‹ Le lutin couleur de feu, ou, Mes tablettes d'une annéeChapitre 55 sur 92 · LE MUSEE DE LA MODE · texte numérisé non relu

LE MUSEE DE LA MODE

.LE MUSÉE DE Là MODE.

( Janvier. )

>i , comme l'a dit im philosophe moderne, n peut faire un gros hvre sur Vabus des hoses ^ on en ferait »ni non moins vohimileux sur Vabus des mots : ce sont devLK sujets essentiellement moraux que je traierai quel([uc jour, et, quand cette fantaisie me prendra , je n'éprouverai certainement d'embarras que dans le choix des matières.

Ce que je viens de dire, je le pensais un matin de la semaine dernière, en suivant Azédor, qui m'entraînait voir un établissement qu'il a plu à son fondateur de nommer /e Musée de la mode. Musée et nu3de , voilà deux mots qu'un grammairien n'accoupla jamais. Le premier donne l'idée d'ime collection d'objets pins ou moins précieux, réunis pour l'instruction ou pour

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la jouissance de plusieurs générations; le second sert à désigner un être si léger, si fugitif, si vaporeux que souvent il a subi deux ou trois métamorphoses avant qu'on ait pu le ^saisir. Mais cette réflexion ne s'est pas même offerte à la pensée de M. B*"*, lorsqu'il s'est avisé d'ouvrir sa galerie; et l'on conviendra qu'en sa qualité de tailleur, il n'était pas obligé de raisonner comme vm Condillac.

Le lecteur pénétrant a déjà deviné , peut-être, que le musée de la mode n'est autre chose qu'une friperie; mais c'est une friperie du meilleur ton , une friperie clas sique. Les plus célèbres artistes de la capitale y viennent chercher des modèles : c'est à Rome que le statuaire acquiert le grand art du ciseau; c'est rue Vivienne , no. 8, que le tailleur se perfectionne dans l'art plus grand des ciseaux.

Une foule empressée afflue sans cesse dans ce temple du goût; qui pourrait en être surpris? on y trouve les élémens de cette parure à laquelle on doit, chez nous,

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un succès éclatant, qu'on obtient rarement sans elle. Ici, l'homme amaigri par le culte trop fervent ou trop hasardeux qu'il rendit aux amours , retrouve au moins le simulacre des formes qu'il a perdues , grâce à riieureuse combinaison des coussins qui garnissent le pantalon dont il a fait choix; là , plus d'un galant suranné cherche à dissimuler sous un frac h la russe un exces&if embonpoint décrédité dans l'esprit des dames ; plus loin , un Anglais s'habille à la française pour retourner à Londres , et un Français se met à l'anglaise pour rester à Paris ; tandis que certain fonctionnaire nouvellement promu marchande , avec un habit brodé, les égards, l'importance, la considération. Au moment où nous entrions, deux publicistes renommés se glissaient dans un cabinet, d'oii nous les vîmes bientôt ressortir; ils avaient changé d'habits : ceux, qu'ils venaient de prendre ressemblaient, pour la forme, à ceux qu'ils délaissaient; nous remarquâmes seulement

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que ces messieurs avaient choisi une nouvelle couleur.

Parmi les personnes qui venaient encore au musée de la mode chercher le principe de la réussite qu'on ohtient par l'haTsit, j'aperçus les auteurs de Maidius et Croque- Mitaine avec celui à' Héciibe et Polixene : « Il est trop tard, leur dit le conservateur du musée en remuant négativement la tête, votre chute est hien et dûment constatée^ et tout ce que je puis faire pour vous c'est d'offrir un deuil complet à vous et à vos \\( partisans. » Mon lutin me montra , non loin ; ||| de ces infortunés, quelques journalistes qui i d voudraient bien être fameux. « Que pré- | ^ tendez-vous que je fasse en votre faveur ? continua M. B*** en leur adressant la parole. La mobilité de vos goûts , de vos opinions, de vos consciences, est telle que je désespère de vous satisfaire. Vous avez adopté vingt couleurs différentes seulement depuis cinq ans ; tâchez , messieurs , d'être un peu moins variables , et surtout un peu ^

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plus conséquens, si vous voulez qu'on vous habille à votre guise. »

Nous allions écouter ce que M. B*** disait à deux petits médecins qui venaient d'entrer en fredonnant uo refrain de la Fenêtre Secrète , lorsque notre attention fut appelée vers un rassemblement formé à l'autre extrémité du salon; nous nous v rendîmes : « C'est en vain que les partisans des vieux usages se débattent ( disait un jeune homme mis au dernier goût); le changement s'opérera par la force des choses; je parie cent louis avec le plus hardi que nous touchons à une révolution... dans la forme des collets. Diable, me dit Azédor, voici qui devient sérieux; approchons-nous davantage. » IN^ous ne fûmes pas long-temps parmi les discoureurs sans apprendre qu'ils étaient divisés en deux partis : les vehistes ou partisans du velours, et les drapisles ^ ou défenseurs du drap. Les premiers formaient le coté droit , les seconds composaient le côté gauche; le centre était occupé par ceux des votans qui,

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pour un dîner chez Véry , étaient disposés à prendre indistinctement le velours ou le drap. Comme je \is que rassemblée allait se former en comité secret, je proposai à mon lutin de sortir avant qu'on nous éloignât d'autorité du lieu des séances ; ce qu'on eût fait avec d'autant plus de prudence que, l'affaire des collets décidée, on devait délibérer sur un objet plus important encore : il s'agissait de déterminer si,l l'été prochain, les pantalons seront larges ou étroits, longs ou courts.... cependant, comme Azédor a des intelligences dans le grave conseil où cette importante question a été débattue, mes chers lecteurs peuvent être assurés que je leur rendrai compte du résultat de la discussion avant les prome» nades de Longchamp.

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