CHAPITRE L
Comment le doc de Nemours reprit Bresse, où le bon chevalier acquit grant booneur, et commeiit B fat btessé qmA k mort.
Le duc de Nemours assembla tous ses ciq[>pi^ taines pour sçavoir qu'il estoit de faire, car dedans la ville y avoit gros nombre de geitf»
PAR LE LOYAL SEaVITEUR, CHAP. L.
comme bayt mille hommes de gaerre et douze on quatorze mille villains du pays qui s'estoient areeqœs enlx assemUés, et si estoit la. ville ibrte à merveilles. Ung bien y avoit, qu'on desœsidoit éa chasteau dans la citadelle sans trouver fossé qui guères donnast empeschement. fia to«te rarmée de France n'estoient point alors plus de douze mille combattans, car une grosse partie estoit demeurée à Boulogne. Touteafois, an pea de nombre qui y estoit n'y avoit q^ redire, car c' estoit toute fleur de chevalerie, et cent ans auparavant n'avoit esté veu pour le nombre plus gaillarde compaignie. Ce gentil duc de Nemours avoit tant gaigné le cœur des gentilsbommes et des adventuriers qnf ils 6issent tous morts pour luy. Eulx assemblés au CGDsdl, fut demaiidé par ledit seigneur à tous tes cappitaines leur advis , que chascun dist au nûeub qu'il sceut; et pour conclusion iut ordonné qu'on donneroit l'assault sur les hoyt ou neuf heures laidemain matin ; et telle fut fordomianoe : c'est que le seigneur de Mokrt avecques ses gems de pied conduyroit la première pointe, mais devant luy yroient le cappilaine Hmgoye et ses gens escarmoucher ; ^jrèsenune troppemareheroient : ce cappitaine Jacob, que l'empereur Maximilian avoit devant Padoue en la bende du prince de Hanolt (mais par moyens Ait gaigné au service du roy de France, et avoit alors deux mille lansquenets), les cappitaines Bonnet, Maugiron, le bastard de dèves et autres, jusques au nombre de sept mille hommes, et le duc de Nemours. Les gentilshommes que conduisoit le grand sénesdbal de NormandiCy avecques la plus grosse foree.de la gendarmerie à pied marcheroient à leur costé, Farmet en teste et la cuyrasse sur le dos ; et monseigneur d' Alègre seroit à cheval à la porte Sainct-Jehan, qui estoit la seule porte que les acmemys tenoient ouverte, car ib avoJent muré les autres avecques trois cens honmies d'armes pour garder que nul ne sortîst. Le vertueux cappitaine de la Palisse ne se trouva point à l'assault, car le soir de devant il avoit esté blessé en la teste d'ung esclat, par ung eo«q> de canon qu'on avoit tiré de la ville an chasteau. Geste ordonnance fiiicte, chascun h trouva bonne, excepté le bon chevalier, qui te au duc de Nemours : « Monseigneur, saulve vofitre révérence et de tous messeigneurs, il me semble qu'il faut foire une chose dont nous ne XYI' nàcLEp Chron. et Mém.
parlons pas ; c'est que vous envoyez monseigneur de Molart faire la première pointe; de luy je. suis asseuré qu'il ne reculera point, ne beaucoup de gens valeureux qu'il a avecques luy; mais si les ennemys ont gens d'estoffe et congnoissans bien la guerre, comme je croy que ouy, sachez qu'ils les mettront à la pointe, et pareillement leurs hacquebutiers. Or, en tels aEEaires, s'ilest possible, nefaut jamais reculer; et si d'adventure ils repoussoient nosdits gens de pied et qu'ils ne fussent soutenus de gendarmerie, il y pourroit avoir gros désordre ; par quoy je suis d'advis que avecques mondit seigneur de Molart on mecte cent ou cent cinquante hommes d'armes qui seront pour beaucoup mieulx soustenir le faix que les gens de pied qui ne sont pas ainsy armés. *> Lors dist le duc de Nemours : « Vous dictes vray, monseigneur de Bayart ; mais qui est le cappitaine qui se vouldra mestre à la mercy de leurs hacquebutes? — Ce sera moy, s'il