PAR LE LOYAL SERVITEUR, CHAP. XXX VIL
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et desmûts. Or, revenons à nostre propos. Les ea{)pitaines firançois arrivés au logis du seigneur dehPalisse, leur dit : <« M esseigneurs, il faultdisner, car j'ay à vous dire quelque chose que, si je vous le disois devant, par ad venture ne feriezvous pas bonne chère, n II disoit ces paroUes par joyeuseté, car assez congnoissoit ses cornpaignons pour sçavoir qu'il n'y avoitcelluyqui ne iost ung autre Hector ou Roland, et sur tout le bon chevalier qui oncques en sa vie ne s'estama de dioses qu'il veist ne ouyst. Durant ttmt le disner ne firent que se gaudir les ungs les autrcfà. Toujours en vouloit le seigneur la Paliise au seigneur d'Ymbercourt, qui luy rendit bicD son change en toute paroUe d'honneur et de plaisir. Je crois que vous avez ouy nommer cy-devant tous les cappitaines françois qui estoient là ensemble, mais je croy qu'en toute la reste de l'Europe on n'en eust pas encore trouvé autant de la sorte. Après le disner on fit sortir tout le monde de la chambre, excepté les cappitaines, à qui le seigneur de la Palisse communiqua la lettre de l'empereur, qui fut leoe deolx fois pour mieulx l'entendre ; laquelle Guye, éhascun se regarda Tung l'autre en riant, pour veoir qui commenceroit la parolle. Si dit leseigneor d' Ymbercourt : <* Il iie fault point tant songer! Monseigneur de la Palisse; mandez à Pempereurque nous sommes tous prests; ilm'ennoyé d'estre aux champs, car les nuyts sont froides, et puis les bons vins commencent à nous faillir ; *» dont chascun se print à rire. Il q'Y eut celluy de tous les cappitaines qui ne pûlast devant le bon chevalier, et tous s'accordoient au propos du seigneur d' Ymbercourt. Le seigneur de la Palisse le regarda et veit ^*3 £usoit semblant de se curer les dents, eomme s'il n'a voit rien entendu de ce que ses compiîgBons avoient proposé. Si luy dit en ïyant: «pŒs, l'Hercule de France, qu'en dictes TOUS ?II n'est pas temps de se curer les dents ; ilfikQt respondre à ceste heure promptement à Tempereor. *• Le bon chevalier, qui toujours estoit coostnmier de gaudir, joyeusement respondit: « Si nous voulons trestous croyre mon- K^neor d' Ymbercourt, il ne fault que aller droit à la brèche; mais pour ce que c'est un pi«e-temps assez fascheux à hommes d'armes tpK (f aller à pied, je m'excuserois fort voulentîen. Toutesfois, puisqu'il faut que j'en dyse moa (q^înion, je le feray . L'empereur mande en
sa lettre que vous fassiez mettre tous les gentilshommes françois à pied pour donner l'assault avecquesses lansquenets. Demoy, combien que je n'aye guères de biens dans ce monde, toutesfois je suis gentilhomme ; vous tous, messeigneurs, estes de^gros seigneurs et de grosses maisons, et si sont beaucoup de nos gens d'armes. Pense l'empereur que ce soit chose raisonnable de mettre tant de noblesse en péril et hasard avecques des piétons dont l'ung est cordonnier, l'autre mareschal, l'autre boulangier, tous gens mécaniques, qui n'ont leur honneur en si grande recommandation que gentilshommes ^ c'est trop regarder petitement, saulf sa grâce à luy. Mais mon advis est que vous, monseigneur de la Palisse, devez rendre à l'empereur une response qui sera telle : c'est que vous avez fait assembler vos cappitaines selon son vouloir, qui sont très délibérés de £airc son commandement selon la charge qu'ils ont du roy leur maistre, et qu'il entend assez que leurdit maistre n'a point de gens en ses ordonnant CCS qui ne soient gentilshommes; de lesmesler parmy des gens de pied qui sont de petite condition, seroit peu fait d'estime d'eulx ; mais qu'il a force comtes, seigneurs et gentilshommesd'Al* maigne ; qu'il les face mettre à pied avecques les gentilshommes de France,«t voulentiers leur monstreront le chemin ; et puis ses lansquenets les suy vront s'ils congnoissent qu'il y face bon. *» Quand le bon chevalier eut dicte son ophiion ^ n'y eut autre chose répliqué ; mais fut son conseil tenu à vertueux et raisonnable. Si fut à l'empereur rendue ceste responce, qu'il trouva très honneste. Si fist incontinent et soubdainement sonner ses trompettes et tambourins pour assembler son trayn, où se trouvèrent tous les princes, seigneurs et cappitaines tant d'Almaigne, Bourgogne et Hainault. Lesquels assem- J)lés, l'empereur leur déclaira comment il estoit délibéré d'aller dans une heure donner l'assault à la ville, dont il avoit adverty les seigneurs de France, qui tous estoient fort désirants d'y très bien feire leur debvoir, et qu'ils le prioient que avec eulx allassent les gentilshommes d'Almaigne, auxquels vpulentiers pour euk "mettre les premiers montreroient le chemin. « Par quoy, messeigneurs, je vous prie tant que je puis les y vouloir acoompaigner et vous mettre à pied avecques; et j'espère qu'avec l'ayde de Dieu du premier assault nous emporterons nos enne-
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ûiy«4 * Qtiand rempcrcnr eut achevé son parler, Boubdainement a^àeva ting bniyt merveilleux et estrange parmy ses Almans, qui dara tine demye^heure avant (}tiMl fut appaisé ; mais ting ttexùx, chargé de respondre pour tous, dit qolls ii*estoiei[it point gens à se mettre à pied et aller à tme brèche, et que leur vray estât estoit de combattre en gentilshommes, à cheval. Et autre responce n'en peust avoir Tempereur; malà combien quelle ne fut pas selon soh désir et né luy pleust guères, il he sonna mot, sinon qu'il dit : « Bien, messeigneurs, il fauldra doftcquei âdviser cAmment nous ferons pour le mieulx ; » et puis sur l'heure appella ung sien gentilhomme nommé Rocandolf , qui d'heure en autre venoît parmy les François comme ambassadeur. Et k vray dire la plupart du temps estoit avccques culx *, auquel il dist : «* Allez au logis de mon cousin le seigneur de la Palisse, et recommandeztnoy à luy et à tous messeigneurs les cappitaiftes françois que trouverez avecques luy, et leur dictes que pour ce jourd'huî ne se donnera pas Tassault. n n alla faire son message, et éhascun par ce moyen à'en alla désarmer, les ttogs joyeulx, les autres hiartrys. Je suis bien àsseuré que les prestres n'en furent pas trop ayscs , car il leur fut besoing rendre ce qu'on leuf àvolt baillé en garde, h ne sçay comment ce fut ne qui en donna le conseil ; mais la nuyt après ce propos tenu, l'empereur s'en alla tout d'une îraicte à plus de quarante milles du camp, et de ce logis manda à ses gens qu'on levast le siège; ce qui fiit fait comme vous entendrez.