Périphrase poéti(|uc pour dire mi printemps
7. MarSfùku de la guerre, est. di» llésiorte, lils de Jupiter et d»
Au seul bruit répandu de sa marche étonnante,
Le Danube s'émeut, le Tage^ s'épouvante, 150
Bruxelle ^ attend le coup qui la doit foudroyer ,
Et le Batave ' encore est prêt à sejiaycr-
Mais en vain dans leurs lits un juste effroi les presse : Aucun ne laisse encor la plume enchanteresse. Pour les en arracher, Girot, s'iuquiétaut , 155
Va crier qu'au chapitre un repas les attend. Ce mot dans tous les cœurs répand la vigilance : Tout s'ébranle, tout sort, tout marche en diligence. Ils courent au chapitre , et chacun se pressant Flatte d'un doux espoir son appétit naissant. IGO
Mais , ô d'un déjeuner vaine et frivole attente ! A peine ils sont assis, que , d'une voix dolente, Le chantre désolé , lamentant son malheur. Fait mourir l'appétit et naître la douleur. Le seul chanoine Evrard*, d'abstinence incapable, 165
Junon. Selon d'antres mythologues , Jiinon seule donna le jour à Mars; il lui suffit de toucher des doigts une fleur des champs d'Olène, pour voir ce dieu terrible apparaître dans ses mains.
1. Le Danube y le plus grand fleuve de l'Europe après le Volga, sort de trois sources et se jette dans la mer Noire. 11 avait autrefois sept bouches; deux sont comblées. — Le Tage , le fleuve le plus considérable de l'Espagne, prend sa source dans les monis d'Albaraan, entre l'Aragonet la Nouvelle-Castille, à quarante lieues de la Méditerranée. 11 se jette dans l'Océan, à trois lieues au-dessous de Lisbonne. — Le Danube et le Tage sont mis ici par métonymie pour les Allemands et les Espagnols.
2. Bruxelles, chef-heu du Brabant méridional, était alors la capitale des Pays-Bas espagnols ; c'est aujourd'hui la capitale du royaume de Belgique.— Boileau fait allusion ici à la campagne de Flandre faite par Louis XIV en 1C67. — 11 retranche le s dans Bruxelles pour le besoin de la mesure.
3. Le Batave y par synecdoche pour les Bataves ; Batavi, ancien nom des Hollandais. — Encore, allusion à l'événement rappelé au vers 208 du quatrième chant de V Art poélique :
Soi-même se noyant pour sorUr du naufrage.
Après le passage du Rhin, Lnu's XIV s'était emparé de presque toute la Hollande, et Amsterdam môme se disposait à lui envoyer ses clefs. Les Hollandais, pour sauver le reste de leur pays, n'eurent d'autre ressource que de le submerger entièrement en lâchant leurs écluses.
4. L'abbé d'Ense. Le portrait est un peu chargé ; mais le personnage réel en avait fourni les traits principaux.
LE LCTB1?5, IV. 25 J
Ose cncor proposer qu'on apporte la tal)lc. Mais il a beau presser , aucun ne lui répond : Quand , le premier rompant ce silence profond , ,j^^^^ Alain toussÊ,et se lève, Alain, ce savant homme *, >^* Qui de Bauny vingt fois a lu toute la Somme *, 170
Qui possède Abély, qui sait tout Raconis ' , Et même entend , dit-on, le latin d'A-Kempis *.
« N'en doutez point , leur dit ce savant canonistc * , Ce coup part, j'en suis sûr, d'une main janséniste *. ]\Ies yeux en sont témoins : j'ai vu moi-même hier 175
1. Le poêle désigne ici le chanoine Aubery^ qui ne parlait jamais sans avoir préalablement toussé deux ou trois fois. C'était un homme si simple, qu'il h«t, dit-on, plusieurs fois le /yM^ri« sans s'y reconnaître. Son frère, Aiitoinc Aubery, avocat au conseil , est auteur d'une Histoire générale des cardniaiix ; des Biographies spéciales des cardinaux de Joyeuse et de Richelieu ^ et de plusieurs autres ouvraj^es estimables.
7. Jiauny, jésuite, auteur du livre intitulé : la Somme des péchés que Von peut commettre dans tous les états. Cet ouvrage parut en 1G34 ; il eut plusieurs éditions.
3. Abély (Louis) , né en l(i03 , mort en 1691 , après avoir été évoque de Phodez. Le principal ouvrage d'Abély est intitulé : Medulla Thcologica , la Moelle Théologique. — Abra de Raconis, né en 1590, mort en 1646, professeur de philosophie, prédicateur et aumônier de Louis XIII , puis évêque do Lavaur , est l'auteur de plusieurs ouvrages philosophiques et théologiijufs depuis longtemps oubliés. Un des passe-temps du cardinal de Richelieu était de faire venir Raconis , et de lui ordonner de prêch-r à l'instant sur un sujet indiqué, et sur un texte qui n'avait aucun rapport à ce sujet. Raconis commençait aussitôt , et ne Unissait que lorsque Richelieu le faisait taire.
