‹ Le loyal serviteur [pseud.] Chronique de Bayart.--Guillaume de Marillac. Vie du connétable de Bourbon.--Antoine de Laval. Continuation de Marillac.--Jacques Buonaparte. Sac de Rome in 1527.--R. de La Marck, sgr de Fleurange. Mémoires du jeune adventureux.--Louise de Savoye. Journal.--Martin et Guillaume du Bellay. MémoiresChapitre 68 sur 428 · CHAPITRE XLL · texte numérisé non relu

CHAPITRE XLL

QMiVPtBt OMIS de la garolMB de lignago firent une caatm 9ur les Véniciens par l'advertissemeDt de quelques espies qui les trahirent, par quoy Us ftirent déaicts.

Quand le gentil chevalier de la Croie se fat mit en ordre dedans LIgnago, peu demoura de jours qnli ne tombasi malade et fat ea grand da»gier de moA. Il avoH tout pbin déjeunes gsne» et voutentaires, dont entre autres esti»^ ung gent^omme appeBé Guyon de Canticffs, fioil hardy et courageux pins que de cendutte. Les Ténidens venoîent auomesfoîs courkr jusques devant ceste place de Lignage ; mais eeuks de dedans iceMe n'osoient sortir, car il leur estoit seulement enchargé de la garder seurement»

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PAR LE LOYAL SEAVItEtJft) CUkV. XLL

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Ce Goyon de Cantters avoit des espies de çà et H, et fit tant <)aMI print congnoissance k qade'oade hi tOle de Montaigii&ne, distant de LigMgodraze oa quinze milles, lequel venoit bien somrent Teoir ioetluy de Gantiers, et hiy tenoit toQSjdurs propos que , si quelquefois vouloit sortir âTee quelque nombre de gens à cheval et de pied non pas trop grant, il ne buldroit pas de prendre pirisonnier le providadour de la sei- ^neiirie de Venise , messire André Grit , car souvent venoit audit Montaignane avecques deux ou trois cens chevaulx légiers, et que estant fedluy de Gantiers et ses compaignons em- Imschés auprès de la ville par ung matin avant Jour, ne fauMroient point, ainsi que le providadour aortiroit, de le prendre, et quant et quant la ville, et leelIepiHer ; et se faisoit fort le galant d^advërtlr le jour où il feroit bon. Gantiers, qui Ctanl dMr avoit de fiiire course, et aussi d'attrapper eeteau butin, Tasseura qu'il n*y auroit pAînt de fiiulte, mais qu*il ftest adverty au vray, œ que Tautre luy promît assc2; et puis s'en retourna à Montaignane, où luy arrivé donna i entendre à celluy qui l'avoit en garde pour la Sagueurie la menée qu'il avoit foicte à ceult de Ijgnago , et que s'ils vouloient bien jouer kor personnage, ne liauldroient pas d'avoir k leur mercy k pluspart de la gamySon, et pat ainsi de reprendre aysément la place qui leur estoit de merveilleuse importance. Le cappttainede Montaignane trouva cest ad vis très bon, et incontinent le fist entendre par ung homme exprès au providadour, qui amena trois cens boînmes d'armes , huyt cens chevaull légiers et deux mille de pied en embusches, lesquels lurent instruits laisser passer ceuh qui sortiroieftt de Lignago, et puis après leur clorre le passage. Ib ne misrent pas en otibly ce qu'on leur avtit chargé, aussi jouèrent-ils bien letir roUe. L'es^ de Montaignane retourna pour parfaf à 6oyon de Gantiers, qui luy âst grosse cbère» luy demandant qui le mcnoit ; lequel, en homme asseuré luy respondlt t «* Bonnes nouréBm tsi vous voulez, car ce soir arrive en nostfe vde messirè André Grit, avecques deux cens dievaufat seulement; si vous voulez partir une beare on deux devant jour, je vous conduiray et fie &tddrez point dki l'empoigner. » Qui Art biett ayse? ce fut Catitiers, lequel d'en vint in- Mufineut à ses compaignons, mesmement à ung jesoe geftttlhoinitie nommé Malerbe, qui por**

