‹ Le loyal serviteur [pseud.] Chronique de Bayart.--Guillaume de Marillac. Vie du connétable de Bourbon.--Antoine de Laval. Continuation de Marillac.--Jacques Buonaparte. Sac de Rome in 1527.--R. de La Marck, sgr de Fleurange. Mémoires du jeune adventureux.--Louise de Savoye. Journal.--Martin et Guillaume du Bellay. MémoiresChapitre 77 sur 428 · PAU LE LOYAL SERVITEUR, CHAP. XLVIL · texte numérisé non relu

PAU LE LOYAL SERVITEUR, CHAP. XLVIL

rmàSiA soit Theure de qooy il dit si bien vélité. Le prince de Nemours leur demanda en foabsriajat : • Qa'est-ce qu'il vous dit, Messeigneors?» Le brài ehevalierrespondit, qui changea de propos. Sur ces entre&ictes arriva en h eompaignie m^ adventnrier, gentil compaîglDoiif mais assez vicieux, qu^on appeloit Jaequyn Caumont, et portoft quelque enseigne es beodes du cappitaine Molart. li se voulut &ke fieste comme les autres, et vint à Fastrokgœ qo^ii tira â part, et commencea à luy dire : • Vioftça, bougre, et dis-moi ma bonne adventore. «• L'autre se sentit iiijurié, etreq[K)ndit e& homme courroucé : « Ya^ va, je ne te diray riens.» H y avoit beaucoup de gentils* hommes enprésence, lesquels dirent à Jaequyn :

• Cappitune, vous aveitort; vous voulez en tirer eu paae4emp6,et luy dictes injures.» Alors il revint peu à peu et parla plus doulcement, en loy dibut : « Maistre mon amy, si je t'ay éii qpékfoe foUe paroUe, je t'en prie, pardonnemoy. » U fist tant qu'il le rapaisa, puis luy moDstra sa main. Quand il l'eut vue , luy respondit en son langaige : « Je t'en prie, ne me demandes riens, car je ne te diray chose qd vaiHe. » Toute la compaignie qui estoit là se print à rire, et Jaequyn, bien marry de ce que les autres ryoient, dist encore à l'astrologue : • Cest tout ung; dis-moy que c'est. Je açay bien que je ne suis pas cocu, car je n'ay point de femme.» Quand il seveît ainsi pressé, ky <Ust : « Yeuk-tu sçavoir de ton afEaire?— - Ouy, dist Jaequyn. — Or, pense doncques à ton ame de bonne heure, dist l'astrologue, car devant qu'il soit trois moys , tu seras pendu et estranglé.» Et de rire par les escoutans de plus bdie, lesquels n'eussent jamais pensé que le cas advknsîst; earil n'y avoit nulte apparence, pour ce qifil estoit en crédit parmy les gens de pied, et aussi qu'ils pensoient que le maistre l'eust dît poor ce que Jaequyn dans le commencement Pavoit injurié ; mais il ne fut rien si vray . Et eonmie on dict en ung commun proverbe :

• Qui a àpendre ne peut noyer,» je vousdiray ce qui advint de luy. Deux ou trois jours après qpe le doc de Nemours fot arrivé au Fynal, qui est nog gros village au milieu duquel passe ung canal, qui va cheoir au Pan, et y avoit ung pont de boys pour aUer d'ung costé à l'autre (de jour en jour, en ce canal, arrivoient plus de ceot bar^ies qui venoient de Ferrare,et iq;>por-

