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nière exécutée de force, au moyen de corvées meurtrières imposées à la masse.
D faut attendre jusqu’au VI* siècle de Rome, à l’époque des Guerres Puniques, pour assister au véritable développement du luxe privé.
Après l'exil des Tarquins, la république est établie ; leur tyrannie est la cause de ce changement.
Dans ces temps lointains, le luxe est encore rare, les mœurs simples, rudes et austères. Nombreux sont les exemples de désintéressement et même de patriotisme farouche. Mais il ne faudrait pas trop vanter la pureté de cet âge d’or de la république romaine ; elle tient, en grande partie, au manque de richesses et ne fut, bien souvent, que de la barbarie primitive.
L'or, et, à sa suite, le faste, devaient s’introduire avec les conquêtes. Les Eques, les Volsques, les Samnites, que Rome combattit souvent, étaient déjà d’opulents voisins : ils connaissaient les boucliers d'or et d'argent, les armes ciselées, les étoffes de lin fin et de pourpre tissées d'or, les colliers, les bracelets, l'usage de la monnaie. Mais l'effet ne se produit alors qu'en ce qui concerne le luxe publie, soit civil, soit religieux : obsèques, cérémonies du culte, temples, statues, offrandes aux dieux, triomphes en l'honneur des généraux ou des consuls vainqueurs.
Le luxe de parure, lui-même, demeure fort restreint, les demeures tristes et nues, les lits primitifs, les vêtements très simples, les serviteurs peu nombreux, les repas frugaux, à peu près exclusivement
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composés de légumes servis dans des plats d'argile : bien rarement voit-on le poisson ou la viande y figurer.
Après la défaite de Pyrrhus (272 av. J.-C.), Rome est la première puissance de l'Italie. Cette victoire est l’occasion de plusieurs triomphes, où l’on voit briller les vases d’or, les chars somptueux, les tapis de pourpre : des tableaux, des statues, des trésors sont enlevés aux vaincus, pour garnir les temples.
Le luxe privé reste encore l'exception. C'est l'époque des vertus civiques et guerrières, avec les Dentatus, les Decius, les Fabricius. C’est le beau moment de Rome.
La première Guerre Punique (264-242) est signalée par les honneurs extraordinaires décernés au consul Duilius. Avec la seconde (219-202), on suit de plus près le progrès du faste privé. Marcellus apporte les œuvres d'art de Syracuse, Appius les raffinements de Capoue, Scipion l'or de Carthage. Le luxe prend alors un développement exagéré et se corrompt rapidement. Le régime de la grande propriété et l’esclavage y contribuent largement: le travail, soit agricole, soit industriel, les métiers manuels et les professions libérales sont abandonnés aux esclaves. Les immenses richesses conquises, s’entassant chez un peuple sans commerce ni Industrie, recoivent nécessairement un emploi improductif, puisqu'il n’y a plus de travail libre. La classe moyenne est anéantie, la plèbe romaine se forme et la lutte commence entre riches et pauvres. |
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Rome, poursuivant ses conquêtes, soumet la Macédoine et la Grèce ; après ses victoires sur Philippe et Antiochus, les manifestations du faste deviennent très variées : le goût du luxe et d’une vie plus large se généralise (1).
L’affluence de l’or et le contact avec l'étranger sont également une des causes principales de la corruption du luxe romain. La Grèce de la décadence introduit ses habitudes de dissolution et de volupté, ses rhéteurs et ses sophistes, qui prêchent le scepticisme et l’impiété, sa philosophie matérialiste, ses bouffons, ses mimes, ses chanteurs, et, malheureusement dans une faible mesure, ce qui subsiste de son génie artistique.
L'Orient exerce une influence plus délétère encore, par son luxe matériel et raffiné. De l’Asie viennent les tapis éclatants, les pierres précieuses, les riches vêtements, les parfums, et, avec eux, la mollesse efféminée et dégradante.
L’'Etrurie importe la mode des représentations théâtrales.
Ces conquêtes n’eurent une influence aussi rapidement démoralisatrice qu'à cause de la mauvaise constitution économique de l’état romain : car, en eux-mêmes, les perfectionnements et le bien-être n'étaient, en somme, que le résultat normal et nullement blâämable de l'extension de Rome et de ses succès.
Du temps de Caton l'Ancien, la société est donc
(4) VALÈRE-MAXIME, Liv. IX.
