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Or portai-)e mes pas, par la foule entraîné ?
Quel éclat vient s'oftir à mon œil étonné l
Pourquoi tous ces flambeaux, ces urnes funéraires,
Ces longs habits de deuil , et ces chants mortuaires >
Quel est ce monument d'écussons enrichi l
Sous un manteau de pourpre il est enseveli. ^
Pourquoi ces lames d'or , ces colonnes d'albâtre î
La mort jamais eut-elle un si brillant théâtre l
Pour qui sont préparés ces suprêmes honneurs ?.. ;
Ce fastueux cercueil n'est point baigné de pleurs.
En ces lieux, la tristesse, hélas ! n'est qu'en peinture ;
On approche, en riant , de cette sépulture :
En vain, dans sa tribune , un prêtre courtisan
Fait de l'illustre mort l'ingénieux roman •
L'austère vérité , malgré l'art oratoire ,
Tout bas , au fond des cœurs, vient flétrir sa mémoire ,
Et d'un souffle ternit ces éloges pompeux
D'un prince, le fléau du peuple malheureux ;
On honore le rang , on foule aux pieds la cendre.
En vain, sur son tombeau, du ciel on fait descendre
Un Dieu trop complaisant, qui l'absout à grands frais ;
La Raison contre lui prononce ses arrêts.
L'évêque bien payé , fait son apothéose ;
Mais on a peine à croire à la métamorphose ;
Le peuple inconséquent lui même ouvre les yeux,
Et doute des vertus de tous ses Demi-dieux.
T'nANCArs. 121
I i A vertu , de tous tems est la même en tous lieux j Partout , on est sensible aux pleurs des malheureux j Partout , on sent le prix de l'amitié sincère ; Une mère, en tous lieux, est toujours une mère.
Si le reste est douteux , nos devoirs sont certains; Et sans le doigt d'un Dieu, l'homme fait ses destiiis»
Z2Z liE Lucrèce
Invoqués tant de fois , invoqués à grands cris ,
Vos Dieux, au fond du ciel , seraient-ils endormis ?
Peuples , pour vous les rendre indulgents et propices ,
Vous prodigués en vain l'encens , les sacrifices ;
Ces Dieux présens partout , ces Dieux bons et puissans ,
Ferment l'oreille aux vœux de leurs tristes enfans.
Le pauvre en vain s'adresse aux Puissances célestes J
Pour soutenir ses jours , il convoite les restes
Qui tombent rarement de la table des grands,
Et qu'il dispute encore aux dogues dévorans.
La jeune épouse , en vain , par la douleur vaincue ,
Prête à devenir mère, au ciel porte la vue.
Et répète à grands cris : « Mon Dieu , délivre-moi,
» Si tu me rends au jour, je ne vis que pour toi. *
Du savant accoucheur la main habile et sage ,
Sans le secours du cieh, fecilile un passage
Au fardeau précieux de la mère aux abois ,
Qui deviendra féconde encor plus d'une fois.
Dévot pâle et contrit, que veux-tu que je pense De ton Dieu, qui toujours avare de clémence, Aux importunités ne cède qu'à regret, Et te fait acheter le pins léger bienfait ? Un père peut-il voir sa famile en alarmes, Tremblante à ses genoux arrosés par ses larmes , Mendier chaque jour son pain quotidien , Et le solliciter pour être son gardien l Dérot inconséquent , que ton cœur se rassure ! Par tes pleurs , à ton Dieu cesse de faire injure ! S'il est ton père, il doit, prévenant leurs besoins. Exempter ses enfans de réclamer ses soins.
Français. 1^3
1 3 I E u , dit-on , est partout. . . et partout sont des crimes ?
Les hommes sont partout ou bourreaux ou victimes •
L'or qui, sans s'arrêter, passe de main en main ,
Tous les jours, en tous lieux, est teint de sang humain.
