FRANÇAISE
a lumière naît quelquefois du choc des ;omparaisons , et c'est au sein même des * divers extrêmes que nous allons signaler, ju'un nouveau législateur pourra saisir le type des rapports si doux, si nécessaires qu'il convient d'établir immuablement entre deux sexes , dont l'un est devenu trop ja^ loux de sa prééminence, tandis que le plus grand défaut de l'autre, peia-être , est d'oublier les vertus qui l'honorent, pour faire ressortir les agrémens qui, souvent, compromettent sa dignité.
» L'ignorance couvrait , de son aile ténébreuse, notre belle patrie; on n'y gavait même pas aimer; l'amour, au lieu de son flambeau, portait une torche empruntée aux furies; sa flèche légère était remplacée par un terrible cimeterre, qu'il agitait au gré de ses fougueuses passions; en un mot, les femmes, privées d'admirateurs, n'avaient plus que des maîtres, lorsque la chevalerie et la galanterie naquirent enfin , et , j umelles aimables, furent bercées ensemble sur les
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genoux de la France , qui venait de Jeui? donner le jour.
w La galanterie, connue toutes les pas-^ sions naissantes, alla d'abord jusqu'au fanatisme : à peine sortie du berceau , elle exerça sur les hommes un empire égal à celui de Tamour. Dans ces siècles recules, les paladins ne faisaient pas entendre aux dames ces fades complimens , ces protestations fallacieuses qui, plus tard, les ont ennuyées ou séduites ; ils n'effeuillaient point sur leurs pas les pâles fleurs du madrigal ou de l'acrostiche; c'était le casque en tête, la lance au poing qu'ils savaient leur rendre hommage et les protéger. Nui chevalier n'hésitait alors à courir au bout (lu monde se faire pourfendre à la gloire d'une belle châtelaine que , souvent, il n'avait aperçue qu'à travers un voile jaloux.... Heureux temps où les preux versaient plus de sang pour l'honneur des , femmes, que nos petits maîtres d'aujourd'hui ne répandent de parfums pour aider à leur déshonneur!
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» Cependant, cette espèce de culte devait subir la révolution , plus ou moins tardive , que le destin réserve à toutes les institutions humaines : il s'affaiblit bientôt en raison du facile accès que les hommes eurent auprès de la beauté ; et celle-ci perdit presque tous les attributs de sa divinité, dès qu'on put déposer sur ses genoux les offrandes qu'on n'avait encore osé placer qu'à ses pieds. Ce fut, je crois, à la cour de François Iei\ que la galanterie, jusqu'alors prudente et sévère , revêtit tout à coup les couleurs de la volupté. Plus séduisante sous cette parure nouvelle, elle sut, h des époques différentes , entourer de ses guirlandes l'astucieuse d'Etampes , la belle Diane de Poitiers, la tendre d'Estrées, la pudique La Vallière, l'adroite Maintenon; enfin, elle fit une ardente prosélyte de cette autre Lasthénie qui souscrivit témérairement vm billet payable en fidélité : de cette Ninon , dont les cheveux blancs furent encore enlacés de myrtes , et pour qui le sa-
,/jG l-A CALANTERIlî
blicr du temps marqua ensemble .lo«7,e lustres et l'heure du plaisir.
„ Plus tard , on vit commencer «ne autre période de galanterie; et c'est au règne de
Louis XV que l'on doit rapporter la na.s-
3,„ee de cette chevalerie à l'eau -rose
nue MarivauK et Dorât ont, par malheur
reproduite sur notre scène , tandis qu,
Marmontel enrichissait plus heureusemen
notre littérature de la peinture grac.eus.
cu'il en a faite. L'époque dont je pari
produisit ces charmans colonels qu. pas
saient une revue en battant des entrechat
croisaient le fer en fredonnant ,ni refra.
de vaudeville , et brodaient au tambo«
répée au côté. Le même temps vit papi
loter ces petits abbés poudrés, musqué:
pinces , espèces de joujoux galans qu munis d'un TibuUe ou d'un Ov,de, se gh saient furtivement à la toilette des belle
où ils avaient su se rendre auss. necessa ,.es que les flacons et. la boîte auK mo ches On les a vus même assister au lev ,1e plus d'une gentille comtesse....;-
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gardons-nous d'en médire , les dames d'alors assurent que les abbcs étaient sans conséquence.
