‹ Le Luxe et les Lois SomptuairesChapitre 27 sur 35 · PR · texte numérisé non relu

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est certain qu’elle sacrifie, bien plus qu'autrefois, au faste inutile.

En Autriche, en Espagne, en Italie, en Russie, partout, enfin, nous retrouvons la même situation. Dans ces pays, on rencontre encore le grand et nobleluxe, mais aussi le mauvais. En Russie, la consommation des choses de luxe est encore peu répandue dans la masse, et le principal genre de faste consiste dans un nombreux personnel de domesticité et dans les vaisselles de table.

Quant à l'Espagnol, il aime toujours tout ce qui brille. Fier et sobre, à une table copieuse il préfère un somptueux costume ; comme Jadis, 1l a la passion des fêtes, auxquelles un ciel bleu et un soleil radieux apportent leur précieux concours.

Si, maintenant, l'on considère le luxe oriental moderne, en général, on verra qu'il est caractérisé par la remarquable persistance, depuis l'antiquité, de ses principaux traits.

Ainsi, la Perse à gardé son penchant pour les somptueuses étoffes, et son goût très vif pour les pierreries ; les riches personnages ont toujours les doigts chargés de bagues, et leurs poignards, leurs vêtements, leurs selles, leurs chevaux, sont couverts d’or et de pierres précieuses.

En Chine et au Japon, le luxe continue à s'exercer surtout dans l’ameublement, et à triompher dans les décorations intérieures et dans la fabrication des

fameuses porcelaines, toujours restées inimitables ; c'est que les artistes chinois et japonais, ont, de tout temps, excellé dans tous les travaux qui exigent la finesse et la dextérité. Quant au luxe arabe, il se fait toujours à peu près exclusivement remarquer dans les costumes, la parure et les armes.

Les expositions universelles de l’industrie, sont, assurément, pour le luxe, un des moyens de propagation et de diffusion les plus puissants qu'il ait eus dans l’histoire. L'Amérique, l'Angleterre, l'Autriche et l'Espagne, ont eu les leurs, avec celles de Philadelphie, Chicago (1), Londres, Vienne, Barcelone. En France elles ont été bien plus nombreuses : il suffit de rappeler les dates de 1855, 1867, 1878, 1889, et de citer 1900.

Ces exhibitions colossales ne vont pas sans quelques inconvénients. Les peuples chez lesquels elles ont lieu sont, semble-t-1l, les plus exposés à laisser surprendre leurs procédés et leurs secrets de fabrication, par la foule des savants et des inventeurs venus de tous les points de la terre. Il est vrai de dire, cependant, qu'aujourd'hui, en dehors de ces circonstances particulières, l'extraordinaire facilité des transports rapproche singulièrement et met en contact permanent les différentes nations du globe. Mais, en outre, si la commande de travail national se trouve, temporairement, augmentée d'une facon notable, il n’est pas bien sûr, après tout, que, tout

(1) V. Tour du Monde, 1893, Chicago et l'exposition universelle Colom=bienne.

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compte fait, les dépenses ne l’emporteront pas sur les recettes, malgré l'affluence de l'or apporté par les étrangers.

D'autre part, certaines branches du commerce local sont exposées à souffrir d'un tel état de choses ; car chacun se réserve pour l’ «Exposition ».

En outre, on assiste à un certain bouleversement dans les conditions du travail ; beaucoup de gens abandonnent leur profession pour occuper, « à l’exposition », un emploi plus lucratif; et, d’une manière générale, une masse d'ouvriers et d'employés, soit indigènes, soit étrangers, se trouve brusquement ramenée à sa situation pécuniaire antérieure, après avoir été, pendant quelque temps, payée fort cher. Habituée momentanément à un salaire énorme, il lui faudra, après cette période exceptionnelle, se contenter, à nouveau, d'un gain plus modéré et elle se fera difficilement à cette idée.

Il faut tenir compte aussi du renchérissement de la vie, en vertu de la loi, éternellement vraie, de l'offre et de la demande. La demande est extraordinairement abondante, puisqu'il faut subvenir aux besoins de la foule innombrable des visiteurs ; la conséquence économique qui en résulte forcément, c’est l’augmentation du prix de la vie.

