de Marillac.--Jacques Buonaparte. Sac de Rome in 1527.--R. de La Marck, sgr de Fleurange. Mémoires du jeune adventureux.--Louise de Savoye. Journal.--Martin et Guillaume du Bellay. MémoiresChapitre 56 sur 428 · CHAPITRE XXXIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXXIII

Coirnnent Temperear MaxtmOlan planta son siège devant Padoue, et des gaillardes approuches faicles par les gentfls^ hommes françois, et d'une gi'ande hardiesse que monstra le bor Cberalier sans paour et sans reprouche.

Après la prinse de la ville et chasteau de Montselles et icelluy baillé entre les mains du cardinal de Ferrare qui là estoit pour son frère, y mist bonne garnison. Le duc de Ferrare estoit d'ung autre costé, faisant la guerre contre les Yéniciens; et en la mesme année leur donna une rotte sur le Pau, qui ne leur porta guères moins de dommage que le jour qu'ils perdirent la bataille contre le roi de France ; car ainsi que les Yéniciens estoient délibérés luy destruire ung quartier de pays sur le Ferraroys, appelé le Polesine de Rovigo, misrent sur le Pau quatorze ou quinze gallères et trois ou quatre mille hommes dedans, et vinrent partans de Quyoze jusques à Francolin ; mais le duc de Ferrare avoit fait faire deux bastillons, Tung à l'endroit de la tour de Loyselin et l'autre Al-j)opos, qui sont Tung devant l'autre, et avoit trois ou quatre mille bons hommes dedans et quatre bonnes gallères sur le Pau, bien armées et bien équipées. Il sceutque ses ennemys estoient descendus en terre, où la plupart il les alla trouver, et lesdeffîst sansquenuleneschappast. Depuis, avecques ses gallères et autres grosses barques, alla combattre les gallères qui quasy toutes estoient desnuées de gens, desquelles deux furent effondrées et six prises avecques tout l'esquipage et artillerie qui estoit dessus, dont il y avoit trente bonnes pièces de fonte sans les hacquebutes. Ce fut une triumphante victoire et à peu de perte, sinon que le comte Ludovic de MirandoUey fut tué d'ung coup d'artillerie. Yéniciens y portèrent gros et merveilleux dommage. Or retournons au camp de l'empereur. L'armée deslogea de devant Montselles, et tout d'une traicte s'en vint à ung mille de Padôue, qui est une fort grosse cité et fière à l'aborder. Dedans estoit le comte de Petilano, accompagné de i9ille hommes d'armes, douze mille hommes de pied, et bien deux cens pièces d'artillerie ; et quelque siège qu'il y eust, jamais ne peut leur estre ostée la voie d'ung canal qui va à Yenise, lequel passe par la ville, et y a seulement dix-huit mille de l'une à l'autre. Quand l'armée eut ainsi approché la ville, l'em-

CHRONIQUE DE BAYART.

