Cyr-us, romaa en dix tomes, par Madeleine de Scudéry
260 ^f ppiLEAU.
Il lance au sacristain le tome épouvantable.
Boirude fuit le coup : le volume effroyable
Lui rase le visage, et droit dans Tcstomac
Va frapper en sifflant l'infortuné Sidrac.
Le vieillard, accablé de l'horrible Artamène * , 125
Tombe aux pieds du prélat , sans pouls et sans haleine :
Sa troupe le croit mort, et chacun empressé a ' ■ '"
Se croit frappé du coup dont il le voit blessé.
Aussitôt contre Evrard vingt champions s'élancent :
Pour soutenir leur choc les chanoines s'avancent. 130
La Discorde triomphe, et du combat fatal
Par un cri donne en l'air l'effroyable signal.
Chez le libraire absent tout entre, tout se mêle : Les livres sur Evrard fondent comme la grêle Qui dans un grand jardin, à coups impétueux, 135
Abat l'honneur naisant des rameaux fructueux. Chacun s'arme au hasard du livre qu'il rencontre : L'un tient VÉdit d'Amour, l'autre en saisit la Montre * ; L'un prend le seul Jonas ' qu'on ait vu relié ; L'autre un Tasse français * en naissant oublié. 140
sœur de Georges de Scudéry.née au Havre en 1607, morte à Paris en 1701. — Un volume écarté des autres volumes.
1. Artamène. M"' de Scudéry prit pour sujet d'un roman qui n'a pas moins de dix tomes le fameux roi de Perse Cyrus, né vers 599 avant J. C. et mort dans un âge avancé. Elle fait voyager ce prince sous le nom d'Artamène, et lui fait débiter mille fadeurs galantes, fort à la mode dans le grand monde au siècle de Louis XIV.
2. VÉdit d'Amour^ petit poëme de l'abbé Regnier-Desmarets, et l'un de ses meilleurs ouvrages en vers français. Il réussit beaucoup mieux dans la poésie italienne, et fit passer, en Italie même, une de ses pièces pour êlre de Pétrarque. Il n'eût pas fait passer ses vers français sous le nom d'un grand poète, a dit Voltaire. — La Montre d'Amour , ouvrage en vers et en prose, par Konnecorse, né à Marseille et mort en 1706. Il publia aussi le Lutringotf parodie du Lutrin y pour se venger des épigrarames de lîoileau.
3. Jonas ou Ninive pénitente^ poëme publié en 1GG3 par Jacques Coras, né vers 1630, mort en 1677, auteur de plusieurs autres poèmes, Josiié^ Samson , David , et du Satirique berné, ouvrage en prose et en vers.
4. Michel^Le Clerc j de l'Académie française, né en 1622, mort en 1691, avait publié en 1687, in-4", la traduction en vers français des cinq premiers chants de la Jérusalem délivrée ^-
LE LUTBIN, V. 391
L'élève de Barbin , commis à la boutique,
Veut en vain s'opposer à leur fureur gothique ;
Les volumes , sans choix à la tête jetés,
Sur le perron poudreux * volent de tous côtés :
Là , près d'un Guarini , Térence ' tombe à terre : 145
Là, Xénophon dans l'air heurte contre un La Serre •.
Oh ! que d'écrits obscurs, de livres ignorés.
Furent en ce grand jour de la poudre tirés l
Vous en fdtes tirés , Ahnérinde et Simandre * :
Et toi, rebut du peuple, inconnu Caloandre^ ; 150
Tasse. Parmi les pièces de théâtre de Le Clerc se trouve une Iphigénie qu'il lit représenter six mois après celle de Hacine; mais elle n'obtint aucun succès. — Torquato Tasso^ l'un des plus grands poêles de ritalie , né à Sorrento le 11 mars 1541 , mort à Rome le 25 avril 1595.
1. On l'a appelé, dit Brossette, la plaine de Barbin depuis la publication du Lutrin, à cause de la bataille qui CnI décrite ici.
2. Gttarini (Jean-Baptiste), né à Ferrare le 10 décembre 1 537 , mort à Venise le 4 octobre 1612 , auteur de comédies, de satires, de sonnet"? , de traités politiques réunis en quatre volume'^ in-8", dans l'édition de 1737- Boileau ne veut critiquer ici que le Berger fidèle {il Pastor fido)^ tragi-comédie pastorale, représentée à Turin en 1585, traduite dans presque toutes les langues de l'Europe, mais offrant, à côté de ses beautés, des jjizarreries, de la recherche, de l'affectation, des abus d'esprit, tous défauts en opposition avec le naturel de Térence. — Térence, poëte comique latin, né à Carlhage l'an 5G1 , partit à 35 ans pour la Grèce, et mourut dans ce voyage. Il nous reste de cet élégant écrivain six comédies qui furent représentées à Rome, de Tau 588 à l'an 594 de la fondation de celte ville.