toient toutes manières de victuailles aulx Fran* cois), ung jour que Jaequyn eust bien souppé, vint environ neuf heures de nuyt, à force torches et tabourins de Suysses, au logis de monseigneur de Molart, son cappitaine, armé de toutes pièces, et monté sur ung fort beau coursier, en ordre comme un Sainct-Georges, car de sa soulde ou du pillage il estoit très bien vestu. Quand monseigneur de Molart le veit en ceste sorte et veu l'heure que c'estoit se print à rire. Il luy dist : <« Comment, cappitaine Jaequyn, voulez-vous laisser la picque? — Nenny, ncm, dist-il, monseigneur; mais je vous supplie, menez-moy au logis de monseigneur de Nemours, et que devant luy il me voye rompre ceste lance que je tiens, afin qu'il ait congnoissance si ung saulte-buisson ne courra pas si bien ung boys que une haridelle. » Le cappitaine Molart connut que la matière valoit bien la peine devenir jusques à fin, et que le seigneur duc de Nemours et toute la compaignie s'en pourroit resjouyr. Si mena Jaequyn, qui passa tout à cheval pardessus cepont de boys qui traversoit le canal. Or, venu qu'il feust devant le logis du duc de Nemours, qui desjà en estoit adverty, et descendu de sondit logis, ensemble la compaignie qui estoit avecques luy pour en avoir le passe-temps, quand ils furent sur la rue, Jaequyn mieulx gamy de vin que d'autres choses, avecques force torches, en sorte qu'on y voyoit comme en plein jour, se mist sur les rencs. Alors le duc de Nemours luy escrie : « Cappitaine, est-ce pour l'amour de vostre dame ou de moy que voulez rompre ceste lance? » Il respondit, en parlant de Dieu à la manière desadventuriers, que c'estoit pour l'amour de luy, et qu'il estoit homme pour servir le roy à pied et à cheval. Si baissa la vue et fit sa course tellement quellement, mais il ne sceut rompre sa lance. II recourut encores ung coup, et en fit autant, puis la tierce et quarte fois. Quand on veit qu'il ne Caisoit autre chose, il fascha la compaignie et le laissa-on là. U avoit fort eschauffé son cheval, de sorte qu'il alloit toujours sautelant, joinct aussi qu'il ne le menoit guères bien, luy donnant de l'espron sans propos, de façon que, quand il fut sur ce pont de boys, le chatoilloit toujours. Il avoit ung peu j^uviné, de sorte que en faisant ung petit sault les quatre pieds luy vont fouyr; et tombèrent homme et cheval dedans le canal, ou pour le

CHRONIQUE DE BATART,

moins y avoit demy-lance d'eaue. Ceulx qu estotent de sa compaignie s'escrièresit : « A l'ayde! à Faydt!» D'mhault ne pouroit-OD luy donner secours : ear oe canal estoit bÀ\ oommeong fossé à foni de onVe; et sans le grant nombre de banjoes qoi estoieot là, on n'en cust veu jamais pied ne main* Le cheval se deffit dé sonhomme et nagea plus dedemyHfuand'hearv avant qu'il scelist tfottver moyen d'csehapper. Jacqay n , le vaillant komme d'armes^ grenoaii* la en l'eau longuement ; mais enfin, conune par miracle, fot pesché et saulvé pu* ceulx qui estoient es barques, mais plus mort que vif. In^ continent fut désarmé et paMlU par ks pieds, el geôta par sa bouche deujt ou trois seaulx d'eaue, et fut plus de six heures sans parier. Toutesfois les médecins de monseigneur le duc de Nemours le vindrent veoir; et fut si bioi seœuru que dedans deux jours fut aussi sain etgaillart qlie jamais* U ne isult pas demander si de ses compaignons adventuriers fut mocqué à double carillon» Mais il fut réellement pendu le mardy de Pasques en suy vant qu'àvoit esté U furieuse joun^ de Ravenne, comme vous orreZk Estant ce gentil duc de Nemours au Fynal, attendant toi^utv desttouvelles des ennemys^ se partit ung jour entre les autres, et aHa visiter le duc et la duchesse de Ferrure en leur ville. U demoufa dnq ou sit jours en joyeuU paase-tempsv etemporta les couleursde la duchesse, qui estoi^it de gris et noir, pms s'en retourna en son camp où il eust certaines nouvelles ((ue, sani secourir la viUe de Bo* longue» elte et ceulx qui esloient dedans s'en allnientperdus; parquoy assembla tous ies cappitaines pour y àdviser : si ftit condu qu'on yroit lever le biége. Il faisoit assez mauvais chevaucher, comme en la fin du moys de janvier ; toutesibis il partit du Fyaal et print son chemin droit à Bolongne ; durant son voyage advint gros inconvénient, car la ville de Bresse fut reprinse par les Yéniciens, comme vous en^ tendres»

Page 1