CHAPITRE XLIII
Comment le bon cheraBer cuyda prendre le pape entre Sainct- FéBx et la HyrandoOe, et à quoy B tint.
Le bon chevalier s'en vint au duc de Ferrarc et au seigneur de Montoison, auxquels il dtst : •» Messeigneurs, je suisadverty que demain matin le pape veult desloger de Sainct-Félix pouir aller à la Myrandolle. Il y a six grans milles de Tung à l'autre. J'ai advisé une chose, si la trouvez ixmne, dont il sera mémoire d'icy à cent ans. A deux milles de Sainct-PéHx , il y a deux où trois beaulx palais depuis long-temps habandonnés ; je suis délibéré toute ceste nuy t m'y aller loger avec cent hommes d'armes, sans paige ne varlet , dedans ung de ces palais, et demain, quand le pape deslogera (je suis informé qu'il n'a que ses cardinaux , évesques et prothonotaires et cent chevaulx de sa garde) , je sortirai de mon embusche; et il n'y aura nulle ftiulte que je ne l'empoigne , car l'alarme ne sauroit estre si tost au camp que je ne me satîve, veu qu'il h'y a que dix inilles d'icy là. Et preneÈ le cas que je feusse poursuyvi, vous, mèsseigneurs, passerez le malin le pont avecques tout le reste de la gendarmerie et me viendrez attendre à quatre ou cinq milles d'icy pouir me recueillir, si par cas fortuit m'arrivoit incwvéntent. n Oncques chose ne fbt
trouvée meilleure que la parolle du bon cher^a lier ; ne restoit qu'à l'exécuter, ce qui guères ne tarda. Il ne trouva ne homme ne femme pour êstre découvert, et se logea avant le jour en c* palais. Lé pape qui cstoit assez matineux estoît desjà levé, et quand il veit le jour monta ta sa lictière : devant estoient clers, prothonotaii'es et officiers de toutes soites qui alioient pour pr^idre le logis ; et sans penser aucUiie chose, s^estoient mis à chemin. Quand le bon bhevalier tek entendit, ne fist d'autre demeure, ains sortit de son embuschc et vint charger sur tes rustres qtii, comme fort eHrayés de l'alarme, s'en retourné^ rent picquans à bride abattue , cryant : « Alarme ! alarme ! <• Mais tout cela n'eust de rien servy que le pape , ses cardinàulx et évesques n^eu^sent esté prins , sans ung inconvénliént qui liit irèH bon pour le Sainct-Père el fort malheureux pcnlt le bon chevalier. C'est qu'ainsi que lé i^àpé hA monté en sa lictière et sorty hors dû bhenôin de Sainct-Félix, ne fut pas à ung ^ect dé Ik>u!t8 qu'il ne lombast la plus aspre et véhémente heigê qu'on eust veu cent ans devant ; mais c'éstoii pal^ telle impétuosité quel'ontievoyoit pa&tingl^kt^ tre. Le cardinal de Pavie, qui estoit alors tout le gouvernement du pape, luy dist : • Il n'est pàé possible d'aller par pays pendant que cecy durera. Il est pitis que nécessaire , et sans tirer oultre, retourner, i* Ce que le pape accorda, qui ne sçavoit rien de l'embuschc. El de malhèof , ainsy que le bon chevalier chassoit les fuyans à pointe d'espron et arrivoit à Sainct-Félix » le pape ne faisoit que rentrer dedans te chastéàu. Et au cry qu'il ouysl si fort fut effrayé que sortit sans ayde de sa lictière et luy-mesmè ayda à levé)" le pont, qui fut le fait d'ung homme d^ esprit , car s'il estoit autant demouré qu'on mettipit à dire un Pater noster, il estoit croqué. Qui fut bien marry ? ce fut le bon chevalier, car encores qu'il sceust le chasteau n'estre guères fort et qu'en ung quart d'heure se pourroit prendre, si n'avoit-il point d'artillerie ; et d'ung autre costé pensoit bien qu'il seroit découvert incontinent à ceulx du camp de la Myrandolle, qui luy pourroient ïaire recevoir une nonte. Si se mist au retour après qu'il eust pris tant de priscmhiers qu'il Voulust, où entre autres y avoit deux évesques portatifs et force mulets de cariage que tes gens d'armes emmenèrent. Mais oncques homme ne retourna si mélancolie qu'il estoit d'avoir fkilly une si belle prinse, combien que
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