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Paris et dans les grandes villes ; car, dans les provinces, à part quelques abus, les mœurs restent fortes et simples.
— Vient alors la Renaissance qui amène, en même temps qu’une civilisation plus douce et plus épanouie, une visible transformation du luxe. La vie matérielle se perfectionne, grâce aux découvertes de la science et des navigateurs, aux progrès du commerce et de l'industrie ; les arts se réveillent et parviennent à leur apogée, vivifiés par l'étude de l'antiquité. La sensualité marche aussi de front, mais plus délicate, moins bestiale qu'au Moyen-Age.
C'est alors que se forme le grand siècle littéraire et artistique de l'Italie. C’est au milieu de ce culte pour les Grecs etles Romains que se dessine d’abord le mouvement qui, favorisé par la douceur du climat et la facilité de la vie, doit, de proche en proche, s'étendre, en bien comme en mal, aux autres nations européennes. Laurent le Magnifique fait de la démocratique Florence la cité brillante et raffinée par excellence. A la fois homme de plaisir et esprit cultivé, il protège Michel-Ange et Léonard de Vinci, et mêle l’art, surtout l’art décoratif, à toutes les parties du luxe : fêtes, palais, demeures privées. Mais l'éclat qu'il donne alors au faste public l’entraine à de regrettables profusions.
Venise, république aristocratique et puissance maritimé de premier ordre, étale un luxe public d’une rare magnificence, avec ses palais, ses églises, et surtout ses brillantes cérémonies, dont une des
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plus fameuses est la fête donnée, en 1574, pour la réception du roi de France, Henri III. Les opulents vémitiens introduisent alors leluxe des riches verreries et des glaces, dont eux-mêmes avaient emprunté l'usage à l'Orient.
La papauté, elle aussi, accorde aux arts une protection éclairée. Alexandre Borgia n’est célèbre que par ses vices et ses crimes, mais Martin V et Nicolas V sont les dignes précurseurs du sage Jules IL. Ce dernier restaure les monuments de Rome, et commence la merveilleuse basilique de Saint-Pierre, dont Michel-Ange devait, plus tard, édifier l’admirable coupole : le mausolée du vertueux ponte, sculpté par le grand artiste, est aussi une œuvre magnifique, bien qu'inachevée. Enfin, avec l'illustre Léon X, qui à donné son nom à tout un siècle, Rome est dans toute sa splendeur ; c'est alors que fleurissent Michel-Ange, l’Arioste, André del Sarto. Le Vatican, décoré par Raphaël, devient le plus somptueux des palais.
En même temps, en France, pendant le règne de Charles VIT, la belle Agnès Sorel exerce, sur l'ameublement, le vêtement et la parure, une immense et longue influence : elle leur imprime l'élégance et la finesse, quelquefois aussi la prétention, et se plait dans le charmant château de Loches, au milieu des fêtes brillantes. On peut, en passant, noter que, vers cette époque, commence à pénétrer, chez les grands, l’usage des mouchoirs. Quant aux nombreux hôtels de l’opulent argentier Jacques Cœur, à Bourges et à Paris, ils dénotent une richesse solide et de bon
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goût; une certaine exagération dans l’ornementation commence pourtant à se mamifester.
Louis XI, simple et réfléchi, abaisse la noblesse et porte un coup terrible à son faste, tout en encourageant les arts utiles.
Après l'expédition d'Italie, sous Charles VIT, le goût des jouissances plus raffinées s’introduit en France et les industries deluxe progressent : riches tissus, glaces, faiences, etc.
L'économe Louis XIT se montre l'ennemi déclaré des frivolités, et, si le faste de cour se maintient avec Anne de Bretagne, le bien-être et le luxe utile se répandent de plus en plus dans toutes les classes : les maisons sont mieux bâties, leur intérieur plus riche. La Renaissance commence en France, avec les châteaux d’'Amboise et de Gaillon, œuvres de Fra Giovanno Giocondo.
À Louis XII succède un prince brillant et fastueux, François [*, dont la cour, par sa pompe, ses charges innombrables et son cérémonial, fait pressentir celle de Louis XIV. Prodigue par politique, il veut devenir absolu, en s’attachant les nobles, par des dons et des faveurs. [1 veut aussi donner l’idée de sa puissance, par de splendides fêtes ; il éblouit Charles-Quint, par celle du Camp du Drap d'Or (1). Mais ses mœurs légères le conduisent à de ruineuses galanteries et les favorites prennent un ascendant regrettable. Il donne l'exemple de la recherche dans
(1) Gonerror, Cérémonial français.
