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la beauté du linge. Le bâtiment, l’ameublement, les jardins, les arts décoratifs se ressentent de cette tendance. Partout c’est le roi qui donne le ton; le faste est monarchique dans toute la force du terme. Louis XIV entend, en effet, que tout, même le luxe, émane de luiet que noblesse et bourgeoisie recoivent de lui exemple.
L'absence de tout contréle lui permet de donner libre carrière à ses goûts dispendieux. [1 Jui fallait, sans doute, une demeure en harmonie avec sa toutepuissance. Mais, au lieu de prendre le Louvre, il dépense, sans compter, l’argent de la France, pour édifier le prodigieux palais de Versailles et son immense parc artificiel, imposant aux ouvriers d’écrasantes corvées, qui rappellent celles des fellahs d'Egypte! Il a, d'ailleurs, la passion des constructions ; après Versailles (1), ce sont Trianon, Saint- Cloud,Marly, hâtivement terminés, grâce à Le Nôtre, Mansard, Poussin, résidences délicieuses, où les fleurs et les meubles élégants abondent, mais qui sont de véritables folies luxueuses.
Louis XIV est pénétré de cette idée fausse, que dépenser beaucoup, c'est faire aller le travail national, ne songeant pas qu'il diminue ainsi d’autant le fonds des productions plus utiles.
Cédant, d'autre part, à ses passions, il consacre d'énormes sommes aux brillantes fêtes, accompagnées de splendeurs inouïes et de profusions sans
(1) Henri MartIN, His!. de France, t. XII. — H. Forrour, Fastés de Versailles.
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bornes ; aux nombreuses favorites, qui deviennent des personnages historiques et jouent, dans lhistoire financière du temps, un rôle désastreux : parmi elles, M" de Montespan unit un faste scandaleux à une certaine charité ; aux dons, pensions et faveurs accordés à ces dernières et à tout un monde de parasites ; enfin, à Sa maison militaire et à sa maison civile qui dépassent, en cérémonial et en prestige, tout ce que l'Europe avait vu jusque-là. La quantité des charges est fabuleuse et beaucoup sont, nonseulement inutiles, mais ridicules. Colbert, malgré tous ses efforts, ne peut enrayer ce luxe abusif.
A l'exemple du roi et de la majorité de l’aristocratie, la noblesse militaire introduit, dans l’armée, la prodigalité et les raffinements luxueux, même en campagne. À Chantilly, le grand Condé se ruine en fêtes et en soupers. Bientôt, la noblesse des provinces, attirée par la vie de cour, afflue à Versailles, où la dépravation des mœurs et la passion effrénée du jeu sont à leur comble. Elle déserte ses terres et s'éloigne du paysan, dont elle ne s'occupe plus que pour l’écraser d'impôts excessifs, qui deviennent nécessaires, pour subvenir à ses profusions.
Une conséquence économique très grave en résulte : l’affaiblissement de l’agriculture et la misère des campagnes:
Cette corruption ne gagne pas toute la classe moyenne. Mais la riche bourgeoisie, au moins, se met à l'unisson et l’on y retrouve le même goût des plaisirs et de l’ostentation ; elle use de faux bijoux, de fausse argenterie On veut briller et paraitre!
C'est l'époque des bourgeois-gentilshommes. Les traitants et les formiers-généraux déploient une magniliconceinsensée ot Soignelay, par son faste, égale
l'ouquot.
Tant que la fortune sourit à Louis XIV, on supporte, on admire mûême ses prodigalités, car un cerain éclat en rejaillit sur le pays, et la gloire des armes achève d'éblouir la France et l'étranger. Mais viennent les rovors et l'enthousiasme fond, la réalité se montre, Louis XIV laisso un peuple épuisé, en hommes et en argent, par les effroyables dépenses
des guerres, qui s'ajoutent à sos folies fastueuses,
I laut, cependant, rendre justice au roi qui a donné son nom à tout un siècle, Les abus luxueux existent avant lui: sans doute, il les augmente, mais il a, dans l'esprit, un fonds de sérieux, de noblesse et de bon goût, et son influence a peut-être contribué à rendre ce luxe moins grossier, en lui permettant de s'épurer au contact des arts et de s'unir à Putile dans l'industrie,
Le luxe religioux est délaissé, Mais Paris est doté de quais, de promenades, des Invalides, de quarliers nouveaux, de jardins publics, de places, enfin d'un éclairage depuis longtemps souhaité, De plus, les splendeurs de lameublement des palais ont souvent le mérite de l'art, Siles beaux-arts, comme les lettres, sont étroitement assujettis à l'influence de Louis XIV, lo luxe décoratif publie est, avec Lebrun ot Lesuour, rempli de magnificence et de majesté,
L'académie royale de musique est fondée ; les poètes
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sont encouragés par des faveurs : le théâtre brille d'un grand éclat, et la France, avec Bossuet, Corneille, Racine, Molière et tant d'autres, est à la tête du mouvement littéraire et artistique, et de la civilisation.
