‹ Le loyal serviteur [pseud.] Chronique de Bayart.--Guillaume de Marillac. Vie du connétable de Bourbon.--Antoine de Laval. Continuation de Marillac.--Jacques Buonaparte. Sac de Rome in 1527.--R. de La Marck, sgr de Fleurange. Mémoires du jeune adventureux.--Louise de Savoye. Journal.--Martin et Guillaume du Bellay. MémoiresChapitre 72 sur 428 · CHAPITRE XLIY · texte numérisé non relu

CHAPITRE XLIY

Commem le pape envoya une bende de sept â huyt mille bomnies devant une place du duc de Ferrare, nommée la Bastide, et comment ils ftirent defCiicts par l'aëvis du boa chevalier sans paour et sans r^rouche.

Quand le pape fut dedans la MyrandoUe, dist à ses cappitaines twt de cheval que de pied, assemblés par son nepveu, qu'il n^ voulpit plus autre chose faire avant d'aller mettre le siège devant Ferrare, et youloit sur ce avoir leur advis, et comment la chose se pourroit plus seurementconduire; car il sçavoit ladite ville forte à merveilles et bien gamye de bonjaes gens de guerre et d'artillerie, et que à grant peine, sans faulte de vivres, l'auroit-il qu'elle ne luy coutast beaucoup, mais par ce point les feroit-il venir à la raison, considérant qu'il avoit le moyen de leur coupper le passage du Paç, que au-dessus de Ferrare ne leur viendroit riens , et du dessoubs que les Yéniciens aussi garderoient bien qu'ils n'en auroient point. U n'y eut celluy qui n'en dist son opinion, tant que ce fut à parler à ung cappitaine de la seigneurie de Venise, appelle Jehan Fort, qui ensonlangaige dist: ««JrèsSainct'Père, j'ay ouyles opinions de tous messeigneurs qui sont icy en présent; etàlesouyr, concluent, suyvantce qu'avezproposé que , en ga,rdant que par le Pau n'entrent vivres dedans Ferrare, et que par l'isle soit assiégée, en peu de jours sera afTamée; mais pour moy je connoys le pays, et en a beaucoup et de bon le duc de Ferrare ; par Argenté luy pourront venir vivres en babondance ; d'autre part, il a ung autre pays qu'on appelle le Pole;sine de Saiiict-George, qui tant est gamy de biens que, quand d'aUle^urs n'en viendroit à Ferrare, il e$t suffisant la ^ourrir ung an ; et est bien difficile de garder qu'il n'en eust de là, sans prendre une place à vingt pu vingt-cinq milles dudit Ferrare, qu'on appelle la Bastide i