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dejà bien corrompue. Les temples et les monuments civils sont plus riches, les demeures particulières mieux meublées. Mais le mauvais luxe l'emporte : c'est le règne des courtisanes et des parasites. Les riches entretiennent des comédiens et des danseurs. Les femmes se font les propagatrices du luxe, la femme dotée, devenue plus indépendante, plus encore que la courtisane. Elles se fardent, se couvrent de bijoux, gaspillent leur fortune en recherches coûteuses. Une conséquence morale très grave en résulte : les hommes, détournés du mariage, s’adonnent à la débauche.
Les fêtes religieuses et civiles, qui ont joué un si grand rôle dans la vie romaine, constituent, à cette époque, la plus importante partie du luxe public. Au début, elles sont surtout religieuses, et célébrées avec beaucoup d'éclat : telles sont les Quinquatries, les Céréales, les Saturnales, les Florales (1). En outre, les corporations ont presque toutes les leurs, qui sont périodiques. À l’origine graves ct imposantes, elles dégénérèrent souvent, dans la suite, en orgies. Les fêtes civiles et militaires sont aussi brillantes : le Triomphe, en l'honneur des chefs vainqueurs, d’abord simple et austère, est devenu l’occasion d'une magnificence Imouie. Enfin, les spectacles et les jeux du cirque sont aussi très en faveur.
Les monuments sont encore rares.
Après Caton, le luxe continue à se développer : la destruction de Carthage (146) est le point de départ
(1) Ovis, Fastes, liv. I,
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d’un extrême accroissement des habitudes fastueuses. La somptuosité de la table devientexcessive. Les raffinements se font, chaque jour, plus nombreux: bains parfumés, lambris dorés, plats d’argent, lits d'argent, et même d’or. Les riches étoftes. les belles statues, l'or, l'argent, ne cessent d’affluer à Rome, après les défaites successives de Jugurtha, des Cimbres, des Teutons ct de Mithridate.
Avec Sylla (82 av. J.-C.), l’histoire du faste devient sanglante : c’est le triomphe du luxe sensuel et vicieux. Sylla pille et proscrit par cupidité, pour se procurer des jouissances de plus en plus complètes. À cette triste époque, « le faste public consiste à peu près uniquement en distributions abusives faites au peuple » (1). Cependant, au milieu de ses débauches, Sylla conserve le goût des lettres et des œuvres d'art. Ses villas abondent en tableaux, statues, bronzes, livres rares.
Lucullus, fameux par sa prodigalité et ses festins, reste, quand même, un esprit ouvert, élégant, cul- : tivé, accessible aux idées élevées : ses bibliothèques sont restées célèbres. Il a le goût du bien-être intelligent; ses nombreuses maisons de plaisance l'attestent.
Crassus se fait remarquer par d'immenses libéralités au peuple, Scaurus par les théâtres et les cirques qu'il bâtit pour le distraire.
Les riches citoyens les imitent à l’envi : leurs
(1) BatvoriLLanrTr. op. cit, T. Il, p. 82.
villas ruissellent de luxe : partout l'or, l'argent, les tableaux de prix. Les viviers, les volières, les jardins sont à la mode. Les raffinements de la table atteignent un degré inouï; certains mets très recherchés coûtent des sommes énormes. La volupté et la sensualité sont extrêmes : aux soupers, les convives se couvrent de senteurs exquises, et l’on parfume même les vins. Les plats sont succulents et servis avec une rare profusion (1). Telle est la gloutonnerie des invités que l’on voit s'établir l’ignoble usage des « vomitoria ». « Edunt ut vomant, vomuntut edant », dit avec raison Sénèque.
Les ameublements sont très somptueux, les collections rares très en vogue : c’est là un côté moins grossier du luxe romain de cette époque.
À la fin de la République, la constitution de plus en plus oligarchique de Rome, l'affaiblissement des idées religieuses et la formation de fortunes immenses, grâce à l’or des vaincus et aux erands domaines, expliquent le développement de plus en plus excessif du luxe. Au milieu des guerres étrangères et des luttes intestines pour le pouvoir suprême, tous les genres de faste continuent à marcher de front. Les distributions d'argent, les repas publics, les combats de gladiateurs sont, pour Îles concurrents, les moyens de gagner la faveur populaire.
La dissolution des mœurs et la facilité du divorce
(1) Horace, Salires. — MartriAL, Epiyrammes.
