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ru- en m'embrassant); soyez le bienvenu,
nOus allons déjeuner ensemble. Et tandis
Lie , d'une main , il étreignait mes doigts
une manière douloureusement amicale ,
3 l'autre , il agitait vivement la sonnette.
près un espace de temps assez long pour
e faire soupçonner que le vieux céliba-
ire n'était pas promptement obéi, je vis
itrer une volumineuse gouvernante d'en-
ron trente-six ans , déjà parée, et tenant
i paroissien doré sur tranche. « Vite ,
iliette (continua Saint-Far), des huîtres,
n pâté froid, quelque côtelettes et deux
3uteilles de Grave. Tu vois, ma fille, le
;ign«ur Azédor , mon meilleur ami. —
5 en suis fâchée pour monsieur, mais ce
éjeuner-là ne peut pas avoir lieu. — Eh !
liOiu'quoi donc, Juliette? — Parce que
i\cques , qui l'aurait servi , est parti ce
latin pour la campagne. — Le drôle !
ms ma permission. — - Je la lui ai donnée ,
otre permission ; ce pauvre garçon m'en
( tant priée ! Et puis il a l'air si doux! —
.lions, voilà qui est bien.... Mais toi , pc-
Pl6 LE MENAGE
tite, sers-nous. — Mon dicai! monsieur ne veut pas se rappeler ([ue nous avons aujourd'hui le sermon de ÎM. Tabbé *** sur l'excellence des missions. — Voilà , certainement (interrompis-je) une raison sans réplique. — En ce cas, elle va nous donner une tasse de café. — IS^on, mon ami , c'est moi qui vous l'offre chez le limonadier , votre locataire. Venez , vous êtes à merveille en robe de chambre; nous ne sortons pas de la maison. — Puisqm cela peut s'arranger ainsi , reprit Saint- Far, va , ma fille, va; et sois de retour ; midi , pour m'habiller. » T^ous descendhne
au café.
» — Je souffre les licences de cette fill un peu plus que la raison ne le comporta me dit en riant le vieux garçon, quan nous fûmes aux prises avec nos petits pain
jnais Mais elle est moins sévère qu
la sagesse ne l'ordonne , et cela fait compei sation. —D'ailleurs, nous autres homme il faut bien que quelqu'un nous mène. - La nécessité n'en est pas reconnue. — '
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€st si difficile de vouloir fermement. — Bon, vous cédez aux volontés des autres pour vous épargner la peine de persister dans les vôtres. — Ma foi, mon ami, c'est précisément cela. — Je vous en fais mon compliment, a
«Tandis que je parcourais les journaux, le limonadier sollicita de son propriétaire quelques réparations , dont , par suite d'une mésintelligence avec Juliette , il n'avait pu faire arriver la demande jusqu'à lui. Cette affaire fut promptement arrangée, et nous remontâmes chez Saint-Far, après avoir paye le tribut de rigueur à la politique , en commentant à la manière accoutumée, c'est-à-dire, la plus inquiétante, quelques articles innocens sous la rubrique d'Augsbourg et sous celle de Francfort.
» La gouvernante était rentrée ; elle procéda sur-le-champ à la toilette de son maître. J'avais beaucoup de peine à réprimer l'envie de rire qui me gagnait, en voyant la gravité avec laquelle mon vieux ami se
lO
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laissait reprocher les taches de tabac que Juliette remarquait sur sa cravate. Mais une discussion sérieuse faillit à s'engager entre elle et lui , à roccasion d'un changement de pernu|ue : Saint-Far avait coutume d'en porter une à queue, et c'est une titus qu'une main hardie va placer sur sa tcte chenue! son mécontentement éclate; peut-être va-t-il prononcer un je ne le veux pas depuis vingt ans étranger à sa bouche,/ lorsque Juliette, qui vient d'escamoter la pose de la perruque en litige, s'écrie d'une voix triomphante, en poussant son maître vers la glace ; «Voyez, ingrat, si je ne vous ai pas ôté dix ans. » Mon ami, convaincu d'avoir regagné deux lustres sur le temps, en perdant une queue, après tout inutile, finit par rire comme un fou, et la substitution fut consommée.
» Le mystère peut avoir quelques momens d'oubli ; la malignité n'en connaît point. Juliette, pour faire disparaître la robe de chambre de Saint-Far, souleva le rideauf d'une alcovc : ce mouvement fut rapide!
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comme l'éclair , mais mon œil fut plus prompt encore. Une porte ouverte au fond de l'alcove , me prouva qu'elle communiquait à une seconde chambre à coucher, et certaines parties d'ameublement ne me permirent pas de croire que cette chambre fût celle de Jacques.
» Cependant nous venions de nous mettre à table, car Juliette avait bien voulu permettre que je dînasse avec son maître, lorsque Saint-Far reçut une lettre , qu'il me demanda la permission de parcourir.
« Ai-je bien lu? dit-il après quelques secondes, en élevant la voix; quoi, Juliette, vous auriez refusé ma porte à mon neveu!
— Oui, monsieur, et je l'ai fait dans vos intérêts. — Dans mes intérêts ? je vous dispense , à l'avenir, de les embrasser ainsi.