4. C'est-à-dire le latin simple et facile de Vlmitation de Jésiu- C^ri5/. Thomas A-Kempis, religieux allemand , né près de Cologne en 1380, mort en 1471 , et qui tire son nom du lieu de sa naissance, est un «les auteurs à qui Ton attribue le beau livre de Vlmitation de Jésus-Christ. 11 n'est pas plus certain que Vlmitation soit de Jean Gerson, chancelier de l'Université de Paris, né en 1363, mort en 1429. Voir, sur cette grave question, l'excellente préface <le M. J. V. Le Clerc dans la magnifique édition de l7wJt^(7/ion offerte à l'empereur Napoléon 111 après PExposilion universelle de 1855.
ô. Canonistef c'est-à-dire savant en droit canon, de xavwv, règle.
6. Janséniste, celui qui professe la doctrine de Jansénius sur la grâce et la prédestination. Les jansénistes étaient généralement des rigoristes en morale.
Kntrer chez le prélat le chapelain Garnier *. Araauld ^ , cet hérétique ardent à nous détruire , Par ce ministre adroit tente de le séduire. Sans doute il aura lu dans son saint Augustin * Qu'autrefois saint Louis '' érigea ce lutrin ; 1 80
Il va nous inonder des torrents de sa plume. Il faut , pour lui répondre, ouvrir plus d'un volume. Consultons sur ce point quelque auteur signalé : Voyons si des lutrins Bauny n'a point parlé : Étudions enfin, il en est temps encore ; 185
Et, pour ce grand projet, tantôt dès que l'aurore Rallumera le jour dans l'onde enseveli.
Que chacun prenne en main le moelleux Abéli ^. >» Ce conseil imprévu de nouveau les étonne :
1. Louis Le Four nier, chapelain perpétuel de la Sainte-Chapelle. Il n'avait pris aucune part dans les démêlés du chantre et du trésorier ; mais ses liaisons avec le docteur Arnauld lui donnaient, aux yeux de ses confrères, une apparence de jansénisme qui lui vaut ici ce petit trait de satire. — Jïier, Garnier, rime pour l'œil seulement.
2. Arnauld, né à Paris en 1612, mort à Bruxelles en 1694, publia plusieurs ouvrages contre les calvinistes.
3. Double allusion à l'étude particulière que le docteur Arnauld avait faite des ouvrages de saint Augustin, et à la chaleur avec laquelle il avait embrassé et défendu ses doctrines sur la grâce.— .Son saint Augustin, pour dans les œuvres de saint Augustin , ce père de l'Église latine, évoque d'Hippone, né en 354, mort en 430.
4. Loitis IX ou saint Louis, roi de France, né en 1215, mort à Tunis en 1270. Il y a un intervalle d'environ huit siècles entre saint Augustin et saint Louis , fondateur de la Sainte-Chapelle. C'est un léger anachronisme pour le docteur Alain.
5. L'auteur, dit Bayle (article Abély) , a mis une note qui ex- | plique la raison de l'épilhète moelleux ; et il a fort bien fait. ' Quand je songe aux conjectures que formeraient les critiques, si la langue française avait un jour le destin qu'a eu la langue latine, et que les œuvres de Boileau se conservassent, je me représente bien des chimères. Car, supposons que la Moelle Théologique ù'Abély fût entièrement perdue, et qu'il n'y eût point de note à la marge du Lutrin, quels mouvements les critiques ne se donneraient-ils jias pour trouver la raison de cette épithcte ? Je m'imagine que quelqu'un, peu satisfait des conjectures de ses prédécesseurs , dirait enfin que l'écrivain Abély avait été caractérisé par cette épithcte parce qu'on avait voulu faire allusion aux offrandes d'Abel, qui ne furent pas sèches comme celles de Caïn, et qu'il
lE LUTBIN, IV. T5Z
Surtout le gras Evrard d'épouvante en frissonne. 190
« Moi, dit-il, qu'à moniigc, écolier tout nouveau,
J'aille pour un lutrin me troubler le cerveau !
O le plaisant conseil ! Non, non, songeons à vivre ;
Va maigrir, si tu veux, et sécher sur un livre.
Pour moi, je lis la Bible autant que l'Alcoran* : 195
Je sais ce qu'un fermier nous doit rendre par an ;
Sur quelle vigne à Reims nous avons hypothèque * :
Vingt muids rangés chez moi fout ma bibliothèque.
En plaçant un pupitre on croit nous rabaisser :
Mon bras seul sans latin saura le renverser. 200
Que m'importe qu Arnauld me condamne ou m'approuve,
J'abats ce qui me nuit partout où je le trouve :
C'est là mon sentiment. A quoi bon tant d'apprêts ?
