‹ Le lutrinChapitre 27 sur 44 · CHANT V · texte numérisé non relu

CHANT V

L'aurore ' cependant, d'un juste elTroi troublée,

Des clianoines levés voit la troupe assemblée,

Et contemple longtemps avec des yeux confus

Ces visages fleuris qu'elle n'a jamais vus.

Chez Sidrac aussitôt Brontin d'un pied fidèle 5

J)u pupitre abattu va porter la nouvelle.

Le vieillard de ses soins bénit l'heureux succès ,

Et sur un bois détruit bâtit mille procès.

L'espoir d'un doux tumulte échauflant son courage ,

Il ne sent plus le poids ni les glaces de l'jige , 10

Et chez le trésorier, de ce pas, à grand bruit,

Vient étaler au jour les crimes de la nuit.

Au récit imprévu de l'horrible insolence , Le prélat hors du lit impétueux s'élance. Vainement d'un breuvage à deux mains apporté 1.5

Gilotin avant tout le veut voir humecté : 11 veut partir à jeun. Il se peigne, il s'apprête : L'ivoire trop hAté deux fois rompt sur sa tête, Et deux fois de sa main le buis tombe en morceaux :

1. Ce chant et le suivant ne furent publiés quVn 1G83, avec les épltrcs vi, vir, vni et ix ; neuf ans s'étaient écoulés alors depuis le succès des quatre premiers chants. Dans la préface de 1674, iîoileaw avait exprimé le regret de ne point donner au public cette bagatelle achevée. Il prit donc son temps pour la finir; et ce temps fut assez bien employé, si l'on en juge du moins par ce cinquiènje chml, où l'on retrouve tous les genres de mérite justement admirés dans les chants qui précèdent. Coileau n'avait |)as besoin que Desmarets et Pradon l'avertissent que le nœud de l'intrigue formé au quatrième chant attendait un dénoûment quelconque.

2. Vauvore est c< tte clarté douce et toujours croissante qui précède le lever du soleil. Suivant la mythologie, l'Aurore est lille d'Apollon ; elle s'avance dans les cieux, la tête couverte d'tm voile jaune, et portée sur un char traîné par deux coursiers éblouissants de hlancheur, Lainpos et Fhaélhon. Plus tard, elle a , comme Apollon lui-même, quatre chevaux magnifiques ; son ( har couleur de feu est tout en vermeil ; son voile , négligemment rejeté en arrière, indique que la nuit s'enfuit ; sa robe jaune «*st teinte des sucs du safran ; ses doigts sont de rose : ^ooooàxrj),o; 'ilw;, dit Homère.

25C BOILEAl/.

Tel Hercule filant rompait tous les fuseaux *. ^^ /^ / 20

Il sort demi-paré. Mais déjà sur sa porte

Il voit de saints guerriers une ardente cohorte ,

Qui tous , remplis pour lui d'une égale vigueur ,

►Sont prêts, pour le servir, à déserter le chœur.

INIais le vieillard ^ condamne un projet inutile. 25

« Nos destins sont, dit-il , écrits chez la sibylle ' : i

Son antre n'est pas loin ; allons la consulter,

Et subissons la loi qu'elle nous va dicter. »

Il dit : à ce conseil, où la raison domine,

Sur ses pas au barreau la troupe s'achemine, 30

Et bientôt, dans le temple, entend, non sans frémir.

De l'antre redouté les soupiraux gémir.

Entre ces vieux appuis dont l'affreuse grand'salle Soutient l'énorme poids de sa voûte infernale , Est un pilier '* fameux , des plaideurs respecté , 35*

Et toujours de Normands à midi fréquenté. Eà , sur des tas poudreux de sacs et de pratique^, Hurle, tous les matins, une sibylle étique : ' Dn l'appelle Chicane ; et ce monstre odieux Jamais pour l'équité n'eut d'oreilles ni d'yeux. 40

La Disette au teint blême, et la triste Famine, Les Chagrins dévorants, et l'infâme Ruine, Enfants infortunés de ses raffinements , Troublent l'air d'alentour de longs gémissements.

1. Hercule y fi\^ de Jupiter etd'Alcmène, le plus célèbre des demi-dieux de la Fable. — La cour d'Omphale, reine de Lydie, fut un écueil pour la vertu d'Hercule ; il laissa de côté la massue, (Changea la peau du lion de Némée contre la robe lydienne, et pi if, comme les femmes dont il était environné, la quenouille et le fusoau.

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