‹ Le Luxe et les Lois SomptuairesChapitre 11 sur 35 · OL ET · texte numérisé non relu

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Ramsès, ce fut toujours la masse opprimée qui fit les frais de ce luxe colossal, sous forme de corvées meurtrières et insensées.

Le luxe privé est exclusivement réservé aux rois et aux grands. Celui de la parure est extrêmement développé ; les femmes égyptiennes des classes élevées sont couvertes de riches bijoux savamment enchâssés ; l’art de tailler les pierres précieuses était déjà très avancé. Elles possèdent une foule d'objets de toilette, dont quelques-uns sont de vrais chefs-d'œuvre. D'ailleurs, elles ont, dans la société, une prépondérance qui contraste avec le rôle effacé de la femme orientale, en général. Elles donnent souvent le ton au luxe, mais tombent aussi, parfois, dans la profusion et la licence.

Le roi et les princes aiment à s’entourer d’une suite brillante et nombreuse, mais c'est seulement avec l’extension du commerce et les conquêtes que les goûts se raffinent. Les vins de Grèce, les épices de l'Inde, les parfums d'Arabie sont en honneur. Les raffinements allèrent, à maintes reprises, jusqu’à la corruption ; mais jamais on ne rencontre, dans l'ancienne Egypte, des abus de luxe privé pareils à ceux des Assyriens, des Perses et des Babyloniens ; en outre, il ne faut pas oublier que les arts égyptiens ont contribué, pour une bonne part, à former ceu: de la Grèce et de Rome.

Nulle part le faste funéraire n’a été aussi répandu qu'en Egypte. On à pu, non sans raison, la comparer à une immense nécropole. C'est que les

Egyptiens avaient, de la vie future, une conception très nette ; elle fut, chez eux, l'objet d'une préoccupation constante : aussi les monuments funèbres sont-ils plus beaux et plus solides que tous les autres. Les Pyramides en sont le plus majestueux exemple ; chacune d'elles, en effet, renfermait la dépouille mortelle d'un de ces puissants pharaons, dont les sarcophages, presque tous découverts aujourd'hui, sont, pour la plupart, de véritables œuvres d'art ; ils sont toujours ornés de symboles de la vie de ces monarques et de scènes de la vie future. Leurs momies, parvenues jusqu'à nous dans un parfait état de conservation, sont magnifiquement vêtues, parées d'or et d'argent, souvent même des bijoux les plus rares.

Ceci, d’ailleurs, ne fut pas spécial aux rois, et la vallée du Nil est remplie de vastes nécropoles, dont la plus fameuse, celle de Saqqarah, renferme des milliers de sarcophages et de momies appartenant à toutes les classes de l'antique société égyptienne.

Il y eut même un rituel funéraire, réglant le genre d'ornementation suivant le rang social.

L'Assyrie (1) ne le cède en rien à l'Egypte, sous le rapport du faste. Le souverain Ninivite concentre en lui tous les pouvoirs. Il est tout-puissant ; aussi donne-t-il l'exemple d'une pompe splendide, que les satrapes et les grands chercheront à imiter.C'est une cour innombrable et resplendissante ; c'est un

(1) LENORMANT, Hist. ane. de l'Orient et V. Pace, Ninive et l'Assyrie,

harem immense ; ce sont des palais aux dimensions fantastiques, comme celui de Khorsabad, fastueux jusque dans les moindres détails. Les temples ne sont ni moins beaux, ni moins nombreux.

Ninive poussa le luxe jusqu'aux raffinements les plus excessifs. Leur effet dissolvant et énervant se fit bientôt sentir. Sardanapale et Sennachérib, par leurs orgies, leurs débauches et leurs profusions, offrirent une proie facile au vainqueur.

Le même sort était réservé à Babylone. Cette opulente cité fut plus fastueuse encore. D'ailleurs, diverses causes favorisèrent le développement extraordinaire de son luxe: l’asservissement de la masse et des vaincus ; la grande facilité de la vie, sur un sol d’une fertilité remarquable ; la chaleur extrême du chmat, où tout invitait à la volupté; les nombreux matériaux fournis par le pays ; enfin cette situation privilégiée au point de vue commercial, sur la route des caravanes, qui apportaient d'Orient en Occident une foule de produits recherchés.

Mais ce fut seulement après la chute de Ninive que Babylone, devenue la reine de l’Assyrie, brilla de ce faste insensé, qui devait aussi la perdre, Ses monuments dépassent en grandeur et en magnificence ceux de tous les autres pays d'Orient. Dans son immense enceinte, S'élevèrent un grand nombre de temples, parmi lesquels celui de Bélus, avec la fameuse Tour de Babel.

Le- luxe public civil ne le cédait en rien au luxe religieux. Les fameux jardins suspendus, attribués,

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selon les uns à Sémiramis, selon d’autres à Amyvthis, favorite de Nabuchodonosor, étaient comptés parmi les sept merveilles du monde. Quant au gigantesque palais que Nabuchodonosor fit élever à son immense orgueil, il témoigne d’une magnificence insensée, jusque dans les plus petits détails.

Le faste despotique était à son apogée.

L'accroissement rapide de la richesse ne contribua pas peu à corrompre les mœurs, et Babylone connut tous les excès du luxe privé. On vit les hommes, parfumés et couverts de bijoux comme les femmes, s'enfermer dans les harems, et s’y livrer à toutes les orgies. Les satrapes, suivant l'exemple du monarque, étalèrent un faste inouï. La corruption devint générale ; partout ce furent la prodigalité, la sensualité et la dissolution.

Mais le luxe babylonien fut aussi éphémère qu’'excessif ; Sa puissance tout entière était l'œuvre de - la force brutale, de l'exploitation de la masse et des vaincus. Amoilie par l'abus des jouissances matérielles, que les richesses rapidement conquises lui avaient données, Babylone se trouva sans force devant l’ennemi : Cyrus surprit Balthazar au milieu de l’orgie.

D'une manière générale, le faste funéraire se traduit, en Assyrie, comme les autres genres de luxe, par la grandeur des monuments et la somptuosité. On en a la preuve dans les merveilleuses chambres sépulcrales retrouvées à Babylone, et dans les sarcophages remplis d'objets précieux, que les fouilles d'El Kobour (les tombeaux) ont mis au jour.

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