3. Xénoption, d'Athènes, surnommé l'Abeille attique, auteur de la Cyropédie , de la Retraite des dix mille et d'autres ouvrages , naquit 452 ans et mourut 360 ans avant Jésus-Christ. — La Serre, né vers 1600, mort en 1665, composa des pièces de théâtre qui obtinrent un succès extraordinaire ; il donna aussi un ouvrage sur l'art épistolaire, qui, en moins de vingt ans, eut trente éditions toules épuisées.
4. Petit roman publié en 1646, et dont l'auteur est tout à fait inconnu.
5. Boman fameux de Jean-Ambroise Marini , né à Gênes vers le commencement du dix-seplième siècle, mortà Venise vers 1650. La première partie parut en 1640 , sous le lilre de Eudimiro creduto Uranio ; la seconde tut publiée, l'année suivante, sous le titre de Caloandro sconosciuto, et la totalité de l'ouvrage fut mise au jour en 1652 , avec le titre que le poème a conservé depuis, // Culoandio f'edele. Scudéry n'en traduisit qu'une partie,
Dans ton repos, dit-on, saisi par Gaillerbois\
Tu vis alors le jour pour la première fois. t
Chaque coup sur la chair laisse une meurtrissure ; lM^àùA4
Déjà plus d'un guerrier se plaint d'un^Tïïessure.
D'un Le Vayer épais Giraut^ est renversé : 155
Marineau, d'un Brébeuf * à l'épaule blessé,
En sent par tout le bras une douleur amère ,
Et maudit la Pharsale aux provinces si chère.
D'un Pinchênc in-quarto Dodillon étourdi *
et c'est la traduclion seule que Boileau attaque ici , car l'ouvrage original est plein d'imagination, l'intrigue en est attachante, et les caractères sont développés avec art. Il a fourni a Thomas Corneille le sujet de sa tragédie de Timocrate^ cl à La Calprenède le meilleur épisode de sou roman de Cléopâtre.
1. Pierre Tardieii, sieur de Gaillerbois, chanoine de la Sainte- Chapelle, était mort en 1656 : il était frère du lieut.nant-criminel Tardieu , si fameux par son avarice et par sa mort tragique.
2. Le Vayer ; il s'agit ici du père, Lamothe Le Vajer, né en 1588, et qui mourut en 1672. 11 avait composé une Joule d'ouvrages sur l'histoire, la littérature, la morale et la politique. Une partie de ses œuvres formait deux énormes in-folio : c'est plutôt encore sur le format que sur les ouvrages mêmes qiie porte ici le reproche d'épaisseur. C'est au fils, à l'abbé Le Vayer, né en 1629, mort en 1664 , membre de l'Académie française et précepteur de Monsieur, frère de Louis XIV, que Boileau adresse sa quatrième satire. Le Vayer fils publia, en 1656 , sous le nom de Philippe de France, une traduclion de Florus, qu'il accompagna d'un commentaire. — Giraiit est un nom imaginaire ; on ne sait du moins à qui l'appliquer.
3. Marineau y l'un des chantres de la Sainte-Chapelle. — Brébeuf, né au château de Brcbeuf, près de Thorigny (Manche), en 1618, mort en 1661. Son principal ouvrage est la traduction en vers français de la Pharsale <!e Lucain ; elle eut plusieurs éditiotis. 11 publia encore ; Entretiens solitaires ou méditations pieuses en vers français , Rouen, \e>^Q\Vocs}es diverses, 1662, et autres ouvrages. C'est à Brébeuf que l'on doit cette définition de l'écriture, qui sera toujours citée :
Cet art ingénieux
De peindre la parole et de parler aux yeux, Et, par des traits divers de figures tracées. Donner de la couleur et du corps aux pensées.
4. Etienne Morlin, situr de Pinchène, écuyer, neveu de Voilure, auteur de poésies plus que médiocres publiées en 16"0 et les années suivantes. Comme il se nommait Martin, c'est mal à propos que Delille l'a confondu avec un autre Martin, assez
LE LUXniN, V. l'63
A longtemps le teint paie et le cœur afTadi. ' IGO
Au plus fort du combat le chapelain Garagne*
Vers le sommet du front atteint d'un Chaiiemagne^
(Des vers de ce poëmc efret prodigieux !) ,
Tout prêt à s'endormir, bâille et ferme les yeux. :''/'
A plus d'un combattant [^Tclélie* est fatale : 1C5
Giraut dix fois par elle éclate et se signale.
Mais tout cède aux efforts du chanoine Fabri *.
Ce guerrier, dans l'église aux querelles nourri ,
Est robuste de corps , terrible de visage ,
Et de l'eau dans son vin n'a jamais su l'usage *. 170
Il terrasse lui seul et Guibert et Grasset, , j. ' '^
Et Gorillon la basse, et Grandin le fausset^ 'j^T ^^^
mauvais traJutteur des Géorgiqitcs. — Dodillon, clianlre de la Sainte-Chapelle, »Mait mort a\ant l'événement du Lutrin : il était devenu imbécile <lans les dernières années de sa vie.