‹ Le Luxe et les Lois SomptuairesChapitre 12 sur 35 · SAT TIRE · texte numérisé non relu

SAT TIRE

. La Perse (1) occupe, dans l'antiquité, une place à part, au point de vue du luxe : animée de l’esprit de progrès et avide de conquêtes, elle soumit une partie de l'Asie, l'Egypte et la Macédoine, et chercha à leur imposer sa civilisation; enfin les Guerres Médiques introduisirent en Grèce une partie de ses perfectionnements, mais aussi de sa corruption et de ses raffinements luxueux. Elle a ainsi servi de trait d'union entre l'Orient et l'Occident.

A l'origine, les Perses sont un peuple d’agriculteurs et de guerriers, braves et simples. Peu deluxe, sauf celui des vêtements, de la parure, des parfums et des armes.

Quant au luxe public, soit civil, soit même religieux, il ny en à pas. La religion de Zoroastre prohibe les temples, les autels, et même les statues des dieux.

Mais. le temps aidant, les antiques traditions s’affaiblissent. Le contact avec les autres peuples modifie les mœurs : elles se raffinent et l'on voit la Perse donner l'exemple de la mollesse et du luxe le plus effréné.

En Perse, il.v à peu de monuments du faste funéraire : on n’y trouve rien qui ressemble aux vastes nécropoles égyptiennes. C'est, en général, la simplicité qui domine, et le tombeau de Cyrus, croit-on, fit à peu près seul exception par sa splendeur. Au contraire,les chambres sépulcrales des rois Lydiens se firent toutes remarquer par leur magni-

(4) Héronote, Hisloire.

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ficence, et c'est en Carie, pays confinant à la Lydie, que s’éleva le fameux Mausolée, l'une des sept merveilles du monde et le plus merveilleux exemple du luxe funéraire antique.

La richesse de l'Inde, la beauté de son climat la prédestinaient au luxe. Les poèmes imdiens les plus anciens, et notamment le Ramayana (1), décrivent déjà les splendides palais dont l'Inde antique fut peuplée. En outre, le hasard de leurs pérégrinations à travers les jungles a, parfois, conduit des explorateurs et des chasseurs d'éléphants à l'emplacement de merveilleuses pagodes, vestiges grandioses d'une civilisation lointaine.

Dès l’époque la plus reculée, le luxe public indien, civil et religieux, était donc très avancé.

L'Inde antique connaissait les boissons fermentées, mais les copieux festins y étaient inconnus. Elle avait, au plus haut degré, la passion des parfums; les riches demeures de marbre et parfois de cristal, garnies d'épaisses tentures, étaient toujours imprégnées des essences les plus exquises. Les fines mousselines, les cachemires, la soie et le coton habilement tissés, fournissaient de somptueux vêtements. Le luxe de parure n'était pas moins brillant: la femme indienne possédait de magnifiques bijoux de toute sorte. Rien de plus splendide que le cortège des rajahs, avec la foule des chevaux et des éléphants richement harnachés, et montés

(1) Ramayana, traduct, Faucur, 1858,

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par des guerriers dont les armes'et les selles étincelaient d'or et de pierreries.

Quant au faste funéraire, il se manifeste par la magnificence des tombeaux et par cette coutume barbare, encore en vigueur dans certaines régions, qui obligeait les femmes à se tuer sur la tombe de leur seigneur et maitre.

Si les monuments civils ou religieux de la Chine antique ne frappent pas d’étonnement, comme ceux de l'Egypte, de l’Assyrie et de l'Inde, par leur architecture colossale, elle n’en à pas moins joué un rôle important, dans l’histoire du luxe (1).

Ses empereurs contribuèrent, pour une large part, au développement rapide du faste: non-seulement ils en donnèrent l'exemple, volontiers suivi par les courtisans et les nobles, mais ils s’ingénièrent à en multiplier les formes. C'est ainsi que Yen-ti favorisa l'extension du luxe public.

