DÉBUT D'UN AUTRE P O Ë M E
1 , E mal couvre la terre et triomphe du bien.
La vérité se tait à la vois du mensonge.
Tonte règle est brisée ; il n'est plus de lien -,
Et la raison sommeille • et l'ordre est un beau songe.
L'univers a besoin d'être régénéré.
Encore un peu de tems ! et le voile sacré Qui couvre h nos regards le front de la nature. Par la main du génie est enfin déclaré. Encore un peu de tems ! et l'homme à TavanturCj Sur tous les points du globe, errant désespéréj Revenu sur ses pas, honteux de sa faiblesse, Eoit faire refleurir son antique noblesse. Et doit de la raison voir le jour épuré. Encore un peu de tems ! et tous ces noms bisarres , De monarque , de Dieu , de peuple et de sujet ; De maître et de seigneur, de prêtre et de valet j Tous ces noms inventés dans des siècles barbares, Feront place au nom d'homme. Encore un peu de tems ! Et de cet univers, les heureux habitans, Au sein de leur famille, et sous l'œil de leur père, N'admettront, tous égaux , nés de la même mère, Que deux castes pour tous : les bons et les méchans.
Tous nos malheurs sont dus à la société. L'homme perdit ses droits à la félicité ,
Français. 2i3
Du moment qu'il osa, iriiiu; jDuiii criiiiiiiclle.
Substituer un code h la voix paternelle.
Pour vivre heureux et bons , avions-nous donc besoin
De ces pactes civils rédigés avec soin ;
De tous ces longs traités que la diplomatique,
Dans ses tomes poudreux, pesamment nous explique ?
L'homme, dans sa famille , eut pu voir à la fois,
Ses magistrats, ses Dieux, sa patrie et ses lois. . . <
Monumens du mensonge et de la tyrannie ! Disparaissez enfin : faites place au génie ! Le genre humain , honteux de ses longues erreurs , Demande une réforme, appelé d'autres moeurs. L'homme n'est point heureux , et l'homme est né pour l'être. Qui lui dira comment l Ce t,era moi peut-être.
Au nom de la Raison , mère des bons desseins, J'ofï"re une loi nouvelle aux hommes, mes semblables. Je viens substituer à leurs lionteuses fables, Un culte moins bisarre et des devoirs plus saints. Pour frapper les esprits, je n'ai point de miracles ; Sur un trépried sacré , je ne rends point d'oracles. Ces ressorts sont usés, même aux yeux des enfans. IMoïse , Mahomet et d'autres personnages , îs'ont fait que des croyans ; je veux faire des sages. La Raison, la Vertu , voilà mes talismans.
Peuples ! sortez enfin de votre longue enfance. Brisez, en rougissant, les tables de vos lois. Peuples ! de la Raison, le règne enfin commence. Apprenez vos devoirs, et connaissez vos droits.
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