Dans l'univers entier , rien , dit-on, ne s'opère
Sans l'ordre d'un Dieu bon. . . mais, sous un si bon père^
Pourquoi donc voyons-nous, dans ce lieu de douleur,
Chaque moment du jour marqué par un malheur l
« Le bien est fils du mal ; le jour naît des ténèbres j » Vénus a plus d'appas sous des habits funèbres • » Un bonheur continu deviendrait un fardeau. »
En est-il de la vie , ainsi que d'un tableau ? Comme un vulgaire artiste , eh quoi ! ce Dieu si sage. Pour faire ressortir un noble persormage, Immolerait -il donc le reste des mortels ? Que ceux qu'il rend heureux lui dressent des autels !
« Mais Dieu ne pouvait pas se donner des semblables ! Si
Kon. Mais pourquoi créer des êtres misérables ? Des atomes soufifrants devraient blesser ses yeux. . . Que ne s'admirait-il, tout seul, au fond des cieux 1
124 I^E IiUCB.ÈC£
r . . : r 7 . . » . . . O I la religioa,
( Innocent préjugé, paisible opinion, )
N'eût point, chez les mortels, causé plus de ravages
Que les débats nombreux des savans et des sages j
Si pour venger des mots, les docteurs tolérans
N'eussent point animé les peuples ignorans ;
Si l'intérêt , masqué sous le nom d'un saint zèle.
N'ensanglantait jamais la divine querelle •,
Si Rome et la Sorbonne, au gage du ligueur ,
N'eussent rendu cruel des peuples le meilleur • . . ^
Ma muse sur la scène aurait chargé Thalie
D'amuser aux dépens de la théologie ;
A côté de l'Avare , auprès de Trissotin ,
J'aurais fait comparaître Origène et Calvin.
Mais encore aujourd'hui, la raison elle-même , '
Suffit à peine, hélas ! pour combattre un systèm»
Consacré par la crainte, affermi par le tems :
Four effrayer lea Dieux , il fallut des Titaua.
Français. I25
OORBONiQUE docteur , tu dis : il est un Dieu !
En même tcms , dis-moi : sous quels traits , en quel lieu»
A-t-ii manifesté sa divine existence ?
Pour la rendre sensible à notre intelligence,
Pourquoi donc employer le fer et les bûchers ?
Pourquoi, diins nos pasteurs, voyons-nous des Bouchers l
Vêtus de la toison de leur troupeau , les traîtres
Egorgent leur troupeau pour lui prouver ïes maîtres.
jz6. liE Lucrèce
I L n'est point de vertus, si l'on admet des Dieux. Effrayé du Tartare , alléché vers les cieux ,
A la crainte, à l'espoir, tour-à-tour l'homme en proie ^
N'est plus rien par lui-même, et jamais ne déploie
De son cœur généreux les sublimes élans ;
Sous la verge invisible, il marche à pas tremblans ,
Duns le cercle tracé par la théologie ,
Et n'ose se livrer à sa propre énergie.
Tel le coursier, jadis bondissant dans les bois. S'il tombe entre les mains des écuyers adroits ; Sous les murs d'un manège, esclave d'un esclave,.
II végète sans gloire j ou meurt dans une entrave.
Français. xvj
li X X X V I r,
I R i T R E ! k tes saints autels, pour amener le sagCj Donne-lui de ton culte une plus haute image :
Dans nos temples mesquins quand il porte ses pas,
II clierche Dieu par-tout et ne le trouve pas • Sa foi chancelé, expire au pied du sanctuaire.
« O honte ! Quoi ! c'est là le maître de la terre !
» Quoi ! l'homme ( se dit-il ) tient sous la clef son Dieu •
V L'homme , quand il lui plaît, le promène en tout lieu... » L'âge mûr rend un culte aux hochets de l'enfance j
V Les grelots de l'enfant, le vieillard les encense. . . .
» Du moins , aux yeux de l'homme , on ne devrait ofixir y Que des objets qu'il puisse adorer sans rougir. ^
tsB liE Lucrèce