PAR LE LOYAL SERVITEUR, CHAR L
pied, et à bdles petites journées marcha droit
à BoioDgne, ou là auprès arriva en son camp le CHAPITRE hh
doc de Ferrare, auquel il bailla son avant-garde
i conduire avecques le seigneur de la Palisse;
^ tant alla qu'il trouva Tarmée d'Espaigne et *
dapape à quinze milles de Bolongne, en ung
fiea (fit Castd Sainct-Pedro. Cestoit une des
bdks armées et des mieulx esquippées pour le
nombfe qu'on eust jamais veu. Domp Raymon
de Caidomie, vis-roy de Naples, en estoit le
duel et avoît en sa compaignie douze ou quatorze censbommes d'armes, dont les huyt cens
est(rient bardés; ce n'estoit que or et azur. Hy
avoit dooze mille hommes de pied seulement,
deux mille Italiens soubs la charge d'ung cap-
pitaîneRimassot, et dix mille Espaignols, Bys-
cayns et Navarrès que conduisoit le comte Pedro TUvarro ; et de toute la troppe des gens de
pied estoit cappitaine général ; il avoit autresfois mené ses gaos en Barbary e contre les Mores, et aveequeseulx avoit gaigné deux ou trois
batailles. Bref c'estoient tous gens aguerris à
menreilks. Quand le gentil duc de Nemours les
eoi approdiés, commencèrent les Espaignols
taqoanàealx retirer le long de la montaigne,
et les FriDcois tenoient la plaine. Si furent bien
trots sepmaines ou ung moys qu'ils estoient
toajoon lesuns des autres à six ou sept milles,
mais UeD se logeoient toujours les Espaignols
en Gen fert, et souvent s'escarmouchoient en-
senUe, en &çon que prisonniers se prenoient
qoaiilOQS les jours. Tant y a que tous les pri-
noDiers françots rapportoient que c'estoit une
triumphede veoir l'armée des Eq>aignols. Tou-
taUs le gentil duc de Nemours ne tous ses
c^ffitaiDes et gens de guerre ne désiroient
vxktt diose que les combattre, mais qu'on les
ti<3nvut en Heu|mardiant.Ceste finesse avoient, 7>eVN|oQrs8e tenoient en fort; et encores les y ah Foi qoérir le jour de la bataille de Ra- ^CBoe,eoiiiiiie vous orrez. Mais premier parlertyconunentle bon chevalier partit de Bresse pnrs'eoalleraprèsle duc de Nemours, et de ^<mie courtoysie qu'il fist à son hostesse.
Environ ung moys ou cinq sepmaines fut le bon chevalier sans sortir du lict ; dont bien luy ennuyoit, car chascun jour avoit des nouvelles du camp des François, comment ils approchoient les Espaignols, et l'on espéroit de jour en jour la bataille, qui à son grant regret auroit esté donnée sans luy. Si se voulust lever ung jour, et marcha parmy la chambre pour sçavoir s'il se pourroit soustenir. Ung peu se trouva foible, mais le grand cueur qu'il avoit ne luy donna pas le loisir d'y longuement songer*, il envoya quérir le cyrurgien qui le pensbit et luy dist : « Mon amy, dites-moy s'il y a point de dangier de me mettre à chemin ; il me semble que je suis guéry, ou peu s'en fault; et vous promets, ma foy, que, à mon jugement, le demourer d'oresen-avant me pourra plus nuyre que amender, car je me fasche merveilleusement, n Les serviteurs du bon chevalier avoient desjà dist au cyrurgien le grand désir qu'il avoit d'estre à la bataille, et qu'il ne regretoit autre chose ; parquoy ce scachant et aussi congnoissant sa complexion , luy dist : « Monseigneur, vostre playe n'est pas encore close; toutesfois par dediuis elle est toute guérie. Yostre bari)ier vous verra habiller encores ceste foys; et mais que tous les jours au matin et au soir il y mette une petite tente et amplastre dont je hiy bailleray l'oignement, il ne vous empirera point. Si n'y a nul dangier, car le grant mal de playe est aiHlessus, et ne touchera point à la selle de vostre cheval.» Qui eut donné dix mille escus au bon chevalier, il n'eut pas esté si ayse. Son cyrurgien fut plus que contenté ; et se délibéra partir dedans deux jours. La dame de son logis, qui se tenoit foujours sa prisonnière, ensemble son mary et ses enfans, et que les biens meubles qu'elle avoit estoient siens aussi, car ainsi en avoient bit les François aux autres maisons, comme elle le sçavoit bien, eut phisieurs ymaginations, considérant que si son hoste la vouloit traicter à la rigueur, il en tireroit douze mille escus, car ils en avoient deux mille de rentes. Si se délibéra luy faire quelque honneste présent ; et elle l'a voit çongneu si homme de bien et de si gentil cueur
CHROIfIQUE DE B4YART,
