‹ Le luxe des livres (volume 2)Chapitre 4 sur 8 · AVANT-PROPOS XI · texte numérisé non relu

AVANT-PROPOS XI

bibliothèque? Allons plus loin : les livres ne sont pas faits pour eux, puisque ce sont eux qui les font.. Quand ils se plaignent de n'en pouvoir acheter, ils ressemblent à un industriel qui se plaint de ce que son produit a de la vogue. Les livres sont les produits spéciaux de l'industrie des gens de lettres. Ceux-^i devraient êtres fiers de la faveur qu'ils obtiennent, de la concurrence qui se dispute leurs œuvres. Cette concurrence témoigne du prix qu'on attache maintenant aux créations de la pensée. Le règne des livres, c'est le leur. D'autre part, les livres existent surtout à l'intention de ceux qui n'en écrivent pas. Ils n'ont que ce moyen de s'associer à la vie intellectuelle. Bref, ceux qui achètent et collectionnent des livres sont les clients des gens de lettres. Cette disposition du public n'est même pas sans inconvénient; elle a provoqué l'avinement de la littérature industrielle qui n'est peut-être pets un progrès.

Nous savons bien que cette opinion n'a pas cours. Les esprits chagrins qualifient d'âge de papier la civilisation lisante qui nous envahit. Ils sont quinze ou vingt en Europe qui professent cette doctrine saugrenue. Ce sont les réfraciaires du progrès, des excentriques. Les

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