‹ Le loyal serviteur [pseud.] Chronique de Bayart.--Guillaume de Marillac. Vie du connétable de Bourbon.--Antoine de Laval. Continuation de Marillac.--Jacques Buonaparte. Sac de Rome in 1527.--R. de La Marck, sgr de Fleurange. Mémoires du jeune adventureux.--Louise de Savoye. Journal.--Martin et Guillaume du Bellay. MémoiresChapitre 73 sur 428 · PAR LE LOYAL SERVITEUR, GHAP. XLIV · texte numérisé non relu

PAR LE LOYAL SERVITEUR, GHAP. XLIV

esimn impoasible; mais je vous promets, sar mm botmeor, qae si messeigneors qui sont icy troarent vostre opinion bonne, je ne &is donbte que ne fiudons de nos ennemys ce qne vous Âtes; de ma part»Ies en supplie tant queje puis.» Lors mit le bonnet hors de la teste. Le seigneur de Hontoison respondit : « Monseigneur, ferons œ que coomiiBjKierez, car ainsi en avoirs la charge du roy nostremaistre.» Autant en dirent ks sagnenrs du Lude et FontraiUes. Ils en- Toyèrent quérir les cappitaines des gensde pied, auxquels Us déelairèrent Taffaire, et il leur fut adris estre en paradis. Le duc fist secrètement aprester force barques sans bruyt quelconque, car tt y av<rft des gens en la ville qui estoient ibrt bons papalistes. Les barques prestes, sur le soir se imrent les gans de pied dedans, qui eurent bons et seurs mariniers. Les gens de cbeval^ ou le duc estdt en personne, partirent sur le commencement de la nuyt. Us avoient bonnes goydes; et quelque mauvais temps qu'il fist, forent très bien conduits ; et si bien leur advînt que, demye-heure devant jour, arrivèrent les gens de dieval au passage, où ils forent très joyeux, et ne demoura pas demye-heure que les barques amenant gens de pied n'arrivassent. SI descendirent, et le petit pas allèrent droit à ce mauvais passage, qui estoit ung petit pont où ne pouvoit passer qu*ung homme d'armes de front, et estoit sur un canal assez profond, entre le Pau et la Bastide. Ils mirent bien ime grosse heure à passer, teUement qu'il estoit jour tout cler, dont le duc eut mauvaise opimon , tt parée qu'il n'oyoit point tirer d'artSierie doobtoit que sa place feust perdue. Mais ainsi qu'il en parloit, va ouyr trois coups de canon toiK d'une bende, dont luy et toute la bdk et bonne compaignie forent fort joyeulx, nn^y avQsi pas plus d'ung mille jusques aux ennemys. Si dist le bon chevalier : « Messeigoean^f^j ouy tousjours dire que celluy est fol qoin'e^ime son ennemy ; nous sommes près des nostres, ib sont trois contre ung *, s'ils sçaveientnostreentrqnînse, sans nulle faulte nous aurions de Taffiâre et beaucoup, car ils ont artilerîe, et nous n'en avons point. De plus j'ay entendu que ce qui est devant la Bastide est toute la fleur de l'armée du pape. II les fouit prendre en désarroy ; et suis d'opinion que le bastttd du Fay, mon guydon, homme savant en teHes matières^ par le eosté où sont venus

les ennemys, leur aille dresser l'alarme avecques quinze ou vingt chevaulx ; et lecappitaine Pierrepontsera à un gect d'arc avecques cent hommes d'armes, pour luy tenir escorte s'il est repoulsé;et luy baillerons le cappitaine Jacob Zemberc avecques' ses Suysses. Vous, monseigneur le duc, et messeigneurs mes compaignons et moy, nous yrons droit au siège, où je yray devant leur foire ung alarme. Si l'alarme du bastard est premier dressé, et ils vont tous là, nous les enclorrons entre luy et nous ; et si lé nostre est le premier levé, le cappitaine Pierrepont et sa bende de Suysses en feront autant de leur costé. Cela les estonnera tant qu'ils ne scauront que faire, car ils estimeront que nous soyons trois fois plus de gens que nous sommes; et surtout que toutes nos trompettes sonnent à l'aborder. » Oncques chose ne fost trouvée meilleure; car il &ultque toutlysant ceste histoire sache que ce bon chevalier estoit ung vray registre de batailles, par quoy tout homme pour sa grande expérience s'en tenoit à ce qu'il disoit. Or, ven<ms au point. Les deux bendes deslogèrent. Dressa le bastard du Fay un aspre et chault alarme, qui estonna merveilleusement ceulx du camp ; toutesfois ils commencèrent à eulx armer, monter à cheval, et aller droit du costé où estoit ledit alarme. Leurs gens de pied se mettoient cependant en bataille, et s'ils se fussent unefoys rangés tous ensemble, il y eust eu combat mortel pour les Ferrarois. Mais deulx inconvéniens leur advindr^t tout à ung coup ; c'est que quand <;eulx qui repoussoient le bastard forent à deux cens pas lomg, rencontrèrent le cappitaine Pierrepont, qui les rembarra à merveilles, et donna dedans eulx fièrement. Les Suysses commencèrent à marcher, qui desjà vindrent trouver leurs gens de pied en bataille, et en gros nombre, comme de cinq à six mille. Si furent lourdement repoussés leâdits Suysses, et eussent esté rompus, n'eust esté la gendarmerie, laquelle donna aulx ennemys par les flancs. Cependant vont arriver leduc,les seigneurs de Montoison, du Lude , de FontraiUes et le bon chevalier, avecques leurs gens de cheval et deux mille hommes de pied, qui par le derrière vont envahir lesdits ennemys, de sorte que tout fot poussé par terre. Le cappitaine FontraiUes et le bon chevalier apperceurent une troppe ie gens de cheval en nombre de trois à quatre cens,