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que à son opinion se contenteroit gracieusement. Le matin dont le hoA chevalier devoit dcsloger après disner, son hostesse, avecques ung de ses serviteurU portant une petite boete d'acier, entra-en sa chambre, où elle troura qu'il se reposoit en une chaire après soy estre fort pourmeoéi pour tousjours peu à peu essayer sa jambe. Elle se gecta à deux geiioulx ; mais ipcontinent la releva et ne voulut jamais souffirir qu'elle dist une paroUe que premier ne feust as* sise auprès de luy ; et puis eommencea son propos en eeste manière : « Monseigneur, la grâce que Dieu me fist« en la prise de eeste ville, de vous adresser dans ceste vostre maison, ne me fut pas moindre que d'avoir saulvé la vie à mon mary^ la myenne et de mes deux filles, avecques leur honneur qu'elles doivent avoir plus cher ; et davantage, depuis que y arrivastes, ne m'a esté fait, ne au moindre de mes gens, une seule injure, mais toute cxmrtoysie; et n'y ont pris vos gens de tous les biens qu'ib y ont trouvés la vaUeur d'ung quatrin sans payer. Je suis assez advertye que mon mary, moy , mes enbns et tous oeulx de la maison toaunes vos prisonniers, pour en Caire et dispeser à vostre bon pUisir, ensemble des biens qui sont céans; mais^ eongnoissant b noblesse de vostre oueur, à qui nul antre ne pourroit attaîndre, je suis v^ue vous supplier très humblement qu'il vous plaise avoir pityé de nous en eslargissant vostre accoustumée générosité. Vecy ung petit présent que nous rofiB faisons; il vous plaira le prendre m gré. • Alors ||^rit la boete que le serviteur tenoît, et l'ouvrit devant le bon dievaller, qui la Veit pleine de beaux ducats. Le gentil seigneur, qui |aiiiais en sa vie n'avoit fait cas d'argent, se prist à rire et dIst : * Madame, combien de dscats y a-t^fl dans oeste boete? • La povre femme eut paour qu'il feust courroucé d'en venir si peu, luy ditt : « Monseigneur, U n'y a que deQx^miUe cinq cens ducats; maïs fi vous n'estes content, en trouverons d'autres. • Alors il dist : « Ma foy , madame, quand VMS ae donneriez cens mille eseus, ne m'au*^ vm p«s lait tant de bien que de la bonne chère que j'ay eue céans et de la bonne vMtatkm que m'avez faîelêt vous asaeunuit qu'en quelque lieu qtie je ne trouve, vous aurez, tant que Ken me donner avie^ ung gentil-faorarae à vostre eomnandement. De voa ducats je n'en foittt et vow remercie; rq)reBeB-les.
Toute ma vie ay plus aymé beaucoup les gmn que les escus, et ne pensez aucunement que je ne m'envoise aussi content die vous que si WMiè ville estoit en vostre disposition et me l'eussiez donnée. «» La bonne dame Ait bien estonnée ds se venir eseonduyte. Si se remist encores à genoubu mais guères ne luy laissa le bon chevalier ; et relevée qu'elle fot, diat : «« Monsdgneiir, je me sentirois à jamais la plus malheureuse femme du monde, si vous n'emportiez si peu dé présent que je vous fais, qui n'est riens auprès de la courtoysie que m'avez ey-devant faicte et feictes encores à présent par vostre grande bonté. • Quand le bon chevalier la veit ainn ferme et qu'elle feisoit le présoit d'ung si hardy courage, dist : « Bien doncques, madame, je le prens pour Famour de vous ; mais allezHnoy quérir vos deux filles, car je leur vneil dire adieu. » La povre femme, qui cuydoit estre en paradis de quoy son présôit avoit esté enfin accepté) alla quérir ses filles, lesqudles esloient fort belles, bonnes et bien enseignées, et avoient beaucoup donné de passe4aaQps au bon dievalier durant sa maladie, parce qu'elles seaviricnt fort bien chanter, jouer du hit et de l'espinete , et fort bienbesongner à l'eaguille. Si fmrent amenées devant le bon chevalier, qui, cependant qu'ellet s'accoustroient, fist mettre les ducata en troia parties, es deux à chascune mille dœals et à l'autre cinq cens. Elles arrivées se vont gecter à genoulx, mais incontinent forent relevées; puis la plus aisnée des deux eommencea à dire : « Monseigneur, les denx.povres puceiles à qui vous avez fait tant d'honneur que de les garder de toute injure viennent prendre congé de vtmê, en remerciant très humblement vostre seigneorie de la grâce qu'elles ont receue, dont k Jamais elles prieront Dieu pour vous. • Le bnn cbevaUer, quasi larmoyant en voyant tant de dodceer et d'husàilité dans ces deux beOes filles, respondit : «Mes damoiselleS) vous feieta ce que je devrais faire; t'est de vous remercier de la bonne eompaignie que vous m'avez fetete^ dont je Ba'm sens fort tenu et obligé. Yonsaça*? vez que gens de guerre ne sont pas vouIenUers chargés de belles besognes pour présenter aux dames. De ma part, me desplaist bien fort que n'en suis bien garny pour vous en faire présent comme je suis tenu. Vecy vostre dame de mère qui m'a donné deux mille cinq cens ducats que vons voyez sur ceste table; je vous en donne a