vous plaist, monseigneur, respondit le bon chevalier, et croyez que la compaignie dont j'ai la charge fera aujourd'hui de l'honneur au roy de France et à vous. » N'y eut cappitaine qui n'entre-regarda l'ung l'autre, car sans point de foulte le fiait estoit dangereux. Toutefois il demanda la chargé et elle lui demoura. Quand tout fut condud, encores dist le duc de Nemours : « Messeigneurs, il fault que selon Dieu nous regardions à une chose. Yous voyez bien que si ceste ville se prend d'assault elle sera ruynée et pillée, et tous ceulx de dedans morts, qui seroit une grosse pitié. U faut encore savoir d'eulx s'ils se voudroient point rendre, n Cela fut trouvé bon ; et le lendemain matin y fut envoyée une des trompettes, qui sonna dès ce qu'il fut sorti du chasteau et marcha jusques au premier rempart des ennemys, où estoientle providadour et tous les cappitaines. La trompette demanda à entrer dedans la ville ; onluy dist qu'il n'entreroit point , mais qu'il dit ce qu'il vouldroit et que c'estoient ceulx qui avoient puissance de luy respondre. Lors fit son message. Mais il luy fot respondu qu'il s*en pouvoitbien retourner, et que la ville estoit de la Seigneurie, qu'elle y demoureroit, et davantage garderoient bien que jamais François n'y mettroit le pied. Hélas! les povres habitans se fussent voulentiers rendus, mais ils ne furent pas les maistres. La trompette revint qui fit sa response ; laquelle ouye, n'y eust plus
CHRONIQUE DE BàYART,
aeroU advertf Boabdain retoorneroit, par qnoy, s'il ne ae trouvoit fort dedans la ville et aussi paissant que pour combattre aux champs, seroit en danger d'estre perdu, il escripvil of lettreàls Seigneorie, qu'il envoya en e^'
diligence; et en icelle leur fai«>it en' i^'-J^'^^''^'^^ iu^ l«« «« j« m«„ u«.„^ ^ «^
^ . . . '','^J^^i ^An^ûiira de tdi)» les o^sles, mais peu q«
Cepaidant ' y'^awow» iv 4iw : » P»-
ftireoi ■ ^y^^iseios» ! ils sont nostres \
fir- .»i >^#i de^icl. ■ lAiy-nesme eiUrA
^ y"^H B^"* le rempwl, et après luy
.''^r/^/''^,4uiDe fiitpaa sans se bien battre ;e(
estoit pins que nécessabv que pour
ville deBres8e,parloypri«e,i!sf t ,^v^'
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jKiD chevalier a'escryoient : i Bftjmrt ! p^yart! ■* {esenueqtïScrywenl^o.Marcp! Marcû! >Pr¥Cil< fsiaoient tJWt de ^y t queles bacqi}e^lttes Q« ptt^ voient estre çuyea. I^cssire And^e 6fi( daaw>iT merveilleux ço^Tfige \ «es gei)9, et ç^ sop ta^T gage ylaiie;! leur 4i>tQit: fT^QtM ^t mes auyfi, les fraqecHs feront l>ie9(Q»t U»^i )lf n'on^ que la première points ; et ^ ce Ç^^ estoit. 4e^ict| ^amtf ]e^ ^u^es p'tMHHVOhfraient, n II estqit biei) fbusé, çfir s'ilavoit grut cueur d& 4<^fren<|rç, Ifs Fr&nf^is l'avoieat çwt fois pl(^ grant pqiv entrer dedans ; et vgm %• vrer ung assavdt nterveilleux. par lequel ^^r pOQssèreat ung peuks yéniciçnft. Quoyvf^Mt
'J^^/ppljttBqiàa. U bop ç^wïHliér out ung coup d|e ' -^-''^ ''Idafi^ dedans le bault de la coysse ; et «oti» ' «f fivaul que le bout rompit, el deinottra le br et ung bout du fus( dedans. Bien cqyda eslm firtppé à mort de la douleur qu'il sentit. Si Gominence^ à dir« au seigneur d« Molart i - Compaigooi;, faites ia«rcber vos gens ; U ville est guignée ; de moy je ne sçauroys pasMr Qullre, car je suis mort.* X^aang luy swtoit «a bftbondance ; û luy fut fisfCf ou là mourir s»as confession , ou se retirer bors de la IbuUe avec deui de ws archiers, lesquels luy estauçbèreQt 4U inieulx qu'ils peurept la pUyc ave»qnes leurs pbemise» qu'ils (kfcbirireat et nw^ pireot pour ce faire. Le povr^ seignevrde Holart, ^ ploroit vnèfeqwnt U psf^ de ios| vny e^ voisin, car tous ànvfi. e^tgiefit de Ve»carlM^ des. gentils-boumes, ooowe uog lyoa furieux, délibéré le venger, comateocea nide- QW(it à pousser \ et le bon duc de IteuMors, qui eoteodil eu pawant avoir le {vemicr fort esté gaigoé p^T le b(W chevalier, buûs qa*U ftvoit «sié blessé à p[tprt, si l^y-ifcsme eusl ^m Içcctijy) n'euK p#s eu plus de douleur ; et «004qkenceA à dire : •> ï)hl nteaseigneura mes amy». 