Funeste à la longue et mauvaise pour une autre époque, la stricte réglementation du travail, par Colbert, assure alors la qualité des produits. D'autre part, la grande industrie, née avec les manufactures royales, multiplie les objets où le luxe et le bon goût se mêlent à l'utile. L'abondance de la production fait baisser les prix, et le confortable se répand dans le tiers-état ; tapis, meubles à la fois élégants et commodes, étoffes fines et solides, linge de corps, vaisselle d’étain et même d'argent, glaces, faïences, verreries, verres à vitres, sont d’un usage courant, dans la bourgeoisie. L'horlogerie, enfin, se perfectionne et beaucoup de familles aisées possèdent des pendules, malheureusement fabriquées, pour ia plupart, en Angleterre, par les protestants, que la révocation de l’Edit de Nantes avait chassés.
En somme, pendant ce règne, les scandales et les abus ne doivent pas faire oublier le grand rôle que joue la France, au point de vue de la diffusion du luxe utile dans une bonne partie de la nation. Toutefois, la condition du paysan, surchargé d'impôts, est très précaire.
Le règne de Louis XV offre aussi, au point de vue du luxe, un spectacle intéressant. Idée de la richesse
LORQO et du luxe sans travail, désir immodéré des jouissances matérielles, soif ardente du bien-être, telle est, en France, au XVIII siècle, la caractéristique de l'époque immorale et frivole qui s'appelle la Régence (1).
Le système de Law, d'autant plus dangereux qu'il repose sur une vérité, la puissance du crédit, et qu'un immense succès couronne ses débuts, ouvre la voie à des appétits désordonnés, dont le Régent, la duchesse de Berry et les « roués » donnent le triste exemple. C'est tout un changement moral et social ; un nivellement s'opère : l'or est tout-puissant, et c'est à la richesse, non plus à la noblesse que lon distingue un homme. Le costume affecte un certain négligé, mais les folles dépenses, ie libertinage, la sensualité, la débauche sont partout. Tous, hommes du peuple et grands, maitres et valets, se ruent à l'assaut de la fortune facile que donne le papier, avec une ardeur justifiée par le déplorable état financier, dans lequel le grand roi laissait la France.
L'agiotage et la spéculation ne connaissent plus de bornes. Les plus déshérités jusque-là ont leur part des Jouissances les plus raffinées, et, de cette singulière époque, date, dans la foule, la chimère de l’or acquis sans labeur et la passion du lucre et du luxe.
Ce mal économique est compensé, toutefois, après l'effondrement de Law, par de sérieux avantages : le désir du bien-être donne une vive impulsion au com-
(1) Cf. LEMONTEY, ist. de lu Régence.
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merce età l’industrie. La propriété foncière se divise, l’agriculture est en progrès, grâce à la réaction contre le système mercantile ; le système du crédit est plus sagement appliqué. Le sort des paysans s'améliore.
La classe moyenne, enrichie par l'industrie, croît en importance. L'art est au service du bien-être ; tout, dans la vie privée, vise à l'agrément plus qu'au faste: les bijoux; l’argenterie; les appartements, plus petits et d’une élégance confortable, qu'ornent les Coustou, les Watteau, les Boucher ; les meubles, d’un goût souvent très pur et gracieux, mais quelquefois affadi et prétentieux. C’est alors qu’apparaît la « commode », qui emprunte son nom à ses tendances pratiques. Mais le clinquant commence à se montrer, dans l’orfèvrerie et le mobilier, pour mettre le luxe à portée de toutes les bourses.
Avec le commencement du règne de Louis XVI, les arts industriels se font remarquer, avec Greuze, Falconnet, Clodion, par une grâce charmante, par plus de sobriété dans les formes, d’honnêteté dans les sujets, de simplicité et de pureté dans le goût : les bronzes, les meubles, les porcelaines, les pendules de cette époque sont justement célèbres. Mais le luxe exagéré reparaît bientôt. On met, dans la chevelure féminine, savamment échafaudée, jusqu'à des fruits et des oiseaux empaillés; puis viennent les coiffures monumentales à la Belle-Poule et à la Junon, au moment de la guerre de l'indépendance américaine, et les profusions d'or et de bijoux sur tout le costume.
