CHAPITRE XL
CoHOMot le tMW tteralier cuyda estre trahi par tin cspie qui avoit promis au cappitaine Moufroo le remettre en ses inaio», etceqaHenadviiit.
Sq)t on huy t jours après ceste belle course, XVI« siicLK, ChroD. et Mém.
le cappitaine Moufron, bien desplaysant de ce que si lourdement avoit esté battu et repoussé, ses gens morts ou perdus, sans avoir aucunement et moins que rien domagé ses eimemys, délibéra se venger en quelque sorte que ce fusL Il avoit ung espie, lequel alloit et venoit souvent de Véronne à Sainct-Boniface et servoil à luy et au bon chevaKer, donnant à entendre à chascim des deux qu'il ne taschoit qu'à leur faire service ; mais toujours ont ces espies le cueur à Tung plus que à l'autre beaucoup, comme cçstuy mesme avoit au cappitaine Moufron, qui par ung jour qu'il eut ung peu pensé à son affaire, luy dist : «« Il fault que tu ailles à Véronne, et donnes à entendre au cappitaine Bayart que la seigneurie de Venise a cscript au providadour qu'il m'envoye dans Lignago pour la garde de la place, pour ce qu'on envoyé quérir le cappitaine qui y est pour l'envoyer dans le Levant avecques ung nombre de gallères ; que tu scès certainement que je partiray demain au point du jour avecques trois cens chcvaulx légiers, et que de gens de pieds je n'en mène point. Je suis aussi asseuré qu'il a le cueur si hault qu'il ne me laissera jamais passer sans me venir escarmoucher ; et s'il y vient, j'espère qu'il ne s'en retournera point qu'il ne soit mort ou pris, parce que je méneray deux cens hommes d'armes et deux mille hommes de pied que je feray embuscher à Ysole de l'Escalle, vers lequel lieu, s'il me vient veoir, veulx estre rencontré, t'advisant que si tu scès bien faire ta charge, je te promets ma foy te donner cent ducats d'or. » Les espies, comme chascim scet, ne sont créés que par dame avarice. Si s'en vint ce galant incontinent à Véronne, droit au logis du bon chevalier, car léans estoit assez congneu de tous les serviteurs,pour ce qu'ils cuydoient certainement qu'il fust totalement au service de leur maisire. Ils le luy amenèrent ainsi qu'il achevoit de souper, lequel incontinent qu'il le veit luy fit ung fort accueil et luy dist : « Visentin, tu soyes le bien venu! tu ne viens pas sans cause; quelles nouvelles? »• Lequel respondit : « Très bonnes, monseigneur, Dieu mercy !» Si se leva incontin^t le bon chevalier de table, et tira Pespie à part, pour sçavoir que c'estoit. Il luy conta de point en point le faict.et le luy fit trouver si bon qu'oncques homme ne fut si joyeulx. Si commanda qu'on inenast souper
CHRONIQUE DE B\YART,
Tisentin et qu'on luy fist grosse chère; puis après tira à part lecappitaine Pierreponl, le cappîtaine la Yarenne qui portoit son enseigne, le bastard du' Fay et ung cappitaine de Bourgongne, qui ce soir soupoit avecques luy, qui s'appeloit monseigneur de Sucre, auquel il compta ce que Pespie luy avoit dist, et comment lecappitaine Moufirân se retiroit dedans Lignago le lendemain et ne menoit que trois cens (^evaulx, par quoi, s'ils se vouloient montrer gentils compaignons, son voyage ne s'achèveroit point sans coup ruer, et que la matière requéroit briefve yssue. A son dire chascun trouva goust ; et fust aussitost conclusion prise qu'ils partiroient au point du jour et menerotent deulx cens hommes d*armes; dont de l'entreprise esleurent le seigneur de Conty, et l'en advertirent à ce qu'il se tiensist prest comme les autres, lequel ne s'en fist guères prier, car c'estoit ung très gentil chevalier. Cela délibéré, tout le monde retourna à son logis pour fisiire accoustrer son cas pour le matin, mesmement le cappitaine Sucre, qui assez loing estoit du sien; qui fut bonne adventure; car, ainsi