00 vengerons-nous pas sur ce* vilialns la mort ém, plus açcoBpply cbevaUer qui feust »u monde ) .Je voua prie que obavuu stxoge de bioi faire.* 4 M r«oue furent Véniciew i«i|l(r*>lés', et gu«rpirent la citadelle, faysant mytW W vcmloir f»- (irer ve^q la viUe et lever le pont, car trop «a»T Mot eu afEaireles friWfois parce moyen; mais Us furent poynwivis si vivement ^'its gùgoèrent le palais ; et eoU'èrent pesle-^oetle eu la grant place, en laquelle estaient toutes leurs fivcM, U gendarmerie et obevaulx légier* twn fct^ayal av^cq^ues les geaa de pied oa batitille tell wdOQuée vloo leur &>rtlikH«. Lji se maostt^Fe«tl«asq9eBet« elftdvfoturterB Era«^ gea^ ijlp ««BtpaigoflDt. U wppluiw Bowet y fist 4e grandes appertises d'aroesj «t aerUnt de ]m Uop))* d« !a. ligueur d'une picque, marcha droit vu wqemys, et fotaussi très luen suyvi. Ifi ÇAffitAt (Iv* deiny-4)«v« oa plus. U«
PAR LE LOYAL SfiRVITfctlR, CttÀP: L.
iS
et femtncft de là YÎlte gecmimt (tei TitJB tirréftoii M pIcH^ avmsqim
% ^ Anaâiftgea {^Kiè bs Françoftë
de guerre. Ge ûcmabetâiit, enfti
Qîeni defifiaiétfi ; et y deoioiira ntf
. plâoe deti bien endohnyd qu'Us ne
seront de oent tt» eept à hoy t mille. Lei
U ToydiM ifQ'il ti'y faisoit pas tr&p séur«
fcrdièf eat Irore ewJiappateires de roeen met
ttiii tM^ooTB de leur màltietir t»m^oîeût gêna
àipÊjm, qui lestddient oothme peweeauUi
Moriie André 6rH, le edmte Loys Advogaére ^
Mirei eappitaima esMent à cheval, leiqaeJa,
fumdUs vetrent la rotte entièroment ior eutx,
iparittRBt essayer le moyen de ae saul ver, et s'ett
aHèreatdroit à oeste porte SainetnJebaii cuydMis
mtir. Si irent abaiaser le pont, et eryoietit :
4laTt;D* Httcof Ytatie! YtaHe! » Maia c'eatdt m
vaiide gte Mes effrayés. Le pont ne fat jamais
si MMssé que le seigneur d'AIègre, gentil
eq^^^taine et diligent, n'entrast dedans la ville
a?ceqott la gendarmerie qnll avoH, et en s'es-
wT«at: « France! Frànee! *• chargea fttor les
TèMedSytesqtieb tooâ, on lapins grant part$
IMrtspar terre, et entre antres ie comte Loys
Arfvq^Mfane, qni estoît niomé snr nne Jnment
^miÂttpoQi* conHr cinqtiante mttles êans re^
fiîMre. Le p^ovidadoùr veit bien qu'il eec<m
Fnh Éns renede,*sl pliis attendoit ; par quoy i
V*»*^*tw«rtt de nie en rae {Knitr esdiapper
àkkmr, deseoMHt de son dieval, et segecta
^ tsaenutisen, aeidement aveoqtieti nng.de ses
9BBS, oà H se ttM en deflkmse qndqne pen4 nute
WMam^ gros tnoonvénieat, fit enfin on-
^ leibgis où il ^ psins prisonnier. Iterf,n<d
^f^kÊffÊL qn'il ne fenst moh on prins;
Çt fat nng des plta cmdsassanlit qu'on enst
P^^ nti; ear des norts, tant d^ gens de
9">f« fcli Seigneurie que de eènh de la ville,
y « aeolfcre de phis éc-vfcigt mttlei et dé
^^^plk be s'en perdit janutle cinquante^ 4pA
^ gww fertmie. Or, quand pJus n'y eut k
fiî cettlMittre . diasem se mist m pillage par-
^faiMatons. Et y eut de grosses pitiés; car;
y'^ywrëi entendre, en telles affaires s'éH
^'^■vwtcM^twsqneltfnea-mgsmes^ans^ le»::
g* «rèfem dedaos lesmotiasièras et fii^eM
^ye^> de dtesohition,ear ilspilièmit etde»-
*^W«*i beanempdefayms, dte sorte qu'on
le bntin de la ville à trois millions d'es-
^^^padaot il n'est rien si certain me la