CHRONIQUE DE BAYART,

et meschant paillart avaricieux, quand il eat entendu le duc parler, son cueur mua soubdainement, et respondit quasi gaigné : « Sur mon ame ! monseigneur» vous dictes vérité ; aussi y a-il plus de six ans que j'avoys vouloir d*estre à vostre service. Je vous veulx bien asseurer qu'il n'y a homme alentour la personne du pape qui puisse mieulx faire ce que demandez que moy, car la nuyt et le jour je suis auprès de luy» et bien souvent il prend sa colacion de ma main quand il n'y a que nous deux, et qu'il me devise de ses trafiques. Si me voulez bien traieter, devant qu'il soit huyt jours il ne sera plus en vie, et ne veulx riens que je n'aye Cait ce que je vous promets. Aussi, monseigneur, je vouldrois bien n'estre point mocqué après. — Non, non, dit le duc, sur mon honneur ! « Si convindrent du marché avant que de partir de là. Ce fut que le duc luy bailleroit deux mille ducats comptant et cinq cens ducats d'intrade. Ce fiât, fiit tousjours messire Augustin bien traicté, que le duc layssa en sa chambre, et retourna vers le bon dievalier qui s'estoit allé esbattre sur les remparts de la ville et s'amusoit à fiure nectoyer une canonnière. Il veit venir le duc, au devant duquel il alla; et se prindrent par la main, et eulx se promenans sur les remparts loing des gens, commencea le duc à dire : « Monseigneur de Bayart, il ne fut jamais autrement que les trompeurs enfin ne feussent trompés. Vous avez bien entendu la meschanceté que le pape m'a voulu fiiire vers vous et les François qui sont icy ; et à ceste occasion m'a envoyé ung homme comme sçavez. Je l'ay si bien gaigné et renversé son propos qu'il fera du pape ce qu'il vouloit Caire de vous, car dedans huyt jours pour le plus tard, m'a asseuré qu'il ne seroit pas en vie. *» Le bon chevalier, qui n'eust jamais pensé au fait, respondit : « Comment cela, monseigneur, il a doncques parlé à Dieu? — Ne vous souciez, dist le duc, mais il sera ainsi. » Et tant vindrent de paroUes en parolles qu'il luy dist que messire Augustin luy avoit promis d'empoisonner le pape. Desquelles parolles le bon chevalier se seigna plus de dix fois, et en regardant le duc luy dist : <• Hél monseigneur, je ne croyrois jamais qu'ung aussi gentil prince comme vous estes consentist à une trahison si grande \ et quand je le sçauroye de vray , je vous jure mon ame que, devant qu'il feust nuyt, en adverti-* |

roys le pape, car je croy que Dieu ne pardocneroit jamais ung si horrible cas. — Comment! dit le duc, il en a bien voulu faire autant de vous et de moy ; et jà sçavez-vous que nous avons fait pendre sept à huyt espies. — Il ne m'en chault, dit le bon chevalier ; il est lieutenant de Dieu en terre, et le faire mourir d'une telle sorte, jamais n'y consentiroys. « Le duc haulsa les espaules, et en crachant contre torre dist ces paroles : « Par le corps Dieu! monseigneur de Bayart, je vouldrois avoir tué tons mes ennemys tout en faisant ainsi ; mais puisque ne le trouvez pas bon, la chose demourera; dont, si Dieu n'y met remède, vous et moi nous nous repentirons. — Nous ferons si Dieu piaist, dit le bon chevalier ; mais je vous prie, monseigneur, baillez-moi le galant qui veut faire ce chef-d'œuvre, et si je ne le fais pendre dedans une heure, que je le soye en son lieu. — Non, monseigneur de Bayart, dit le duc, je Tay asseuré de sa personne, je le vais renvoyer; » ce qu'il fist incontinent qu'il fut retourné à son palais. Je ne sçay quaiKl il fut retourné vers le pape qu'il fist ne qu'il dist, mais il n'exécata aucune de ses entreprinses. Si demeura tousjours alentour de la personae du Sainct-Père, qui estoit bien marry de ae povoir trouver moyen de venir au-dessus de ses affaires. D fat encore quelque temps à la MyrandoUe et les alentours, puis se retira à Boiilogne, et fit loger son armée et garnison vers Modène. Environ ceste saison, le duc d'Urbin son nepveo, qiû tousjours avoit esté bon François et à qui il desplaisoit à merveilles de la guerre que le pape avoit levée contre le roy de France, tua le cardinal de Pavie, légat à Boulongne, qui goovernoit le pape entièrement, et lequel fut très grandement courroucé. Voicy quelle en fut Foccasion. On rapporta au duc d'Urbin que le cardinal de Pavie avoit dit au pape qu'il estoit plus serviteur des François que de luy et qu'il les advertissoit chascun jour de son gouvernement. Cela y peut bien ayder; mais la principale racine estoit que celluy cardinal de Pavie avoit esté le premier qui avoit consdlié au J pape de commencer la guerre. Il en fut payé eu mauvaise monnoie.

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