qu'il s'en retoumoit, va adviser l'espie qui estoit venu parler au cappitaine de Bayart, et sortoit de la maison d'ung gentilhomme de Yéronne, qu'on estimoit estre très mauvais impérial, et par le contraire avoit Marco escript dans le cueur , qui fit doubter de trahyson. Si vint prendre l'espie au collet et luy demanda dont il venoit. Il ne sceut promptement respondre et changea de couleur, ce qui le fit doubter de plus en plus et tourna tout court, saisy de l'espie, droit de là où il venoit de souper. Luy arrivé, trouva que le bon chevalier se vouloit mettre au lit. Toutesfois il prit une robbe de nuyt et s'assirent près du feu, eux deux ensemble et seulets, car cependant fut baillé l'espie en bonne garde. Le cappitaine sur ce déclaira au bon dievalier l'occasion de son soubdain retour, qui estoit pour avoir trouvé l'espie sortant de la maison de messire Baptiste Yoltège, qui estoit le plus grant Marquesque qui fust au monde, et par ce doubtoit qu'il y avoit de la meschanceté : <« Car, dist-il, quand je l'ay surpris est devenu estonné à merveilles. » Quand le bon chevalier eut entendu ce propos ne fut pas sans doubte, non plus que le cappitaine Sucre. Il fist venir l'espie, auquel il demanda qu'il estoit allé iaire au logis de Yoltège. Il dist premièrement qu'il y
estoit allé pour veoir ung parent qu'il y avoit; après il tinct ung autre propos, et enfin fut trouvé en cinq ou six parolles. On apporta des grésillons, es quels on luy mist les deux pouces pour luy faire parler d'une aultre sorte. Le bon chevalier luy dist : « Yisentin, dictes la vérité sans rien celer ; je vous promets, en foy de vray gentilhomme, que quelque chose qu'il y ait, je ne vous feray fitire nul mal, ma mort y fustelle Conspirée ; mais par le contraire, si je vous trouve en mensonge, je vous feray pendre et estrangler demain au point du jour. » L'espie congneut qu'il estoit pris ; si se gecta à deûti genoulx, demandant miséricorde, qui luy feust assurément promise; si commencea i conter de point en point la trahison et comment k cappitaine Moufron avoit &it embuscber à Ysolle de l'Escalle deux cens hommes d'armes et deux mille hommes de pied pour deCEaire le boû chevalier, et qu'il venoit du logis de messire Baptiste pour l'advertir de Pentreprinse, et aussi l'adviser comment il pourroit trouver moyen, par quelque nuyt, livrer une des portes de k ville au provkladour messire André Grit; et plusieurs autres choses dist ce vaillant esfHon. Bien déclaira que messire Baptiste luy avoit dist qu'il ne se mederoit jamais de tette meschanceté, et que puisqu'il estoit soubs Tempereur, il y vouloit vivre et mourir. Quand H east faict son beau sermon, le bon chevalier hiy dist : « Yisentin, j'ay mal employé les escin que je vous ay donnés. Dedans vostre corps repose le cueur d'ung lasche et mescbant homme, combien que jamais ne vous aye guères estimé autre. Yous avez bien mérité la mort» mail puisque je vous ay promis ma foy, n'auret mcun mal» et vous feray mettre hors de la ville seurement ; mais gardez que tant que j'y «erty n'y soyez veu, car tout le monde ne vom stûK veroit pas que ne vous feisse pendre et estrangler. » Il fnt emmené de devant eulx et enfermé dedans tme chambre jusques à ce qu'on en eutt à besongner. Le bon chevalier dist aa eappltaine Sucre : «« Mon amy, que fierons-nous à ce cappitaine Moufron qui nous cayde avoir par finesse? Il luy feult donner une venue, et si vous pouvez faire ce que je vous diray, nous fierons une des plus belles choses que fbt &icte cent ans a. >» Sucre respondit : «« Monseigneur, commandez et vous serez obéy. — Allez donc, dit-il, tout à ceste heure au logis du prince
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