pHnae de Aresse fut la ruyne des Francis en Ytallii ear Ils avoient tant gaigné à ceste ville de Bnwse ^ ebasem s'en retourna et laissa la guerre ; et Us ensKnt Ciit bon mestier à la Journée de Ràvennei que tous entendrez ei-aprèsb n fiuilt sçavirtr que devint le bon (Aevaliéi* aprèa qu'U eut gaigiié te premier fort, et qu'on l'enst si lourdement iAmé que eontrainet av^ esté àson gram #eg^t de demobrer avecqnes dent de ses arcUersi Quand ils vdnnt ht eytad^e galg^éej en la première maison qu'ils trouvé^ rent démontèrent nng huys sur lequel ils fas Aargèrent, et le plus douleement qu'ils peurent , aveeques quelque ayde qu'ils trouvèrent* te portèrent en une maison làfkêÊ a^nrenté qa'ite veimit à fentout; e'estoit te logia d'ung fort ridiegeiHllliunune,maisU s'enestdtfiiyeti ungmonaslèrcet sa femme estoit denonrée au logis en la garde de Mostre Seigneur^ aveeques deux belles filles qu'eUe a veit, lesquelles eitoient cadiéesdansnng grenier dessoubs du foing. Qnandonvint heurtera sa porte, comme eoo^ tente d'attendre la misérièotde de Dieu, la vu ouvrir. Si vdt te bon chevalier, que on i4)portoit ainsi blessé, lequel fist Inoontinent serrer te porte et mist deux arcbieni à l'huys, auxquête il dit : ^ Gardes sur vostre vte que personne n'entre céans^ si ce ne sont de mesgens* Je sute asseuré qûe< quand oti sçaura que c'est mon io^^ persctone ne s'eflbrcera d'y eiMrer. Etpoureeque, pour me aecourir,Je suis cause dont vous peiiiiez k guigner qudque chose,, né vito soucies pas^ voua n'y perdrez riens. * Les atiehiers firetu sdu commandement; et luy ftit porté en une fort belte chandn^, en laqoelte la dame du lo^ te mena eHe^mesme ; et se gee* tant à geèotda devant luy, parlant en ceMîe manière^ ra^p<«rtattt son langage au françois : « noble si^gneur^ je vous présente ceste maison et tout œ qui eit dedans , car je acay Men qu'elte est vosite par te diSrireir de la guerre^ mate que vdstfu ptelsl^soit me saulver l'honneur «i la vfe, et 4e deux Jeunes flUei que mon mary d m^ a^'Mi, et qui nom prèsiss k mâryerh^ Vë bUM ebevaUer^ qui bnoqwi oe petisa meaeliaLii-' eMé, taf ntopMlii^ «1 Madame, je tie sçay H )e
puurHiy «Mhappef de la pteye que fay; lUate tant qde Je tivray i à vuua de à vos flltei ne seta &H; deaphlsl# ncto plusque à ma personne^ Oardez-les seulement en vos eliambres, qu'eUestH^ se voyent point, et je tuus asaemfe^qtfil rfy è
CHRONIQUE DE BAYART,
homme en ma maiscm qui s'ingère d'entrer en lien que ne le veuillez bien, vous asseorant ausnrplus qne vonsavez céans nnggentilhonmie qui ne vous pillera point, mais vons feray tonte la courtoysie que je pourray . «» Quand la bonne dame Touyt si vertueusement parler, fut toute asseurée. Après il luy pria qu'elle enseignast quelque bon cyrurgioi, et qui peust hastivement le venir habiller ; ce qu'elle fist ; et l'alla quérir elle-mesme avecques ung des archiers. Luy arrivé, visita la playe du bon chevalier, qui estoit grande et profonde ; toutesfois il l'asseura qu'il n'y avoit nul dangier de mort. Au second appareil vint le veoir le cyrurgien du duc de Nemours, maistre Claude, qui depuis le pensa, de sorte qu'en moins d'ung mois fut prest à monter à dheval. Le bon chevalier habillé demanda à son hostesse où estoit son m^ry ; la povre dame toute esplorée luy dist : « Sur ma foy, Monseigneur, je nesçay s'il est mort ou vif. Bien me doubte, s'il est en vie, qu'il sera dans ung monastère où il a grosse eongnoissance. — Dame, dit le bon chevalier, Caites-le chercher, et je l'envoyerai quérir, en sorte qu'il n'aura point de mal. » Elle se fist enquérir où il estoit et le trouva. Puis fut envoyé quérir par le maistre d'hostel du bon chevalier, et par deux archiers qui l'amenèrent seurement ; et à son arrivée