Du reste, déjeunons, mcjsieurs, et buvons frais. »
Ce discours, que soutient l'embonpoint du visage. 205 Rétablit l'appétit , réchauffe le courage ; Mais le chantre surtout en paraît rassuré. « Oui, dit-il, le pupitre a déjà trop duré. Allons sur sa ruine assurer ma vengeance :
hasarderail mille antres intorpré'alions de ce genre. Plus le commentateur serait docto, [ilns on le verrait courir d'extravaj^ance en extravagance et accumuler des chimères. Le théologien n'entendit pas raillerie; il se plaignit hautement, et cita Hoileau au tribunal de Dieu. Abély mourut le 4 octobre 1C91 , dans la maison de Saint-Lazare, où il s'était retire après avoir donné la démission de son é\êché de Rodez.
1. Bible, de pigAÎov, livre, c'e<t-h-dire le livre par excellence: il comprend tous les ouvrages de TAncien et du Nouveau Testament, depuis la Genèse jusqu'à l'Apocalypse, désignés par xà p'.6).îa dans les auteurs ecclésiastiques. — Alcoran {Al Koran , ïd lecture, le livre par excellence) li\re de la loi de Mahomet ; il se divise en 114 chapitres. C'est le Koran que Boileau a voulu dire. On fait bien souvent cette faute : Al est l'article en turc ; ainsi , dire V Alcoran , en français, c'est comme si Ton disait le le Koran ; il y a là double emploi de l'arlicle, il faut dire en français, le Koran.
2. L'abbaye de Saint-Nicaise de Reims, qui vaut s-ize mille livres de revenu à la Sainte-Chapelle, ayant été unie par le roi Louis XMI, du temps du cardinal de Richelieu, clinq\ie chanoine doit avoir, tous les ans, un muid de vin de Reims : mais cela s'apprécie, et on emploie cet argent aux dépenses nécessaires à la Siinte-Chapelle. Comme les vendanges font un des principaux revenus de celte abbaye, le capilulanl avait raison de dire :
254 BOILEAD.
Donnons à ce grand œuvre* une heure d'abstinence : 210 Et qu'au retour tantôt un ample déjeuner Longtemps nous tienne à table et s'unisse au dîner. »
Aussitôt il se lève, et la troupe fidèle Par ces mots attirants sent redoubler son zèle. Ils marchent droit au chœur d'un pas audacieux, 215
Et bientôt le lutrin se fait voira leurs yeux, '\^. ce terrible objet, aucun d'eux ne consulte '; Sur l'ennemi commun ils fondent en tumulte ; Ils sapent le pivot , qui se défend en vain : Chacun sur lui d'un coup veut honorer sa main, 220
, . Enfin sous tant d'efforts la machine succombe , StCfê^*"^^ son corps entr'ouvert chancelle, éclate et tombe : ' ' Tel sur les monts *^gïacés des farouches Gelons ' , Tombe un chêne battu des voisins aquilons/, Ou tel , abandonné de ses poutres usées , - ' 22.j
Fond enfin un vieux toit sous ses tuiles brisées. La masse est emportée , et ses ais arrachés Sont aux yeux des mortels chez le chantre cachés.
« Je sais sur quelle vigne nous avons hypothèque. » {Lettre de l'abbé Boileau à Brossctte, du 12 février 1703.) — Reims, tièsancienne ville de Champagne (Marne), sur la rive droite de la Vesle. — Hypothèque t droit réel qui grève les immeubles affeclés à la sûreté, à l'acquittement d'une obligation, d'une dette, et qui les suit en quelques mains qu'ils passent : uTioôrixYi , gage , nantissement (u7ïo-Tiôri{jLi, je mets dessous, je donne en gage).
1. Dans le style soutenu , œuvre s'emploie quelquefois au masculin singulier, bien que d'ordinaire, et surtout avec le mot grand, il soit un terme d'alchimie qui signifie chercher la pierre philosophale. 11 est ici fort bien placé dans la bouche du chantre, haranguant les chanoines sur un sujet de cette importance.
2. A ce terrible objet pour à la vue de ce terrible objet. — Ne consulte : on ne mettrait plus ce verbe sans un régime direct; ici, par exemple, ve se consulte, ou ne consulte ses compagnons.
3. Les Gelons habitaient la Sarmatie, et étaient voisins du Borysthène, aujourd'hui le Dnieper, fleuve qui prend sa source en Russie, entre Woloch et Oleschno, passe dans la Pologne, et se jette dans la mer ÎNoire auprès d Oczakow. Les cataractes de ce fleuve, qui sont à dix-huit njyriamètres au-dessus de son embouchure, et le grand nombre de ses îles empêchaient qu'il fût navigable au delà. En 1784, Catherine II en a fait sauter quelques rochers, mais sans beaucoup de succès.