toit leur enseigne, et leur c<mta l'àfiiiire de point en point. Jamais chose ne fiit trouvée meilleure ; et quant à leur vouloir u'eâtoit question que de partir, mais il falloit avoir ^songé. Le cappitaine la Grote gardoit encoreé le lit pour n'estre pas bien revenu de sa maladie. Si dlè^ rent ^ers luy lesdits seigneurs de Gantiers et Malerbe , luy isupplier leur donner congé de faire une course où ils auroient gros honneuir et grant prouffit. Si luy contèrent renireprinse d'ung bout k l'autre. Quand il eust ouy leurs raisons, il respondit en sage et advisé chevalier, et dist: « Messeigneurs, voué sçàvez que j'ay ceste place sur mon honnetnr et sur ma vie , pour la garder seulement. S'il advenott que vous eussiez rencontre autre quej bonne, je serois perdu et destruit à jamais, et davantage le reste de mes jours ne vivrois qu'eu mélâiicolie; parquoy ne suis pas déKbéré de vouë donner congé. » Ils commencèrent à luy &ife des pbs belles remonstrances du monde, todysant quHl n'y avoit ntd danget*, que leur espië estoit asseuré ; et tant luy en dirent d'unes et d'autres que moytlé de gré, môytié par impoN tunité, leur donna congé. Le cerveau leur bouilloit dedans leur teste, et k quelque péril que bléi se vendissent, voulurent essayer leur mauvàiée fortune. Us en advertirent tous leurs compaignons, qu'ils tirèrent k leur cordellé ; et quand ils congneurent que Theure approchbit en firent monter jusques à cinquante à cheval, totis hommes d'armes que Malerbe menoit, et environ trois cens hommes de pied que conduisok Guyon de Gantiers. Sur les deux heures aprte minuyt, partirent de Lignago, leur double espie avecques eulx, qui les menoit à l'escorcheur. fi n'est riens si certain que c'estoit toute flemr de chevalerie qui sortoit de Lignago quant à ta hardiesse, mais jetmesse estoit avec eulx de compaignie. Tant allèrent que passèrent oultrè la première embusche, jtisques à tlng petit inillë de Montaignane, atixqucls dist l'espie t « Mes^ seigneurs , taissez-moy y aUer, et voui tenei tous icy serrés ; je voys sçavolt dedans la ville quel il y fait pour vous en advertir. » Ils le taiilurent aller, mais trop mieux leur eust valu hif avoir couppé la teste ; cftr il fie fiit pà^ pha tost arrivé qu'il alla au messire André Grit et hy dist : « Seigneur, je vous ay ameûé la corAe au jcol la plupart de ceulx de Lignago ; et n'est possible qu'il s^en peut Haulver tmg seul^ H

