‹ Le loyal serviteur [pseud.] Chronique de Bayart.--Guillaume de Marillac. Vie du connétable de Bourbon.--Antoine de Laval. Continuation de Marillac.--Jacques Buonaparte. Sac de Rome in 1527.--R. de La Marck, sgr de Fleurange. Mémoires du jeune adventureux.--Louise de Savoye. Journal.--Martin et Guillaume du Bellay. MémoiresChapitre 7 sur 428 · DE L*£DITEUR DE COLOGNE · texte numérisé non relu

DE L*£DITEUR DE COLOGNE

La famille Bonaparte, de ta ville de San-Mîniato al tedesco , a toujours été considérée comme onc des plus distinguées de cette ville, et même de la Toscane. Les charges importantes et honorables (ju'elle a constamment occupées dans l'administration de la république de San-Miniato eu fournissent la preuve. Suivant lés historiens, cette famille s'est fait remarquer par les grades éminents qui hii furent conférés dans les guerres soutenues par cette ville contre Florence. A Florence même, elle fut élevée aux premières dignités de Fétat et comptée parmi les grandes familles du pays. Ces faits n'ont pas besoin d'attestation pour tous ceux qui sont un peu versés dans nos archives.

J'ai réussi à tirer des archives particulières de cette illustre famille le manuscrit de la présente histoire , qui m'a paru fort intéressante. Jacques Bonaparte, son auteur, vivait à la cour de Rome, à l'époque du sac de cette ville, en 1527. Plusieurs ouvrages de sa composition, encore inédits, ne peuvent laisser aucun doute sur son goût et son érudition. La maison dont il est sorti a brillé de tout temps dans les lettres. Pour s'en assurer, il suflit de consulter V Histoire de l'Université âe Pise par le célèbre professeur Etienne Fabrucci , dans laquelle sont cités avec éloge plusieurs Bonaparte , littérateurs distingués, et, entre autres, Nicolas Bonaparte, qui le premier introduisit l'étude de la jurisprudence dans l'Université de cette ville, suivant les interprétations de Chesio.

Je ne veux point perdre Foccasion de parler ici d'une inscription, gravée sur un marbre, dans l'église de Saint-François, à San-Miniato.

CLARISSIMO S\M iETATlS ET PATRlife VlBO lOANNi lACOBi MOCCll DE BONAPARTE QVI OBllT ANNO MCCCCXLi DIE XXV SEPTEMBRIS. NICOLAVS DE BONAPARTE APOSTOLÎCyE CAMER.ECLERICVS FECIT GENlTORi BENEMERENTI ET POSTERIS.

Avec le souvenir de Nicolas Bonaparte, prélat distingué , ce monument consacre celui de notre auteur qui demeurait à Rome , dans le palais des Orsini, avec qui sa famille était liée. Ce qui donne un prix infini à sa relation , c'est l'exactitude avec laquelle il rapporte, jour par jour, les événements qui ont eu lieu, le jugement et l'impartialité qu'il ' met dans les détails de sa narration, le soin qu'il prend de se tenir constamment éloigné delà haine ^mme de la prévention. D'ailleurs, quelle loi ne

mérite pas un témoin oculaire? toutes ces drconstances réunies donnent, à mon avis, k ce récit du pillage de Rome, un air de vérité que je suis loin de retrouver au même degré dans les histoires qui traitent du même sujet. Les autres narrateurs habitaient loin de Rome, ou bien ils écrivirent longtemps après, et mêlèrent à leur récit des faits qui n'y ont aucun rapport.

Grégoire GiraWi, dans sa préface Àlli Ëcatammi7t, fait une description pathétique des malheurs de la ville sainte ; mais il ne suit pas la marche régulière des événements, et ne cite les noms d'aucun des personnages qui y figurèrent activement , soit comme bourreaux, soit comme victimes; son ouvrage n'est qu'une longue déclamation. — Guicciardini parle de cette funeste catastrophe, mais il n'a guère d'exactitude ni de précision. — Dans l'histoire de sa vie , Benvenuto Cellini entre dans beaucoup de développements sur ce désastre ; mais il ne raconte pas tout, et rapporte des traits de bravoure évidemment faux : c'est ainsi , par exemple, qu'il s'attribue l'honneur d'avoir tué Bourbon. D'ailleurs, enfermé au château Sdint-Ânge, comment a-t-il pu tout voir? — Quatre ou cinq autres, que je pourrais citer, tels que Panvinio, Gionio, Oldoino, etc. ont écrit sans suite et sans méthode. Pour me résumer, je dirai qu'un grand nombre d'écrivains rapportent des faits, sinon entièrement faux, au moins extrêmement douteux. Notre auteur respecte, sans faire tort à la vérité, les Chefs de l'Empire et de l'Eglise; et si quelquefois il les dénonce comme auteurs des désordres qui ont eu lieu, au moins ne confond-il jamais leur imprudence et leurs erreurs politiques avec les écarts de leur vie privée. Nulle part il ne laisse percer l'humeur ou l'esprit de parti.

Bonaparte commence son ouvrage par une courte introduction où il expose avec beaucoup de sagacité les intérêts des princes d'Europe, et le caractère des principaux personnages qu'il va mettre en scène. S'il n'avait pas eu soin de faire précéder le récit de ce déplorable événement des causes politiques qui l'amenèrent, il ne semblerait plus être que le résultat d'un de ces hasards funestes au genre humain.

11 existe un autre ouvrage sur ce même sujet, écrit par un Florentin , Francesco Vettori , qui se trouve dans la bibliothèque Laurentienne* 11 est écrit d'un style simple et familier, en forme de dialogue entre deux interlocuteurs, Antoine et Basile. Le premier a quitté Rome pour se rendre à Florence, et rencontre en route le second, qui lui marque sa joie et son étonnement de le revoir, car il le croyait emporté par Forage qui a éclaté sur Rome, et l'avait déjà pleuré comme une victime du fer ou de la peste. Antoine lui disant que la mort eût

Page 1