‹ Le lutrinChapitre 11 sur 44 · CHANT IL · texte numérisé non relu

CHANT IL

Cependant cet oiseau qui prôpejes merveilles. Ce monstre composé de bouches et d'oreilles *, Qui, sans cesse volant de climats en climats. Dit partout ce qu'il sait et ce qu'il ne sait pas ;

1. François Sirude (ou mieux Syrculdc), soiis-margiiillier, ou sous-sacristain de la Sainte-Chapelle. C'était lui qui, aux processions , portait ordinairement la croix ; il fut ensuite vicaire de la Sainte-Chapelle.

2. Voltaire, dans la IJenriade , chant VlII , dit aussi en parlant de la Renommée :

Ce monstre, composé d'yeux, de bouches, d'orclllcs, Qui célèbre des rois la honte ou les mcrTeillcs; Qui rassemble sous lui la curiosité, L'espoir, l'effroi , le doute et la crédulité.

Virgile avait dit £w., IV, 181 :

Quot sunt corpore plunnae, Tôt tiglles oculi subtcr, mlrnbilc dictu! Tôt Unguz , totldem ora sonaDt,tot subriglt aurcs.

Od l'eut voir encore Ovide, Mélamorphoses , liv. If; Valérius

La Renommée enfin , cette prompte courrière, •'»

Va d'un mortel effroi glacer la perruquière ; Lui dit que son époux, d'un faux zèle conduit, Pour placer un lutrin doit veiller cette nuit.

A ce triste récit, tremblante, désolée.

Elle accourt, l'œil en feu, la tête échevelée. 10

Son époux s'en émeut, et son cœur éperdu Entre deux passions demeure suspendu ; Mais enfin , rappelant son audace première :

« Ma femme, lui dit-il d'une voix douce et fière, Je ne veux point nier les solides bienfaits 15

Dont ton amour prodigue a comblé mes souhaits ; Et le Rhin de ses flots ira grossir la Loire * Avant que tes faveurs sortent de ma mémoire. Mais ne présume pas qu'en te donnant ma foi , L'hymen ^ m'ait pour jamais asservi sous ta loi. 20

Cesse donc à mes yeux d'étaler un vain titre : Ne m'ôte pas l'honneur d'élever un pupitre ; Et toi-même, donnant' un frein à tes désirs, Raffermis ma vertu qu'ébranlent tes soupirs. Que te dirai-je enfin ? c'est le ciel qui m'appelle. 25

Une église , un prélat m'engage en sa querelle. 11 faut partir : j'y cours ; dissipe tes douleurs , Et ne me trouble plus par ces indignes pleurs. »

Les ombres cependant, sur la ville épandues. Du faîte des maisons descendent dans les rues *, 30

Flaccus , Argonautiqiies , liv. II; Jean-Baptiste Rousseau, liv. IH , ode II.

1. Le Bhin, fleuve de TAllemagne, prend sa source aux glaciers dn mont Saint-Gothard ou Adula ( pays des Grisons) : c'est le plus grand fleuve de l'Europe après le L^anube et le Volga : il a environ trois cents lieues de cours. — La Loire , rivière de France, prend sa source au mont Gerbier-le-Jonx (Cévennes), dans le département de l'Ardèche, et se jette dans l'océan Atlantique après un cours de plus de deux cents lieues.

2. Hijmen ou Hyménêe présidait au mariage : il était, dit-on , fils de Bacchus et de Vénus. C'est un jeune homme au front couronné de fleurs; sa main droite tient un flambeau, sa gauche le voile nuptial.

3. On n'écrirait plus donnant , mais on dirait mettant un frein,

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