» Le croirait-on? ce commerce frivole est la galanterie que l'univers admire : Celle dont l'Anglais veut balbutier le langage , un verre de punch à la main ; celle dont l'épais Germain essaie d'exhaler l'expression avec la fumée du tabac qu'il fume incessamment auprès de sa maîtresse.
» Mais, lorsque les étrangers s'efforcent à l'envi de suivre l'exemple qu'ils tiennent de nous , voyons comment nous avons su le conserver nous-mêmes. La brillante so» ciété que nous venons de quitter ne peut être suspectée de mauvais ton; jugeons, d'après elle , ce qu'est , à l'heure où nous parlons, cette galanterie française tant renommée. Saint-EIme entre dans le salon: une légère inclination, dans laquelle sa colonne vertébrale n'a décrit que la douzième partie du cercle, est l'unique salut <[u'il ait fait; cinquante personnes doivent se contenter de cette politesse collée-
t/|8 la GALAIN TERlIi
tivc. Miirville, qui paraît ensuite, le pouce engagé dans l'emmanchure de son gilet, s'incline peut-être un peu moins encore, et toute la jeunesse masculine que je vois entrer après eux, ne s'impose pas un cérémonial plus austère. En société, les galans de la vieille roche se tapissaient, en quelque sorte, derrière le fauteuil des dames pour leur adresser de ces jolis riens <prelles aiment à entendre; les jeunes gens du jour, autrement inspirés, se groupent sans façon devant ces dames , dont les mœurs , la parure , les charmes deviennent tour à tour l'ohjet de leurs plaisanteries ^ si ce n'est pas celui de leur critique amère. « Ce soir , la conversation paraissait fort animée dans un de ces petits comités satiriques ; invisible , je me suis approché pour en connaître le sujet. Il s'agissait de déterminer si l'on devait considérer comme vieille ou comme jeune (car ces messieurs n'admettent pas de terme moyen ) une belle femme que l'on regardait avec une extrêfne indécence. Au moment où j'arrivai , i}
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venait d'être décidé à la majorité absolut: que cette femme était vieille... elle avait >;ii;igt-cinq ans au plus. L'un des discoureurs, dans le feu de la discussion, avait marché sur le pied de madame de Merval, qui passait près de lui; je pensais que mon étourdi allait sq répandre en excuses; peutêtre en avait-il le projet; mais il fallait se retourner promptenient : ce mouvement pouvait déranger sa cravate.... l'offenseur a mieux aimé passer pour impoli que de compromettre sa toilette, et l'offensée a regagné son fauteuil en boitant.
« A la danse, nouveaux sujets d'admiration. Après une invitation où la politesse entre pour fort peu, le cavalier, en frottant ses cheveux de la main gauche, présente la droite à sa dame; les voilà placés. On croit peut-être que le danseur va remplir l'intervalle d'une figure à l'autre en liant une conversation décente avec sa danseuse; il a parbleu bien autre chose à faire : ne voit-il pas dans cette glace l'objet le plus cher à son cœur, lui-même, et
l5o LA GALANTKP.IE FR ANÇAISK.
peut-il S imposer une outre obligation que celle de s'admirer? Jadis, aj)rès une contre-danse, on reconduisait sa dame;, -'On s'empressait de lui faire apporter des rafraîclîissemcns. Abandonnée aujourd'hui au milieu du salon, la danseuse haletante retourne h sa place comme elle peut, et elle évite une fluxion de poitrine, si les valets songent à lui présenter une boisson pectorale.
» Sans doute , messieurs les jeunes gens a. la mode , vous trouverez ce tableau de "VOS méfaits beaucoup trop rembruni; j'en, suis fâché; mais il est fidèle. Que diriezvous donc, si je peignais votre conduite envers les femmes dans le commerce privé?.... Soyez tranquilles, je n'en ferai rien... Et vous, mesdames, qui regrettez cette galanterie délicate, empressée, constante qu'on ne trouve plus, hélas! que dans les romans, je vous plains de l'avoir perdue; mais convençz que c'est un peu voire faute. »
UIV TÉLESCOPE MAGIQUÏ:, etC. l5l