Il fit aussi la part du luxe utile, en généralisant la culture du mürier; certains auteurs chinois disent même qu'il inventa l’art de tisser la soie. Elle ne devait être introduite en Europe que sous Justinien.

Les vases de terre cuite et de bronze dénotent déjà une habileté consommée. C'est seulement au deuxième siècle avant l'ère chrétienne que devaient apparaître les premières porcelaines.

Comme partout, le mauvais luxe devait triompher, à un moment donné. Dès le XITI° siècle avant J.-C.,

(4) BauDRILL., op. cit.,t. I.

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Cheou-Sin et sa favorite Ta-Ki se livrent aux plaisirs les plus effrénés et étalent un faste insensé; partie de la cour, la dépravation devint générale.

Puis c'est une longue succession de princes, tantôt vertueux, tantôt voluptueux. Mais tous protégèrent les arts et les industries de luxe ; toutefois, la rigueur extrême du régime auquelles corporations furent toujours soumises entrava souvent le luxe chinois dans son essor.

Dans le Japon antique. le luxe royal a toujours eu un caractère sacerdotal très marqué, le mikado étant presque considéré comme une idole divine. Les lettres, les arts et la musique y ont, de tout temps, été très en honneur. fl faut ajouter, enfin, que, s'il y a eu des abus, 1ls ont été moins grossiers, et que le luxe japonais s’est toujours distingué par un goût plus pur et une grâce plus fine.

Le culte des ancêtres, dans ces deux pays, a touours été très vivace: Chinois et Japonais attachaient une extrême importance à l'éclat des cérémonies unèbres et à la décoration des sépultures. Presque tous les tombeaux contenaient de l'argent et des vases précieux. Les obsèques des empereurs étaient célébrées avec la plus grande magnificence; des sacrifices humains les accompagnaient même par-fois. Le plus fastueux exemple de ce luxe funéraire est celui de l'empereur Hoang-ti, auquel fut élevé un mausolée superbe.

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Les plus célèbres navigateurs de l'antiquité, les Phéniciens (1), jettent une note originale dans l'histoire du luxe: ils nous offrent, en effet, le type d'un petit peuple, actif et industrieux, auquel les bénéfices énormes amassés dans le commerce permirent d'acquérir rapidement une richesse prodigieuse, et, par suite, une extraordinaire opulence. Bien plus que la Perse par ses conquêtes, ils contribuèrent, par leurs caravanes et leur marine marchande, à l'introduction de la civilisation orientale en Occident. On peut dire qu'ils ont été les principaux importateurs du luxe en Europe. Le Liban leur fournissait de superbes bois de construction pour leurs navires ; de l’Inde et de l'Arabie, ils apportaient les parfums, comme l’encens et la myrrhe; les épices, l'ivoire, les riches étoffes, les bois précieux. |

Essentiellement colonisateurs et commerçants,

ils fondèrent des établissements dans toute la Méditerranée ; de F Angleterre, ils tirèrent l’étain ;de PEspagne, l'argent, le plomb, le fer, le vin, les fruits, les laines fines, et peut-être l’ambre. Les premiers, ils teignirent avec la pourpre le lin et la laine, avec une rare perfection. Ils surent travailler le verre et le cristal avec une adresse inconnue jusque-là. Ils excellèrent dans l’orfèvrerie et la taille des pierres précieuses : on leur doit la glyptique, qui est l’art de graver ces mêmes pierres.

(1) Dronore, Biblioth. histor. et SrRABON, Géogr.

Tyr, et Carthage, une de ses principales colonies, sont restées célèbres par leur magnificence.

Ces deux cités devaient connaître tous les abus du faste privé: le luxe des demeures, des vêtements et des tables s’y fit remarquer par les raffinements les plus excessifs.