Enfin, la ville, dans laquelle doit se tenir une exposition, est en proie à une sorte de surexcitation fébrile. On s’agite ; on construit, on restaure hâtivement. On fait, de cette cité, un endroit cosmopolite,

et le rendez-vous de plaisir du monde entier; il est bien probable que les mœurs n’y gagnent point.

Mais, d'autre part, ces « grandes foires », comme les appellent leurs détracteurs, ces « joutes pacifiques », comme les nomment leurs partisans, exercent une action considérable sur le progrès industriel général, dont elles font monter le niveau. Réunissant tous les produits les plus parfaits, elles font naître, entre les divers peuples, une émulation comparable à celle qui a lieu, à l’occasion des expositions locales, régionales ou nationales, entre les industriels d’un même pays. Siles choses de première utilité en profitent, les objets de luxe y gagnent beaucoup aussi; car tout ce qui brille et séduit, tout ce qui sert à charmer l'existence s’y offre aux innombrables visiteurs, sous son aspect le plus favorable. Tout ce que l'industrie et l’art peuvent faire de mieux se trouve là, en effet. Le luxe tend ainsi à devenir universel, par la variété des choses sur lesquelles se portent les convoitises, et sa clientèle s’accroit, car il excite plus de désirs. Il se manifeste sous une multitude de formes, chaque pays exposant les produits qui lui sont spéciaux. Parmi ceux-ci, un certain nombre n’est accessible qu'aux plus fortunés. Mais un mouvement niveleur ne s’en accomplit pas moins, et il est à prévoir que les perfectionnements et les inventions, dont on admire les résultats aux expositions, continueront, de plus en plus, à jeter, dans l'usage général, une quantité d'objets destinés à augmenter le bien-être, l'élégance et l'agrément de la vie. La difficulté sera de rester fidèle aux tradi-

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tions de goût du passé, tout en travaillant pour la masse.

Le luxe actuel présente un tableau intéressant, non-seulement par ses caractères généraux, mais aussi par l'infinie diversité de ses formes. Sous l'influence de l'esprit démocratique de bien-être et d'égalité, 1l s'est multiplié, nivelé, réparti dans toute la société. Un luxe plus pratique et plus général s’est substitué, peu à peu, au faste incommode souvent et aristocratique des âges précédents. Dans le peuple ce luxe est parfois d'un goût douteux, mais, à côté de cela, les classes inférieures ont fréquemment le sentiment de la mesure, de l'harmonie, de l'esthétique même.

Mais la situation n'est pas exempte de dangers. La passion des jouissances s’est étendue et développée dans toutes les classes, et 1l est certain que nous faisons une part trop considérable à l’ostentation, aux raffinementssensuels, aux vaines futilités. La religion et la morale peuvent seules remédier à un tel état de choses.

Ce besoin immodéré de plaisir est une des causes principales de la décroissance observée dans la population, et, malheureusement, dans celle de la France surtout. On regarde les enfants comme un obstacle à la vie luxueuse, comme une gêne, eta part de rares et honorables exceptions, on en désire le moins possible. De là à préférer au mariage le célibat, avec tous ses inconvénients sociaux, il n’y a qu'un pas. On peut, à ce propos, faire une curieuse

remarque ; c’est dans la classe ouvrière, c'est-à-dire dans celle qui a le moins de ressources, que la natalité a le moins diminué. Elle y est restée fréquente, tandis qu’au contraire, elle se fait rare dans la classe élevée ; c'est à celle-ci, pourtant, de donner en tout l'exemple à la masse.

La littérature, elle-même, porte l'empreinte des tendances générales à la sensualité. Aujourd’hui, tout le monde aime ses aises, trop peut-être. L'on déserte les campagnes pour $e ruer dans les villes, où l’on croit trouver une existence plus facile et plus douce. La vérité est qu'un luxe superficiel et hâtif y cache fréquemment le dénuement.

On veut, à tout prix, s'élever et paraître. Le frein moral et religieux est ce qui manque le plus: il y en à trop peu. Du haut en bas de l'échelle sociale, on veut se donner toutes les satisfactions et tous les plaisirs possibles, On entend ne rien se refuser, etla masse traduit cet amour des raffinements par la recherche des jouissances qui sont à sa portée.

