‹ Le Lucrèse françaisChapitre 20 sur 33 · XXXI · texte numérisé non relu

XXXI

Et les I5îeux et les rois ! voilà le double écueil Qu'évite, en louvoyant, la manœuvre du sage : Sa boussole est son cœur -, sans cesse il y tient l'œil * Et son léger esquif rentre au port sans miufrage.

tyes peuples à leurs maux ne trouveront de trêve ,

Que lorsque rappelés à leurs antiques droits,

Se gouvernant cux-mème, ils réduiront leurs rois

A n'être désormais que des rois de la fève.

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Maudit soit le premier qui dit à son semblable: « Je veux être ton maître -, obéis et sers moi. » Maudit soit >i jamais l'homme non moins coupable^ Qui dit à son égal : « je me soumets à toi. »

De cenioment, hélas ! la terre consternée , Eevint une prison pour tous ses habitans • Guichetiers couronnés, vingt ou trente tyrans, Sous clef, tiennent la foule à gémir Condamnée.

Du fond de son cachot, malheur au prisonnier Qui crirait ; liberté ! d'une voix téméraire • Un plus étroit cachot deviendrait son salaire : Ce mot réveillerait la meute du geôlier. , . >

Combien de tems encor durera l'esclavaHe l Nos fers , ils sont si vieux qu'ils devraient être usés J Soulevons-les d'abord-, puis osons davantage j Essayons de les rompre, et nos fers sont brisés.

Quittons de nos cités la demeure infernale : plus de roi, plus de prêtre ! à nous-mêmes rendus * Libres et dégagés de tous nœuds superflus ^ Fciiions revivre euiin la loi natriarch-aie.

Français, z^rj-

Exeroons-nons en j);iix aux vertus doniestiques-, Mesurant no^ désirs sur les besoins tiii cœur ; Et que chaque famille , en ses foysrs rustiques, Trouve, sans le cliercher, un facile bonheur, l

Montrons-Hous les onfans de nos premiers ancêtres, \ Fiers d'être Homme , ( il, n'est, rien au-dessus de ce nom. ) Rentrons dans tùus nos droits, ne souffrons j)lus de maîtres ^ Et ne laissons régner sur nous que la raisoix.

De la dignité d'homme, es-tu j;doux encor ! Mortel ! cra^,ns-tu les maux du pouvoir arbitraire l' Veux-tu réaliser le paisible âge d'or ? ... , (/urde-ioi d'obéir à d'autres qu'à ton pèrq.

Je voudrais rendre l'homme à ses vertus premières, j Du règne paternel lui rappeler les lois 5 Substituer ççfin, comjue il sied à des frères. Le bâton pastoral au sceptre d'or des roii. .

Si pour bien gcaiverner sa famille , un bon. père^ Ne saurait, apporter trop grande attention : Or donc, pour bien régir toute une nation. Qu'on m'apprenne coiAiment un nicuarcrue peu,t fj.ir.c ?

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L'auguste Vérité n*a point son sancluaire Dnns le palais des rois , ou le temple des Dieux, Et les rois et les Dieux ont besoin du mystère j Au sein de la nature elle s'offre k nos yeux.

Couverte d'un manteau , pour n'être pas connue , Toujours errante, il est une divinité Sans asyle, sans culte, et par-tout nial-venûç ; Reconnais a ces traits l'auguste Vérité !

De la fable, un esclave imagina le fatd , Pour ménager son maître orgueilleux et fantasque : L'auguste Vérité plaît au sage sans art , Et ses traits sont trop beaux pour les charger d'un masque.

Respecte la chaumière oii le pauvre vit libre ; N'attaque point le droit de la propriété : C'est le premier de fous ; il maintient l'équilibrcj Et sert de base aux lois de la société.

Acceuille sur ton champ le timide glaneur ; Le destin lui fuit-il une assez grande injure ! . • ." Il vit de tfs bienfaits , lui ! fils de la niitnre , Qui devrait être aussi connue Ici mcissonnc-T.

Français. |8t^

Tu dors: et sur le seuil de ta porte outrageante. Le pauvre veille ;i jeun • riche, ouvre-lui ta main J Crains les retours du sort: la fortune est changeante J Au plus beim jour, succède un triste lendemain.

xn X.

Heureux l'homme qui sait se suffire à lui-mêmfe ; Qui ne doit qu'à lui seul ce ^u'il est, ce qu'il fuit ; Etre son bienfaiteur , est le bonheUr suprême 1 Qui s'oblige, n'a pas à rougir du bient'iùt.

Crains la foule; le sage avec grand soin l'évite* Souvent la foule entrai ne oîi l'on ne voudrait pas: Qui chemine a l'écart est maître de son pas', Qui marche toujour» droit, toujours marche assez vite.

L'opinion vulgaire est comme une denrée, Dont le prix hausse et baisse au r«tour des saisons; Le sage au bruit des sots a l'ame préparée; Il prend peu garde au nombre, et pèse les raisona,

Au bonheur du méchant , ne porte pas envie 5 La rose est sur sa t^te, et l'épine en son cœur. Il s'environne en vitin des pliiisirs de la vie; II porte en iui son juge cl bcn accusateur*

Lço- lifi Lucrèce

La Vertu marche à pied et souvent mal vètua; Le vice sous la pourpre aime à nous éblouir . . . Tout est bien.... La Vertu craint-elle d'être nuç ? Le vice n'a-t-il.pas sa laideur à couvrir l

Au bout de l'univers pourquoi courir l Le sage., Sans quitter ses foyers , voit beaucoup de pays.: L'homme j hélas ! ne vaut point les frais d'un long voyage. Et le même par-tout, ne change que d'habits.

L'arbre trop agité ne peut prendre racine: Ce n'est pas en courant, qu'on saisit le bonheur; A le chercher bien loin l'homme inquiet s'obstine; 11 est. d. notre porte: ouvrons-lui notre cœur».

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