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On sait quel était, avec Louis XIV, le train de la maison royale.
Ces prodigalités diminuent légèrement sous Louis XV ; mais de graves abus subsistent encore, et, sous Louis XVI, les dépenses de cour tiennent toujours une place énorme.
Les mœurs publiques devaient se ressentir profondément de l'abus des jouissances matérielles et de la frivolité, qui dominent au XVIII siècle. De Paris, la corruption gagne les provinces françaises et l'Angleterre. On ne pense qu’à l'argent, aux plaisirs, au jeu. Les excès de table et de boissons existent dans toutes les classes et jusque dans l'armée, que de tels raffinements amollissent et dépravent.
Pendant toute cette époque des XVII: et XVIII siècles, on retrouve. dans les monuments funéraires, la pompe et la grandeur qui caractérisent cette période. Les mausolées de Colbert, de Mazarin, de Louvois, de Richelieu, de Condé, de Henri de Chabot, sont empreints d’une majestueuse beauté, qui n'exclut pas la grâce de l'ornementation.
Pigalle et Coustou se rendent célèbres, l’un avec le monument du duc d'Harcourt, l’autre avec celui du Dauphin, fils de Louis XV, et de sa femme Marie- Josèphe de Saxe.
Dans la période que nous venons d'étudier, la France est au premier rang de la civilisation : quand
il s’agit d'œuvres d'art ou de luxe, les autres nations sont ses tributaires. Et, si l'Allemagne voit alors chez elle des progrès industriels et artistiques, elle le doit à la maladroite révocation de l’Edit de Nantes, qui a amené chez elle les émigrants protestants, dont la plupart étaient d'excellents artisans.
Aussi l'histoire des divers pays autres que la France ne peut nous servir beaucoup, pour suivre l'évolution du luxe dans les temps modernes.
L'Espagne, cependant, jette, au XVII: siècle, une note très originale dans l’histoire du luxe : du haut en bas de l'échelle sociale, depuis le petit bourgeois jusqu'au noble aragonais ou castillan, jusqu'au souverain lui-même, c’est le faste sans l’aisance (1). On vit, en général, maigrement, malgré les prodigieuses richesses importées du Nouveau-Monde. C'est que tous, roturiers, hidalgos ou princes, ont la passion de la parure et des somptueux objets mobiliers. C’est dans ces dépenses que vont s’engouffrer tous les trésors, tandis que l’industrie, le commerce et l’agriculture sont négligés. Philippe HI et Philippe IV avec leurs favoris, Charles IT plus encore, donnent l'exemple d’un insatiable besoin de faste. Une implacable étiquette les astreint, d’ailleurs, au luxe. Partout la gêne et le convenu se retrouvent : dans les repas étrangement accomodés ; dans les postures, souvent incommodes; dans les habits et la parure, qui entravent les mouvements
(1) Comtesse p’Auznoy, Mémoires.
et étreignent le corps; enfin, dans une domesticité innombrable et encombrante.
Et c'est là, pour nous, un grand enseignement. L'histoire des peuples nous montre que trop de luxe conduit à la misère* à la ruine; c’est une considération d'ordre général, sur laquelle nous reviendrons, dans le cours de cette étude.
Mais voici la Révolution Française (1), avec les troubles, et les calamités, qui vont l'accompagner. Au début, cependant, le luxe et les plaisirs persistent à Paris. L'Opéra reste ouvert, la vie sensuelle et dépensière continue. Les salons de Talma sont renommés pour leur fastueuse élégance : de brillantes soirées s’v donnent fréquemment. Mirabeau, Danton, Desmoulins, Hébert lui-même, usent de toutes les jouissances que l'or peut procurer. Quant aux Montagnards, qui affectent, pendant la Terreur, une conduite publique simple et sévère, au milieu de leur sanglante besogne, ils s’adonnent à la débauche et à la volupté. Si Robespierre et Saint-Just se contentent de l’élégance des vêtements et de la finesse du linge, Barrère, Fréron et les autres, au sortir des Comités, passent leur temps dans les orgies et les plaisirs luxueux.
Mais, bientôt, les tendances égalitaires de 1789 se reflètent dans le mobilier et les modes. On abolit les
(1) V. Histoires de la Révol., de Tarers, liv. XVI, XX, XXII. — L. BLanc,
t. VI, X. — Mioner, t. II. — Micuezer, t. IV, et LAMARTINE, His. des Girondins.