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le costume et la reine-mère l’imite, tandis que sa femme, la modeste Claude, reste simple et vertueuse.
A côté de cela, son utile action sur les artset les lettres est digne d'éloges. C’est la gloire de son règne. Le goût italien est partout, avec sa grâce et sa pureté. Le roi établit en France une colonie d’arüstes : Léonard de Vinci, le Primatice, Benvenuto Cellini, qui construisent ou embellissentles châteaux de Fontainebleau, Chambord, Chenonceaux, ete.
François IT et Charles IX se laissent dominer par l’astucieuse Catherine de Médicis : ses excès et son luxe qu’elle cherche à justifier, en disant « qu’elle donnoit à gaigner au peuple, car elle aïmoit fort toutes sortes d'artistes et les payait bien » (1), sont prodigieux.
Le luxe achève de se corrompre, avec Henri II. C’est le règne des « mignons », des orgies secrètes, de la basse débauche, du faste étrange et grotesque, des modes bizarres et efféminées. L'art lui-même est en décadence.
En résumé, pendant le X VIe siècle, le luxe fait de grands progrès.
La royauté tombe trop souvent dans la profusion et la dissolution, mais elle donne, en même temps, l'exemple d’une vie matérielle plus confortable : la construction, l'ameublement, le vêtement subissent de notables perfectionnements. De la cour, de la noblesse et de l’armée, le luxe a gagné la bourgeol-
(1) Branrôme. Dames illustres : Catherine de Médicis.
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sie, et, s’il se pervertit quelquefois, du moins gagnet-il en élégance. Paris, déjà célèbre par ses fêtes et ses monuments, est la reine de la mode. La France transmet à l'Allemagne et à l'Angleterre une partie de ses usages propres, en même temps que ceux qui lui viennent d'Italie, et contribue ainsi, dans une très large mesure, à l'expansion de la civilisation générale.
Il est intéressant de considérer, en particulier, le rôle joué par le luxe de la table au Moyen-Age : elle y a ses excès, mais elle est un instrument très actif de rapprochement entre les hommes ; elle les rend plus sociables.Le seigneur féodal tient table ouverte, pour ses pairs, et même pour les pélerins, les pauvres, et, dans certaines solennités, pour tous les paysans qui sont ses vassaux. Les corporations célèbrent leurs fêtes par de copieuses bombances (1); les baptêmes, les mariages, les réceptions sont déjà l’occasion de joyeux repas, accompagnés de chants, de danses, de musique, et d’une extraordinaire abondance de mets et de vins. Des raffinements, qui rappellent ceux de Lucullus, sont en usage, dès le XIII: siècle, chez les grands et les rois. Dans les grandes circonstances, les convives se parfument et les fleurs jonchent le sol et la nappe. À côté de cela, les serviettes sont inconnues, les fourchettes aussi !
Le luxe et les raffinements de la table croissent, du reste, avec les Valois : Francois I* entretient
(4) LevasseurR, Hist, des classes ouvrières, t, I,
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toute une hiérarchie d'officiers de bouche et ses successeurs l’imiteront. Catherine de Médicis porte au comble le luxe des repas, la somptuosité des divertissements qui les accompagnent, la richesse de l'orfèvrerie et des services de table. Mais les paässionsrégnantes devaient corrompre aussice genre de faste, et si, de cette époque, date la gloire de la cuisine française, on doit regretter les excès gastronomiques et les abus des liqueurs auxquels s'adonnèrent trop fréquemment toutes les classes de la société.
Les fêtes populaires existent dès le commencement du Moyen-Age : telles sont celles des feux de la Saint-Jean, à Paris, des corporations, de la Tarasque, que Tarascon célèbre encore. On peut en dire autant des processions. Toutes ces cérémonies répondent à un besoin unanime de distractions et de spectacles. Mais c’est seulement avec l’affermissement du pouvoir royal, au XIII siècle, qu'elles ont pris un caractère réellement national. « Quand quelque chose d'heureux est arrivé au roi, la nation seréjouit uw) (1) Aux XIV’ etuXV° siècles, leur nombre et leur magnificence augmentent : sacre du roi, victoires, tournois, tout est prétexte à réjouissances publiques.
Quant au luxe funéraire, on peut dire que, dans la longue période qui va de l'apparition du christianisme au XVII siècle, il a revêtu des formes diverses, suivant l'influence religieuse et selon l'état
(4) BauDRILLART, op. cil., II, 514.