DU LUPUS EN GENERAL
Quel qu’en soit le siège, et malgré la diversité des àspects sous lesquels il peut se présenter, le lupus se propage toujours de la même facon et évolue toujours d’une manière identique. C’est pourquoi nous avons pensé que nous ne pouvions nous dérober à l’obligation de rappeler le plus brièvement possible, les notions classiques. D'’ailleurs, de cette manière, nous n’aurons pas à répéter plus tard, à propos du lupus localisé au creux poplité, ce que nous aurons déjà dit iei.
Définition. — Depuis l’époque où l’on désignait sous le nom de lupus des affections rongeantes et ulcéreuses de toute nature, la signification de ce mot a changé. Après Villan, on ne donna plus, en effet, le nom de lupus qu’à des dermatoses, dont le tubereule était la lésion essentielle, que ce tubereule arrive ou non jusqu’à la caséification et jusqu’à l’ulcération. Bientôt on ajouta un élément de plus, la spécificité, due au bacille de Koch. | |
En France même, on va plus loin. On a fait entrer et on a maintenu dans le groupe des lupus, d’ailleurs après bien des hésitations, et surtout grâce aux travaux de Besnier, le lupus érythémateux.
Les auteurs étrangers, dans leur presque totalité, n’ad-
mettent pas cette opinion. [1 serait trop long pour nous, et hors de notre sujet, d’examiner les discussions non encore terminées à l'heure actuelle, sur cette question.
Qu'il nous suffise de dire que la théorie de l’origine tuberculeuse à laquelle se rallient nombre d’auteurs, repose sur des arguments sérieux, et qu’en tous les cas il y à intérêt au point de vue de la description à garder le lupus érythémateux dans le groupe général des lupus.
Nous accepterons done la définition donnée dans le Traité de chirurgie de Duplay et Reclus, qui permet le maintien intégral de ce groupe. |
« Les lupus sont diverses dermatoses caractérisées par une tendance à la formation d’une cicatrice indélébile et une marque serpigineuse. Peu importe d’ailleurs que la cicatrice ait été ou non précédée d’ulcération. »
ErTioLoGrE
Comment le bacille de Koch arrive-til à la peau et comment y produit-il la lésion lupique ? Il faut tenir compte de l’individu, du baalle et de la peau. L’inoculation peut se faire chez un individu sain. C’est dans ce cas qu'interviennent toutes les causes occasionnelles qu’on a citées (dénudation épidermique, eezéma, impétigo, furoncle, séborrhée, acné, brûlure, engelure, piqûre, coupure, frottements, traumatismes de toute sorte, et même traumatisme chirurgical. On cite, en effet, le cas de lupus développé sur une cicatrice opératoire.)
Il n’est pas besoin de démontrer comment un individu sain peut s’inoculer le bacille de Koch au niveau d’une érosion de la peau, accidentelle ou pathologique, Quel est celui de nous qui n’a Jamais été en contact avec un tuberculeux ? Le bacille de Koch ne se rencontre-t-il pas,
++ d’ailleurs, d’une facon permanente, dans le milieu où nous vivons ? à
Le lupus peut aussi être le résultat d’une auto-inoculation locale chez un sujet tuberculeux, et dans ces conditions, le tégument externe peut être inoculé de différentes façons : par continuité, par des foyers tuberculeux profonds, à distance par un virus tuberculeux puisé loin du point d’inoculation par les lymphatiques, ou par les vaisseaux sanguins.
Les cas sont nombreux de lupus développés chez un tuberculeux ouvert, où chez un tuberculeux à foyers suppurants : lupus de la face, des extrémités, par grattage, de la marge de l’anus chez des sujets atteints de tuberculose intestinale, ete.
Quels seront maintenant les sujets qui, en dehors de toute autre lésion tuberculeuse, seront le plus enclins à contracter le lupus ? Le ;
Le lupus est beaucoup plus fréquent chez la femme que chez l’homme (un lupus chez l’homme pour deux chez la femme, en moyenne). Les raisons n’en sont pas faciles à saisir. La plus grande délicatesse de la peau chez celleci, les perturbations de la fonction menstruelle, la moins grande abondance des parties velues, qui seraient plus résistantes, toutes ces raisons ont été données.
Les jeunes sont aussi plus exposés que les adultes, et Leloir à pu dire que « l’âge était presque pathognomonique de l’affection lupique et de ses variétés ». D’après lui, à ce seul signe on pourrait diagnostiquer les lésions lupiques des lésions syphilitiques, ces dernières se produisant plutôt chez l’adulte, les premières chez l’enfant,
On pourrait même, d’après l’âge seul, diagnostiquer le genre du lupus, le lupus vulgaire étant caractéristique de
An] RE la première enfance, le lupus érythémateux survenant plutôt à un âge voisin de l’âge adulte,
Les lyÿmphatiques sont aussi plus sujets que d’autres à voir apparaître chez eux le lupus. De fait, ce tempérament est nettement plus tuberculisable que les autres. Et pourtant, les tuberculeux deviennent rarement des lupiques. Nous en trouverons tout à l’heure la raison en étudiant le rôle du bacille.
Les renseignements climatériques tendent aussi à faire admettre que le lupus se rencontre partout dans les régions tempérées, humides et froides. Il y a plutôt là une cause prédisposante qu’une véritable cause déterminante.
Il en est de même de l’hérédité, qu’on a voulu ineriminer. Pourtant, on n’a jamais rencontré de lupus congémital indiscutable, et cependant souvent on peut voir des membres nombreux d’une même famille frappés par le lupus, sans que l’on puisse incriminer la contagion, car Jamais on n’a pu inoculer le lupus à l’homme en partant du lupus.
Reste à examiner maintenant le rôle du bacille et le rôle de la peau inoculée dans la pathogénie du lupus.
Pour le bacille, bien que cela ne soit pas établi d’une facon définitive, il semble bien que pour que la lésion s’arrête au lupus, il faille un microbe atténué ou un petit nombre de microbes, car les lupus sont, en général, des tubereuloses de virulence médiocre.
C’est ce qui explique sans doute que les sujets en puissance de tuberculose virulente, deviennent rarement des iupiques. Mais cela n’a rien d’absolu, car certains cas où il se développa un lupus par l’inoculation avec des produits pris chez un sujet mort de tuberculose, par conséquent avee des produits virulents, et probablement en nombre suffisant, prouvent que parfois le lupus peut
AU LS naître de produits virulents. [Il y a évidemment là des points inconnus qui seraient à élucider.
Quant à la peau, elle est le terrain sur lequel va se développer l’infection. Rien d’étonnant donc à ce qu’elle ait son importance dans l’étiologie. Tout d’abord, la peau normale est incontestablement un mauvais terrain de culture pour les microbes, qui ne tardent pas à y succomber, ce que démontre péremptoirement l’expérience de Vallas, dans laquelle des produits d’ulcérations tuberculeuses inoculés à un cobaye et à trois lapins donnèrent un résultat négatif chez les lapins.
Bien entendu, toutes les causes occasionnelles que nous avons énumérées plus haut au sujet de l’individu, et qu agissent en diminuant la vitalité du tégument externe, de même que l’âge, le sexe, le tempérament, dont nous avons aussi parlé, et qui ont-leur influence sur la peau, modifient plus ou moins le rôle de ce terrain qu’est la peau dans l’infection lupique.