eut de son hoste le bon chevalier joyeuse chère. Et luy dist qu'il ne se donnast point de mélancdie et qu'il n'avoit logé que de ses amys. Après la belle et glorieuse prinse de la ville de. Bresse par les François, et que la fureur fut passée, se logea le victorieux, duo de Nemours, qui n'estoit pas l'éfigie du dieu Mars, mais luy-mesme; et avant que boire ne manger assembla son conseil, où furent tous les cappi-. taines, afin d'ordonner ce qui estoit nécessaire de faire. Premier envoya chasser toutes manières de gens de guerre, qui estoient es religions et églises, et fist retourner les dames au logis avecques leurs marys s'ils n'estoient plus prisonniers, et peu à peu les asseura. U convint diligepter à vuyder les corps morts de la ville par peur de l'infection, où l'on fut trois jours ^tiers sans autre chose dire; et en trouva l'on vingt-deux mille et plus. Il donna les offices qui estoient vacans à gens qu'il pensoit bien qui les sceussent £iire. Le procès du conte Advogadre fut fait ; et eut la teste tranchée, et mis après eu quartier ; et deux autres de sa &ction,
dont l'ung s'appekrit Thomas delDucî et rantie Hyéronyme de Ryve. Sq[>t ou huyt jours fut à Bresse ce gentil duc de Nemours, où une fois le jour pour le moins alloit visiter le bon chevalier, lequel il reconfortoit le mieulx qu'il povoit, et luy disoit : « Eh, monseigneur de Bayart mon amy, pensez de vous guçrir, car je sçay bien qu'il fauldra que nous donnions une bataille aux EspaignoLs entre cy et un moys ; et si ainâ estoit, j'aymerois mieulx avoir perdu tout mon vaillant que n'y feussiez, tant j'ay grant fiance ea vous. » Le bon chevalier respondit : « Croyez, monseigneur, que s'il est ainsi qu'il y ait bataille, tant pour le service du roy mon maistre que pour l'amour de vous, et pour mon h(mneur qui va devant, je m'y ferois plustost porter en lictière que je n'y feusse. » Le duc luy fit force présens selon sa puissance, et pour ung jour luy envoya cinq cens escus, lesqueb il donna aux deux archiers qui estoient demourés avecques luy. Quand le roy de France fut advarty de la prinse de Bresse et de la beOe victoire desonnepveu, croyez qu'il fut très joyealx. Toutesfois il congnoissoit assez que, tant que ces Espaignols seroient rodans dedans la Lombardie, son Estât de Milan ne seroit jamais seur. Si en escrivoit chascun jour à son nepveu le ducde Nemours, le priant, tant affectueusement que possible luy estoit, qu'il luy gectast la guerre de Lombardie etmist peine d'en chassa les E^ignols, car il luy ennuyoit de soustenir les frais qu'il convenoit foire aux gens de pied qu'il avoit, et ne les povoit plus porter sans trop foul^ son peuple, qui estoit chose en ce monde qu'il faisoit à plus grant regret. Davantage sçavoit bien que le roy d'Angletenre luy brassoit ung brouet pour descendre en France» et pareiUement les Suysses, et que si cela advenoit luy seroit besoing de s'ayder de ses gens de guerre qu'il avoit en Ytalie ; et enfin c'estoit en toutes ces lettres la conclusion : de donner bataille aux Espaignols, et les exterminer si loing qu'ils ne retournassent plus. Le duc de Nemours avoit si grand amour au roy son onde qu'en toutes choses se vouloit garder de le courroucer. Et davantage il savoit certainement que ses lettres ne luy venoient pas sans grande raison. Si se misten totalle dâibération d'accomplir le commandement qui luy estoit fait touchant mettre fin à la guerre. Si assembla tous les cappitaines, gens de cheval et de
Comment le bon chevalier partit de Bresse, de la grande courtoysie quMl fit à son hostesse au partir, et comment U arriTa devant la vUe de Ravenne.