‹ Le loyal serviteur [pseud.] Chronique de Bayart.--Guillaume de Marillac. Vie du connétable de Bourbon.--Antoine de Laval. Continuation de Marillac.--Jacques Buonaparte. Sac de Rome in 1527.--R. de La Marck, sgr de Fleurange. Mémoires du jeune adventureux.--Louise de Savoye. Journal.--Martin et Guillaume du Bellay. MémoiresChapitre 69 sur 428 · PAR LE LOYAL SERVITEUR, CHAP. XLL · texte numérisé non relu

PAR LE LOYAL SERVITEUR, CHAP. XLL

cooni. • An dire du cappitaine Bernard descendit k compaignon, qai sortit hors de la place, cnydani venir an devant de ses gens, en demandant : » Qui vive ? on est le cappitaine Ma- Jerbe? « Us ne respondirent rien, mais cnydant qoe le pont estait abaissé, commencèrent à eoone de cheval marcher. Le compaignon se saolva tellement qaeUemait en la barrière. Alors forait tirées les denix pièces d'artillerie, qui les arresta tont court. Akisi fîit saulvée la placede Lagnago pour ceste foy , mais les François eorent grosse honte et perte, dcmt plusieurs s'apperceorent. Quand le povre cappitaine de la Orote eut entendu la piteuse affaire, il pensa mourir de dueil. Le roy de France en fut des* playsant à merveilles et cuyda en faire faire ong mauvais tour au seigneur de la Crote; mais cela s*appaisa par le moyen du seigneur JdianrJacqœs, qui estoit pour lors venu en France pour tenir sur fonds madame Renée, fille dn roy Loys douziesme et de Anne, sa fonmCt duchesse de Bretaigne, lequel luy fist idusieurs remontrances à la descharge dudict seigneur de la Crote. Or, laissons ce propos et retounions au pape JuUes second, qui marchoit vwsFerrarç-

CflAPITRE XLIL

le pape JuOes ^t eo penonne'eD la duché de Ferrare, et eomment fl mit le siège devaDt la HyraDdoUe.

Le pape Julles, qui désiroit à merveilles recouvrer la duché de Ferrare, qu'il prétendoit estre de FEglise, dressa une grosse armée qu'il fisi an Boulenois, et s'en vint de journée en journée loger en ung gros village qu'on appelle Saînt-FéUx, entre la Concorde et la Myrandolle. 1^ due de Ferrare et tous les François qui estoient avecques luy s'estoient venus loger à douze milhsde Ferrare, entre deux bras du Pau, en ong lieu dit THospitalet, où il fit dresser ung pont de bateaulx qu'il faisoit très bien garder; car par là souvent ses ennemys estoient escarnMMKliés. Le pape, arrivé à Sainct-Félix , manda à la comtesse de la Myrandolle , qui fille naturdle estoit du seigneur Jehan-Jacques de Trevob, alors veufve, qu'elle voulust mettre sa ville de la Myrandolle entre ses mains, parce qu'elle hiy estoit nécessaire à son entreprinse de Ferrare. La comtesse qui , suyvant le cueur de son XTI" siàcLE I Cbroo. et Mém.

père , estoit toute françoise et scavoit très bien que le roy de France fa vorisoit et secouroit le duc de Ferrare, ne l'eust pas fait pour mourir. Elle avoit ung sien cousin germain , appelle le comte Alexandre Trevols, avec elle, qui ensemble firent responceàcelluy qui estoit venu de parleSainct- Père ; et luy fut (ûst que quand il luy plairoit il pourroit bien s'en retourner et dire à son mais^ tre que pour riens la comtesse de la Myrandolle *ne bailleroit sa ville, qu'elle estoit sienne, et que. Dieu aydant, la sçauroit bien garder contre qui la luy oster voudroit. De oeste responce fut courroucé merveilleusement le pape, et jura sainct Pierre et sainct Paul qu'il l'auroit par amour ou par force. Si commanda à son nepveu le duc d'Urbin, cappitaine général de son armée, que le lendemain il y allast mettre le siège. Le comte Alexandre de Trevols, qui n'en pensoit pas moins, envoya devers le duc Ferrare et les cappitaines françois à l'Hospitalet, qui n'estoit que à douze milles , leur supplier que, pour ce qu'il n'estoit assez gamy de gens piour l'heure, et que de jour en autre il espéroit le siège , qu'on lui envoyast jusques à cent bons compaignons et deux canonniers. La chose luy fut ayséement accordée, car la perte de la Myrandolle estoit d'une grosse importance au duc de Ferrare, qui estoit ung gentil prince, saige et vaillant à la guerre, et qui scet quasy tous les sept ars libéraulx et plusieurs autres choses mécaniques, comme fondre artillerie , dont il est aussi bien gamy que prince son pareil de tout le monde, et si en scet très bien tirer, faire les affiists et les bouUets. Or, laissons ses vertus là, car assez en avoit et en a encore. Par l'advis des cappitaines françois il envoya à la Myrandolle les deux canonniers et les compaignons qu'on y demandoit ; et avec euk allèrent deux jeunes gentilshommes, l'ung du Daulphiné, appelle Monchenu,nepveu du seigneurdeMontoison, et l'autre, nepveu du seigneur du Lude, qu'on appeloit Chantemerle, dupaysdelaBeausse,auxquelsau partir le bon chevalier sans paour et sans reprouche dist : <* Mes enfi^is, vous allez au service des dames ; monstrez-vous gent'ds compaignons pour acquérir lemrs grâces et faites parler de vous; la place où vous allez est très bonne et forte, et, si le siège y vient, vous aurez honneur à la garder. «Et plusieurs autres joyeulx propos leur disoit le bon chevalier pour leur mettre I cueur au ventre. Si monta lui-mesme à cheval

CHRONIQUE DE BAYART,

avecqnes sa compaignie pour leur faire escorte. Us ne furent pas trois jours en la ville que le siège ne feust devant et Fartillerie plantée sur le bord du fossé , qui commencea à tirer fort et royde, et ceulx de la ville, qui ne monstroient pas titre d^esbahyssement, leur rendoient la pareille au mieulx qu'ils povoient. Le bon chevalier, qui ne plaignit jamais argent pour scavoir que faisoient ses ennemys, avoit ses espies , qui souvent My rapportoient nouvelles du camp du pape qui estoit encore à Sainct-Félix, et comment il se délibéroit partir dedans ung jour ou deux , pour aller au siège de la Myrandolle, renvoya encores ung desdits espies à Sainct-Pélix pour entendre Au vray quand le pape partiroit. Il fist si bonne inquisition qu'il sceut au vray que le lendemain yroit en son camp. Si en vint advcrtir le bon chevalier, qui en fut bienayse, car il avoit telle chose pensée , qu'il espéroit prendre le pape et tous ses cardinaux ; ce qu'il eust fait n'eust esté ung inconvénient qui advint, comme vous orrez.

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