FRAGMENT D'UNE ÉLÉGIE
A H ! pourquoi l'autre vie est-elle une chimère ? Il m'eut été si doux, à mon dernier moment. De te dire : « Zoë ! toi qui me fus si chère ! Mon cœur n'entrera point dans le froid monument. Revêtu désormais d'une forme plus belle, Dans un monde meilleur , il t'attend, il t' appelé. C'çst-Iîi que nous pourrons, sans jaloux, sans rivaux. Savourer des plaisirs purs et toujours nouveaux. Je vais marquer ta place à côté d'Héloïse ».
Espqir., dont si long-tems mon ame fut éprise. Pour renoncer h toi, qu'il m'en a donc coûté ! Trop douce illusion ! . , . cruelle vérité ! IMais interdisons-nous un indiscret murmure j Réparons,, s'il se peut, les torts de la nature. Si tout meurt avec nous ; s'il est possible , un jour , Que je perde h-la-fois 1^ vie et mon amour ; S'il faut qu]un jour ma main, glacée et défaillante, Ne puisse plus presser le seiu de mon amante • . . ., ( Ce jour est loin encor , si j'en crois mes désirs. ) Tarissons , ma Zoë l la coupe des plaisirs. Au flambeau de l'amour, du Tems brûlons les aîi<?s : Aimons-nous ! Jouissons ! Hàtons-nous d'être heureux. Ne nous consurpons pas en inutiles vœux. Mais dans l'art de jouir, fournissons des modèles. Ah ! ne nous quittons plus. Presse-moi dans tes bras*. Dans mes regards bràlans , ivre de tes appas ,
Français.
Rcconniiis Ion pouvoir • partage mon ivresse. Ptovoqite-moi ; rens-moi caresse pour caresse. Que ma bouche attarht'e à ton sein haletant, Des mêmes feux embrAsc et l'amante et l'amant ! Que nous importe alors l'avenir et ses craintes l Qu^ la faulx du trépas , sut nous en ce moment Se lève , pour frapper ! Dans nos vives étreintes, La mort sera pour nous, épuisés de désirs. Ce paisible sommeil qui succède aux plalsirâ.
Ziè IjE Lucrèce