pereur assembla tons les cappitaines, mesmement les François, à qui ilportoitgros honneur, pour entendre à quelle porte seroit planté le siège. Chasoun en dit son avis; mais pour eonclusion fut ordonné que le gros camp auquel seroit la personne de Tempereur se logeroit à la porte qui va à Vincence, et auroit les François avecques luy ; à une autre porte plus haut seroit le cardinal de Ferrare, et à une au-dessoubs seroit le cardinal de Mantoue avecques les Bourguingnons, les Hennuyers, eidiJi mille lansquenets, le seigneur Jehan 'de Mantboue, son frère, et la troppe de lansquenets du prince de Hanolt, affin que chascune desdictes deui bendes fussent secourues du gros camp si besoing estoit. Cela fut trouvé très bon et n'y eut plus que de marcher. Le bon chevalier fiit ordonné pour les approuches, lequel eut en sa compaignie le jeune seigneur de Bucy et les cappitaines la Clayete et Lacrote. Or, pour venir devant oeste porte de Vincençe, falloit mtrer dans ung grant chemin droit comme une ligne, où ils avoient fait quatre grosses barrières à deux cens pas Tune de l'autre, et à chascune avoit à qui combattre. Des deux costés de ce chemin, comme sçavent ceulx qui ont esté en Italie, y avoit fiossés, par quoi on ne les povoit prendre que pardevant. Sur les murailles de la ville avoient force artillerie, où ils battoient sur ce grant chemin par-dessus leurs gens à Tarrivée des François, si menu et souvent qu'il sembloit gresle. Nonobstant cela, le bon chevalier et ses compaignons commencèrent à escarmoucher, et vivement vindrent à la première barrière, à laquelle y eut fort assault; et y plouvoient les coups de hacquebute ; toutesfois elle fut gaignée, et les ennemys repoussés jusquesà la seconde. Si la première fut bien combattue, encore ceste le fut mieulx ; et y fut blessé, d'ung coup de hacquebute au bras, le jeune seigneur de Bucy, et son cheval tué soubs luy ; mais nonobstant cela ne fut possible le faire retirer. Et croyez que pour ce jour oncques homme ne fist mieulx ^e luy. Le cappitaine Meillault arriva à ceste seconde barrière avec cent ou six vingt de ses rustres qu'il avoit csleus, lesquels firent raige. Or il fault entendre que ces approuches se faisoient environ midy, parquoi il faisoi tassez clerpourveoir les mieulx combattans. Une bonne demye heure dura l'assault à ceste seconde barrière, qui enfin fut

gaignée, et si vivement suivys œolx qui la gardoient qu'ils n'eurent loisir demeurer k la troisiesme, mais leur convint sans combat habandonner, eteulx rendre à la quatriesme, où il y avoit mille ou douze cents hommes et trois ou quatre faulconneaux qui commencèrent k tirer le long du grant chemin, mais peu de mal firent,'sinon qu'ils tuèrent deux chevaulx. Ce8t<* barrière n'estoit que à ung gect de pierre du boulevart de la ville, qui donnoit grant eeoraige aux gens de la seigneurie de bien cotmbatre^ ce qu'ils firent, car l'assault dura yib# heure à coups de pique et de hacquebute. Quand le bon chevalier veit que cela duroit tant, il dist à ses compaignons : « Messeigneurs, ces gens-cy nous amusent trop, descendons à pied, et poussons à ceste barrière. • Si desc«ndii«Dt incontinent jusques à trente ou quarante hommes d'armes qui, la veue levée, vont droit à ceste barrière à poux de lance. Ce gentil priooe de Handt estoit toujours joignant du bon clievalier, et le seigneur de Meillault aveeqoes deax. autres, l'ung nommé Grand Jehan le Picard et l'autre le cappitaine Maulevrier, qui faisoient raige ; mais toujours aux Yénicieps venoîeq^t gens frais. Quoy voyant le bon chevalier, dist tout hault : « Messeigneurs, ils nous tiendront toujours d'icy à six ans en oeste sorte sans riens faire, car ils se refreohissent de gens à toute heure ; donnons-leur un aspre assault, et puis que chascun face comme moy ; n ce qui lui fut accordé. Sur cela il dist : <• Sonne, trom pette! «• puis comme ung lyon à qui on aosté ses faons, va avec ses compaignons livrer ung merveilleux assault, tellement qu'il fit aux ennemys abandonner la barrière de la longueur d'une picque. Alors en cryant : « En avant, compaignons, ils sont nostres! » va saulter ceste barrière, et trente ou quarante après luy ^i fiirent bien recueiUis. Toutesfois, quand les François virent le dangier ou s'estoioit mis leurs compaignons, se misrent à passer; et cryant: «France! France! Empire! Empire! » firent une telle charge sur leurs ranemysqu'iis leur firent guerpir la place, toumèreiilt le dos et tout abandiHinèF^trt , eulx retirans eomiae quasy rompus en la ville. Ainsi furent gaignées les barrières de Padoue en plein midy, où les François eurent gros honneur, tant ceulx de cheval que ceulx de pied, mesmcment le bon chevalier, à qui chascun en donnoit la gloire.

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