CHRONIQUE DE BAYART,

vous le veniez» car desjà ont-ils passé vostre embusche et sont à ung mille d'icy. » Messire André Grit fut incontinent à cheval, et se jectant hors de la ville avecques tous ses gens envoya environ cent hommes de cheval pour escarmoucher , qui bientost trouvèrent les François, lesquels furent joyeulx à merveilles, pensant qu'il n'y eust autre chose, et que le providadour feust en ceste troppe. Les François à cheval commencèrent charger, et les aultres tournèrent le dos jusques à ce qu'ils furent sur la grosse troppe ; laquelle, quand ils Tapperçeurent, s'estonnèrent beaucoup et retournèrent aux gens de pied auxquels ils dirent : « Nous sommes trahis, car ils sont trois mille hommes ou plus ; il fault essayer à nous saulver. » Geulx de la Seigneurie les sui voient à grosse furye en criant : « Marco ! Marco ! » et chargèrent rudement les François qui mirent leurs gens de pied devant, et leurs gens de cheval sur leur queue pour les soutenir ; et de fait reculèrent sans perdre jusques au village où estoit la première embiische des Yéniciens qui, au son de la trompette, suyvant la charge qu'ils avoient, commencèrent à sortir et se jectèrent entre Lignago et les François; par ainsi furent assaillis et enclos des deux costés. Et fault entendre que depuis que Dieu créa le ciel «t la terre, pour le petit nombre de gens ne fut mieulx combatu pour ung jour , car le combat dura plus de quatre heures sans que les François qui se retiroient pussent estre defiaicts. D'une chose s'advisa messire André Grit; c'est qu'il fit gecter sur les esles quelques arbalestrlers de cheval , qui vindrent donner dans les gens de pied, de sorte qu'ils leur firent rompre une partie de leur ordre. Toutesfois toujours se retiroient vers leur place, qu'ils approchèrent à quatre mille ; mais là les convint demourer, car ils furent chargés par tant d^endroits et de telle sorte que la plupart des hommes d'armes furent mis à pied, car leurs chevaulx furent tués. Quand Guyon de Gantiers veit que tout estoit perdu, comme ung lyon eschauffé, va eur trer dedans les gens de pied de la Seigneurie où il fit merveilles d'armes, car il en tua de sa main cinq ou six; mais il avoit trop petit nombre au prix des aultres ; si luy fut force de demourer là abatu et tué avec tous ses trois cens hommes, sans que nul en eschappast vif. Le cappitaine Malerl)e s'esloit, avec le peu de gens

à cheval qu'il avoit encores, retiré dans les champs, où il combattit pendant une grosse heure, mais enfin il fut prins prisonnier et vingt-cinq de ses compaignons ; le demourant y mourut. Il n'eschappa pertonne pour aller en donner nouvelles à Lignago. Quand messire André Grit veit la victoire sienne, se va adviser d'une subtilité. G'est qu'il fist tous les gens de pied firançois, qui estoient morts, despouiller et désarmer, et en fait vestir autant des siens, prend les habillemens des gens d'armes, leurs chevaulx et plumails, et les bailla à de ses gens; et davantage leur bailla cent ou six vingt de ses hommes qu'ils emmenoient comme prisonniers; et leur faisoit conduyre trois faulcons que ceuk de Lignago avoient amenés , puis leur dist : « Allez en ceste sorte jusqi:fô8 à làgnago, et quand serez auprès cryez : « France! France! victoire! victoire! *> Ceulx de dedans penseront que ce soient leurs gens qui ayent gaigné ; et pour encores mieulx leur donner à congnoistre, oultre leurs enseignes, emporterez deulx ou trois des nostres; je n'ay nul doubte qu'ils ne vous ouvrent la porte. Saisissez-vous en, et je seray à ung gect d'arc de vous, et au son de la trompette je me rendray incontinent. Ainsi, aujourd'huy, si savez bien conduire l'affaire, reprendrons Lignago, qui est de telle importance à la Seigneurie que sçavez. *> Ce qui leur fut commandé fut très bien exécuté ; et menant feste et joie s'approchèrent d'ung gect d'arc de Lignago, sonnant trompettes et clérons. Le seigneur de la Crote avoit ung lieutenant en la place, qui s'appeloit Bemai4 de Yillars, ancien sage chevalier qui avoit beaucoup veu. Il monta sur la tour du portail pour veoir venir ses gens qui démenoient si grant joie, afin de leur faire ouvrir la porte. II regarda de loing leur contenance, dont il s'esbahyt, et dist à ung qui estoit auprès de luy : « Yelà les chevaulx et les accoustremens de nos gens, mais m'est advis que ceulx qui sont dessus ne chevauchent pas à nostre mode et ne sont point des nostres, ou je suis déceu. Il pourroit bien avoir du malheur en nostre endroit, et le cueur le me juge. Je vous prie, descaidez et faictes abaisser la planchette du pont et puis dictes qu'on la retire. Si ce sont nos gens, vous en congnoistrez assez; si ce sont ennemys, pensez de vous saulver à la barrière. JTay icy deux pièces chargées ; s'il est besoing, en serez se-

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