Villes cosmopolites, elles furent le théâtre de tous les vices et de tous les plaisirs. L'or et l'argent s’y accumulèrent, mais l’art y fut, à quelques exceptions près, toujours dominé par un luxe sensuel et dissolu.

Contrairement à ce qui s’est passé pour la plupart des peuples de l'Orient, le luxe s’est tardivement développé chez les Juifs (1). De nombreuses causes, naturelles, sociales et religieuses s’opposaient à son extension: un pays aride, sauf en Galilée ; la vie longtemps patriarcale, nomade et simple, puis agricole, avec le régime de la petite propriété; le petit nombre des esclaves ; l'égalité des Hébreux devant la loi (car, si l'influence sacerdotale fut prépondérante, cela n’alla pas jusqu’à la théocratie) ; enfin, la loi religieuse qui défendait la représentation de Dieu, des hommes ou des animaux, supprimantainsi tout art décoratif dans les temples, et, du même coup, toute image ou statue. Dans la vie privée, elle prescrit rigoureusement la simplicité la plus complète.

C'est seulement au retour de la captivité d'Egypte,

(1) Josèpne, Anfiquilés judaïques.

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avec Moïse, et sous le gouvernement des juges ou chefs électifs des tribus, que le luxe s'accroît notablement.

Avec David, c’est l’avènement du faste et de la magnificence, conséquence naturelle d'une monarchie puissante et despotique. [1 bâtit Jérusalem, quine devait pas tarder à devenir une cité voluptueuse.

Avec Salomon, c’est une pompe monarchique encore plus splendide ; son palais éclipse celui de David : l'or, l’ivoire et l'argent s’y rencontrent partout. Contrairement aux traditions séculaires, il est magnifiquement décoré.

A l'image du palais royal, les demeures sont garnies de meubles en bois parfumés, de tapis moëélleux, souvent de lits d'ivoire et de vases de prix. Les riches commencent à posséder une foule de robes luxueusement tissées, brodées d’or et d’argent, quelquefois de pierreries. La passion des parfums ne connaît plus de bornes : les vêtements, les lits, la chevelure, les maisons même en sont imprégnés. Les femmes surtout en font un usage immodéré. Elles poussent aussi très loin le luxe de la parure : comme les concubines du roi, elles se couvrent de bracelets, de bagues, de pendants d'oreilles, de colliers d’or et de perles. Quelques-unes vont, de raffinements en raffinements, jusqu’à la dépravation, et les courtisanes juives dépassent en corruption celles d'Athènes et de Rome.

Avec Hérode, certaines habitudes romaines s'in-

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troduisent : Jérusalem possède un cirque et”plusieurs théâtres. :

Les monuments funéraires des Juifs sont très simples, leur religion supprimant toute espèce de décoration. Comme exception, on peut citer le splendide tombeau élevé à David par Salomon et celui des Macchabées. Mais, de tout temps, ils donnèrent aux obsèques la plus grande pompe possible. De plus, les sarcophages étaient faits, pour les riches, de bois précieux, et l'embaumement était une pratique générale.

La Grèce a été le principal foyer de la civilisation antique, la véritable patrie des lettres, des sciences, des dieux et des arts. Elle à, par là, exercé, sur tout le monde occidental, une influence considérable.

D'une manière générale, le luxe hellénique offre infiniment plus de variété que le luxe oriental. Il est, au moins au début, beaucoup moins sensuel ; même dans leurs excès, les Grecs surent toujours, à quelques exceptions près, éviter la grossièreté. Plus qu'aucun autre, en effet, ce peuple élégant et fin eut le sentiment de l’art et l'amour du beau.

Comme dans presque tous les pays, le premier luxe public, celui des temps héroïques, est religieux. Le polythéïisme favorise son extension : chacun des dieux qui habitent l’Olympe est l’objet d’un culte spécial ; représenté primitivement par une pierre ou une colonne, il reçoit de splendides offrandes. Plus tard, avec les progrès de l’industrie, il a sa statue,

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