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permettent au mari et à la femme de s’adonner à la licence. Les femmes du monde, elles-mêmes, comme Clodia, Cæcilhia Metella et tant d'autres, se font remarquer par leur dépravation et leurs aventures galantes. Le besoin d’argent est général : les riches publicainset les gouverneurs de provinces ontrecours aux exactions et à la spéculation pour satisfaire leur faste effréné. Le luxe de parure s'accroît aussi : les étoffes fines et les pierreries sont portées par les hommes comme par les femmes. Le marbre abonde dans les maisons : les lits et les meubles sont de plus en plus riches ; les coupes, les vases en or, les tables précieuses, souvent d'argent massif, sont à la mode. Verrès a la passion des objets d'art : ses villas renferment des collections superbes de statues, de tableaux, d’orfèvrerie, pillées un peu partout. Cicéron a laissé le souvenir de sa prodigalité et de ses dettes : mais 1] aima, par-dessus tout, les livres, les œuvres d'art, la peinture, la sculpture. Pompée, ami du grand luxe, fait élever un théâtre magnifique, où six cents lions combattirent avec des gladiateurs (1).
Mais César les surpasse tous. Pour lui, le faste est un moyen politique : il veut attirer à lui la foule, en l’éblouissant, et servir ainsi son ambition. Ce ne sont que combats de bêtes, jeux, prodigalités au peuple et aux soldats. Son triomphe (46) est suivi des fêtes les plus belles que Rome ait vues : un festin
(1) G. Borssier, Cicéron el ses amis. — PLUTARQUE, Vie de Pompée. —
CATULLE, Épigrammes.
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de 2,200 lits est servi à la populace et le vin y coule à flots (1).
Simple chez lui, il est richement vêtu en public. Il aime passionnément les pierres précieuses, les tableaux, les statues. Enfin il dépense des sommes folles pour Cléopâtre, qui coùta aussi tant d’or à Antoine: pour ce dernier, le luxe est un but, et, avec lui, 1l est effréné. C’est un faste de parade et d'ostentation.
Antoine veut exciter l’envie et l'admiration. Il est, avant tout, un débauché. Son armée est escortée d’un monde de bouffons et de courtisanes. Il est asiatique dans ses excès : César y fut romain et son luxe fut, au contraire, souvent grand et noble.
Rome était bien corrompue : le luxe devait croître encore, depuis Actium jusqu'à Néron (2). Avec l'Empire, d’aristocratique, il devient monarchique, et atteint son apogée. Les causes de cette marche ascendante sont l'esclavage et la période de repos succédant à l’agitation de la fin de la République. Le riche ne pense qu'à jouir, jusqu'à ce que le dégoût de la vie le mène au suicide. Tout travail étant entre les mains des esclaves, une plèbe nombreuse et oisive se forme, à laquelle il faut « le pain et les jeux du cirque »; c'est qu'elle veut avoir aussi son luxe. Autour du souverain, enfin, se constitue une cour fastueuse : il entretient tout un monde de courtisans, de mimes et d’affranchis. En somme, à
(4) Suérone, Vie de César.
(2) Tacrre, Annales. — M. ZELLER, Les empereurs romains.
part quelques exceptions, la dépravation, au moins à Rome, est générale et le luxe malsain domine. Auguste est un de ceux qui ont le plus fait pour le faste publie, qui, avec lui, est à la fois magnifique et utile. Il élève des portiques, des théâtres, des temples, des cirques, des bains, des jardins, des fontaines. Le Champ de Mars est entouré de constructions splendides, le Capitole restauré. Agrippa dirige ces travaux, tandis que Mécène protège les arts. Devant ses sujets, l'empereur fait montre de simplicité, pour ne pas blesser la foule. Au fond, il reste ami des objets de luxe, des meubles précieux et d'une somptueuse élégance. Sa fille Julie, au contraire, étale son libertinage et son faste.
Avec Tibère, aucun monument et peu de largesses au peuple. Frugal en public, il est, au fond, cruel et débauché. Dans les demeures, partout le bronze, l'or et l’ivoire (1). Le luxe des tables prend des proportions inouies. Caligula favorise les travaux publics. Quant au règne de Claude, il est marqué, avec Messaline, par de sanglants excès et d’ignobles débauches, par la passion du jeu, le luxe des tables et la magnificence des représentations théâtrales.
Avec Néron, c'est l'apogée du luxe déraisonnable. Son règne est « une orgie de vices et de crimes » (2). I brûle Rome, pour la rebâtir avec tout le faste possible ; il rêve l’extraordinaire. Avec cela, il est
(1) Suérons, Vie d’'Auguste, de Tibère; el Rome au lemps d'Auguste, de M. DEzoBry.
(2) BauUDRILLART, 0p. cit., Il, p. 200,