Voyez la note 4 de la page
us BOILEAU. y; .
Allez donc de ce pas, par de saints hurlements,
Vous-mêmes appeler les chanoines dormants.
Partez. » Mais ce discours les surprend et les glace*. IC
« Nous ! qu'en ce vain projet, pleins d'une folle audace.
Nous allions, dit Girard , la nuit nous engager !
De notre complaisance osez-vous l'exiger ?
lîé ! seigneur ! quand nos cris pourraient, du fond des rues,
De leurs appartements percer les avenues, 110
Ptéveiller ces valets autour d'eux étendus,
De leur sacré repos ministres assidus.
Et pénétrer des lits au bruit inaccessibles ,
Pensez-vous , au moment que les ombres paisibles
A ces lits enchanteurs ont su les attacher, 1 15
Que la voix d'un mortel les en puisse arracher ?
Deux chantres feront-ils, dans l'ardeur de vous plaire.
Ce que depuis trente ans six cloches n'ont pu faire ?
— Ah ! je vois bien où tend tout ce discours trompeur.
Reprend le chaud vieillard : le prélat vous fait peur. 120
Je vous ai vus cent fois, sous sa main bénissante.
Courber servilement une épaule tremblante.
né bien ! allez ; sous lui fléchissez les genoux :
Je saurai réveiller les chanoines sans vous.
Viens, Girot, seul ami qui me reste fidèle : 125
Prenons du saint jeudi la bruyante crécelle ^ :
Suis-moi. Qu'à son lever le soleil aujourd'hui
1 . Ce vers et les trois suivants en ont remplacé huit, qui , dans les éditions antérieures à 1701, se lisent de cette manière :
Parlez. Mais à ce mot les champions pâlissent, De l'honneur du péril leurs courages frémissent. Ah! seigneur, dit Girard, que nous demandez-vous? De grâce, modérez un aveugle courroux.
Nous pourrions réveiUer des chantres et des moines; Mais, même avant l'aurore, éveiller des chanoines? Qui jamais l'entreprit? qui l'oserait tenter? Est-ce un projet , ô ciel! qu'on puisse exécuter? Ah ! seigneur, etc.
2. Crécelle t moulinet de bois avec lequel on faisait alors du bruit pour appeler les fidèles à l'office pendant les jours de la semaine sainte où les cloches ne se font point entendre. Cet instrument a pris son nom de l'oiseau de proie la crécerelle j dont ii imite le cri aigu et lugubre.
Trouve tout le chapitre éveillé devant lui *. »
II dit^ Du fond poudreux d'une armoire sacrée Par les mains de Girot la crécelle est tirée. 130
Jls sortent à l'instant, et, par d'heureux efforts, Du lugubre instrument font crier les ressorts ^. J*our augmenter l'effroi , la Discorde infernale ÎVIonte dans le palais , entre dans la grand'salle, VA, du fond de cet antre , au travers de la nuit, 135
Fait sortir le démon du tumulte et du bruit. I-e quartier alarmé n'a plus d'yeux qui sommeillent : Déjà de toutes parts les chanoines s'éveillent : L'un croit que le tonnerre est tombé sur les toits , Et que l'église brûle une seconde fois ' ; 140
L'autre, encore agité de vapeurs plus funèbres. Pense être au jeudi saint, croit que l'on dit Ténèbres *; Et déjà tout confus , tenant midi sonné , En soi-même frémit de n'avoir point diné.
Ainsi , lorsque , tout prêt à briser cent murailles, 145 Louis, la foudr^en main, abandonnant Versailles*, Au retour du soleil et des zéphyrs nouveaux * , Fait dans les champs de Mars ' déployer ses drapeaux ,
1. Du temps de Racine et de lioileau, la préposition devant s'employait indifléremmcnt pour marquer Tordre du temps ou celui des places. L'usage en a depuis déterminé l'emploi; et, d'après cette décision .c'est avant lui que le soleil devrait trouver le chapitre éveillé, si l'hiatus le permettait.