CHRONIQUE DE B\YARt,

mais si elle estoit prinse, je tiendrois la ville affamée en deux mois, au grant peuple qui est dedans. — Or, à ce coup, ce dist aussitost lepape, il faut avoir ceste place; je ne seray à mon ayse qu'elle ne soit prinse. » Si forent ordonnés deux cappitaines espaignols avec deux cens hommes d'armes, le cappitaine Jehan Fort avecques cinq cens chevaulx légiers, et cinq ou six mille hommes de pied pour aller exécuter ceste entreprinse, accompaignés de six pièces de grosse artillerie. Eulx assemblés, se mirent à chemin, et allèrent sans rencontre jusque devant la place. Quand le cappitaine qui en avoit la garde veit si grosse puissance, eut frayeur ; et non sans cause, car iln'estoit pas alors bien gamy de gens de guerre ; toutesfois il délibéra de faire son debvoir et d'advertir le duc son maistre de son inconvénient. Les gens du pape ne firent autre séjour, sinon, après eulx estre logés, asseoir leur artillerie ; et commencea à battre la place à force.Le cappitaine avoit fait secrètement partir ung homme, par lequel il mandoitauduc son affaire. Le messager fist diligence, et fut environ midi à Ferrare. Le bon chevalier estoit allé à l'esbat aune porte par ou entra le messager, qui fut amené devant luy,qui lui demanda dont il venoit; lequel respondit assurément: M Monseigneur, je viens de la Bastide, laquelle est assiégée de sept ou huyt mille hommes ; et m'envoye le cappitaine dire au duc que s'il n'est secouru, il ne sçauroit tenir demain tout au long du jour, au moins s'ils luy livrent assault. — Comment, mon amy, est si mauvaise la place? — Non, dist le messagier, ains une des bonnes d'Italie; mais il n'a que vingt-cinq hommes de guerre dedans, qui n'est pas pour la deffendre contre laforce desennemys. — Or, venez doncques, mon amy, je vous mèneray devers le duc. n Ils estoient luy et le seigneur de Montoison ensemble sur leur mule en la place de la ville, devisansdes affaires. Us veirent venir le bon chevalier qui amenoit cet homme , et curent imagination que c'estoit une espie. Si dist le seigneur de Montoison : « Mon amy, vous aimeriez mieulx estre mort que ne feissiez tous les jours quelques prinses sur nos ennemys; combien vous payera ce prisonnier pour sa rançon? — Sur ma foy, respondit le bon chevalier, il est des nostres et nous apporte d'estranges nouvelles, n Lors le duc l'enquist, puis regarda Ifs lettres que le rappitaînc de la Bastide

luy escrivoit. En les lisant, chascun le voyoit blesmir et changer de couleur, et quand il eust achevé de lire, haulsa les espaules et dist : « Si je perds la Bastide, je puis bien habandonner Ferrare, et je ne vois pas bien le moyen qu'elle soit secourue dedans le terme que celluy qui est dedans me rescript, car il demande du secours devant demain pour tout le jour, et il est impossible. — Pourquoy, respondist le seigneur de Montoison?*» Dist le duc : « Parce qu'il y a vingt-cinq milles d'icy-là, et de plus, au temps qu'il fiiit, il faut passer par ung chemin oii, Pespace de demy-mille, fault aller l'ungaprèsPautre; et encores il y a une autre chose, c'est qoe si nos ennemys estoient avertis d'ung passage qu'il y a, vingt hommes garderoient dix mille de passer ; mais je croys qu'ils ne le sçavent pas. *» Quand le bon chevalier veit le duc ainsi esbahy, luy dist : « Monseigneur, quand il est question de peu de chose, la fortune est aysée à passer, mais quand il y va de sadestructioD , on y doit pourveoir par tous les moyens. Us ennemys sont devant la Bastide, et caydent estre bien assurés, par ce que, au moyen de ce que la grosse armée du pape est près d'icy , leur est advis que nous n'oserions partyr de ceste ville pour aller lever le siège. J'ai pensé une chose qui sera fort aysée à exécuter, et si le malheur n'est trop contre nous, en viendrons à honneur. Vous avez en ceste ville quatre ou cinq mille hommes de pied, gentils compaignons et gens aguerris le possible ; prenons en deux mille avecques les huyt cens Suisses du cappitaine Jacob, et les Saisons sur la nuyt en bateaulx mettre sur l'eaue. Vous estes encores seigneur du Pau jusques à Argenté ; ils nous yront attendre à ce passage que vous dictes. S'ils y sont les premiers ils le prendront, et la gendarmerie qoi est en ceste ville yra par terre toute ceste nuyt; nous aurons bonnes guides, et ferons de feçon que y serons au point du jour, et ainsi nous joindrons les ungs avecques les autres ; nos ennemys ne se doubteront jamais de ceste entreprinse. Il n'y a du passage que vous dites.sinon trois milles, ou moins encores, à la Bastide ; devant qu'ils se soient mis en ordre de combatre, leur yrons livrer la bataille aigrement, et le cueur me dist que nous les detferons. » Si oa eust donné cent mille escus au duc n'eust pas esté plus joyeulx. Si respondit en soubsriant : « Par ma foy, monseigneur Bayarl, il «^ ^^^

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