— Ce jeune homme vous ruinera donc, et...» elle n'acheva pas, mais ses yeux dirent : et vous n'avez pas fait votre testament. Saint-Far reprit avec feu ; « Mademoiselle, ce ton me déplaît, à la fin; je suis las d'être sous la tutelle d'une servante.. .y*
Cette qualification humiliante, que Juliette avait oubliée, fut pour elle un coup de foudre. Je la vis soudain pâlir, un torrent de larmes s'échappa de ses yeux, elle tomba sans connaissance sur un fauteuil , dont elle avait eu soin de s'approcher. A cet aspect, la colère de mon faible ami se calme comme par enchantement; des excuses sont prodiguées à la vaporeuse gouvernante; vingt flacons anti-spasmodiques sont épuisés ; le lacet est tranché , au grand soulagement de cerlains charmes, habituellement retenus dans une région supérieure à celle où la nature les a depuis long-temps appelés; mais c'est en vain, l'évanouissement ne cesse pas. Le vieux garçon , prêt à se désespérer , s'écrie enfin avec colère : « Perfide neveu, c'est à toi qu'est dû ce malheur; ne te montre jamais devant moi, je te maudis, jj
A peine ce mot terrible était-il pro nonce, que Juliette reprit connaissance Une secrète joie, qui ne put m'échapper brillait dans ses yeux; mais elle jugea qu'i
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était politique de nous montrer encore quelques larmes : elle s'ordonna de pleurer. « Cela me crève le cœur , me dit Saint- Far, en portant lui-même son mouchoir sur ses yeux. Il faut convenir que je suis
bien coupable Allons , allons , mon
orgueil, point d'hésitation, je dois à cette pauvre enfant une réparation égale à l'injure que je lui ai faite. Chère Juliette, continua-t-il en lui prenant la main, non, je ne te regardai jamais comme une servante ; tu es mon amie, mon excellente amie, et, pour te prouver combien je t'estime, je t'admets, dès ce moment, à ma table. » On sent qu'une satisfaction aussi complète ne pouvait laisser à la gouvernante aucune trace de ressentiment; aussi , prompte à profiter de la faveur que le repentant Saint-Far lui accordait, s'empressa-t-elle d'apporter son couvert. « Monsieur, dit-elle avec une feinte ingénuité dont je soupçonnai le motif, le mettrai-je à la place... ordinaire? — Sans doute, répondit le célibataire un peu troublé, à la place ordinaire d'une maîtresse
222 LE MIÉNAGE
de maison. » Cette réponse adroite ne m'abusa point; j'avais déjà deviné que Juliette venait seulement d'étendre au dîner de cérémonie une habitude du têteà-tête.
» La sonnette se fit entendre au moment où nous vidions à la réconciliation une bouteille d'Aï mousseux, dont Juliette sablait sa part en amateur exercé. Il y eut un instant d'indécision sur la question tacite de savoir qui , de l'ancien maître ou de la nouvelle maîtresse, irait ouvrir la porte ; j'y courus avant qu'on eût pris un parti. C'était Florvilly , le neveu de Saint-Far. Juliette voulut se lever : v Restez, madame^ lui dit-il en riant, je ne veux troubler ici les plaisirs de qui que ce soit. — Y venez-vous pour me persiffler, interrompit Saint-Far , qui sans doute sQ rappela amèrement les suites de la lettre? — ISon , mon oncle , reprit le jeune homme avec dignité, c'est un soin que le public m'épargne déjà. Mon intention est seulement de vous demander si vous avez résolu
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trabandonner à !a plus affreuse détresse jnon infortunée tante, que Tinjustice d'un père a déshéritée pour vous enricliir. — La volonté de ce père a été libre , monsieur , aucune influence ne l'a sollicitée; ainsi.... — Ainsi, vous vous croyez suffisamment autorisé à voir, de sang-froid, votre sœur inoiirir d'inanition sur le seuil de l'hôtel que ses deniers vous ont procuré? — JMonsieur, ce ton.... — Convient à un bon neveu rappelant un mauvais frère à son devoir. — J'ai déjà fait beaucoup pour ' votre tante. — Vous n'avez rien fait , puisqu'elle souffre. — Faut-ii donc que je me ruine à soutenir les auîres ? — Les autres! une sœur! Ah! je reconnais bien à ce langage l'âme glacée d'un célibataire, vieilli dans l'égoïsme. Voilà les élans d'un cœur sur lequel une épouse , un fils , une fille n'ont jamais été pressés : d'un cœur qui n'a battu qu'aux inspirations d'un sentiment illégitime, enfant du vice et de la séduction. Eh bien ! mon oncle , je !a soutiendrai, moi , cette tante vertueuse; elle
aîi4 ^^ MÉNAGE
partagera le morceau de pain à peine suffisant de ma nombreuse famille. Vous, continuez à grossir votre superflu du nécessaire que \ ous refusez à votre sœur. . . . Adieu. y>
j> Un quart d'heure s'était écoulé depuis le départ de Florvilly , et le plus profond silence régnait encore parmi nous.
Je sentis que c'était à moi d'esquiver le retour de la conversation sur le sujet désagréable qu'on venait de traiter, et je coupai court brusquement , en offrant à Saint- Far de le conduire à la comédie française, ce Parbleu , volontiers , dit- il avec empressement, je ne serai pas fâché de faire cette partie. — Impossible, monsieur, s'écria Juliette, que je ne croyais pas aussi bien à son affaire, après la scène qu'elle avait entendue; vous faites ce soir le quatrième au boston de madame de Yalbreuse, rue des Francs-Bourgeois : je m'y suis engagée pour vous, — Ah ! je joue au boston , test différent. Pardon, mon ami; mais manquera un rendez-vous de cette espèce,