Le superflu nuisible occupe assurément une trop large place. Mais l'homme est moins violent, moins grossier qu'autrefois dans ses excès. De plus, la corruption n’est pas la règle, il s’en faut, et les théories qui mettent les joies matérielles au-dessus de tout n'ont pas tous les suffrages, heureusement. Les riches sont loin de ne donner que des exemples qui pervertissent, et la charité sociale est une des choses qui font le plus d'honneur à notre siècle : jamais elle n’a été plus répandue, plus agissante.

On peut, malheureusement, constater une augmentation notable de la criminalité, due à l'alcoolisme et au manque de croyances religieuses.

Mais, dans la foule, à côté des défauts inhérents à la nature humaine, que de vertus ignorées, que de dévouement caché et d'autant plus méritoire, que l'éducation a moins fait sentir son influence dans cette partie de la société !

Là non plus on ne peut nier la part du bien.

Les solennités publiques ont, chez nous, beaucoup moins d'importance que dans l'antiquité et au Moyen-Age. C'est qu’'alors l'élément religieux, l'élément civil et l'élément militaire, qui ont actuellement leurs représentations spéciales, se réunissaient dans le même ensemble saisissant. En outre, aujourd’hui, la vie privée a ses distractions, ses plaisirs à elle et l'emporte sur la vie publique: à Rome, en particulier, au contraire, il y avait une plèbe qu'il fallait à tout prix distraire. I] faut ajouter aussi que nos vêtements paraissent bien sombres, à côté des brillants costumes du temps passé. Cependant, les fêtes du sacre, dans certains pays, ont gardé quelque chose de l'éclat ancien et les merveilleuses cérémonies de la Semaine Sainte, à Rome ou à Séville, rappellent aussi les splendeurs disparues.

Que dire, maintenant, des grandes villes, Paris, Londres, Berlin, New-York, Saint-Pétersbourg, etc., avec leur éclairage électrique, avec leurs cafés et leurs restaurants étincelants, avec leur grand nom-

bre d'hôtels et de maisons particulières avant ascenseur, calorifère, téléphone, salles de bains, fumoirs, salles de billards, etc.? Certains intérieurs privés sont des merveilles de richesse artistique, sobre et distinguée, unissant l’utile et le solide à l'élégance. On trouve, en Amérique, d'immenses hôtels, qui sont de véritables palais, et dont l’analogue n'existe dans aucune ville d'Europe. Tels sont l'hôtel Astoria, à New-York, et l’Auditorium, à Chicago. Le Palace-Hôtel, tout récemment construit à Paris, est loin de les égaler.

Aujourd'hui, tout le monde veut avoir son luxe ; de ce désir universel sont nées les industries dites « d'imitation », dont les produits, meubles, tentures, tableaux, statues, pendules, services de table, sont à la portée de la masse : on y sent parfois trop le clinquant; au moins, donnent-ils à leurs possesseurs l'illusion du vrai et du somptueux.

Malgré les grands progrès du confortable général, le bien-être est encore parfois très rudimentaire ou même nul, au point de vue de l'habitation, chez les ouvriers des villes et des campagnes. On voit encore trop souvent des familles occupant des demeures insalubres, mal aérées, et n'ayant qu'un mobilier réduit à sa plus simple expression.

Au contraire, on peut constater que les ouvriers agricoles anglais apportent tous leurs soins au meilleur arrangement possible du « home » : il est propre, engageant, meublé avec un goût étonnant, «Ce mode d'installation au foyer développe le

sentiment de la dignité; de plus, il prédispose à l'activité, car la vie plus ornée sollicite l'effort et le soutient » (1).

Il y aurait là une comparaison intéressante à faire avec le logement misérable et malpropre de la plupart des ouvriers de ferme français.

Fréd. Le Play (2) fait la même remarque, quand il parle de la tendance au luxe marquée surtout chez certains travailleurs de l'Occident, par limitation de la nourriture, du mobilier et du vêtement des bourgeois, « et observée notamment », dit-il, « chez les ouvriers anglais et chez l'ouvrier sédentaire de Paris ».

Il y à aussi progrès général dans l'alimentation ; la profusion des mets a bien diminué. On ne voit plus de ces gigantesques bombances, si fréquentes au Moyen-Age. Seuls, dans quelques contrées, les repas de noces rappellent encore, mais de très loin, les exploits gastronomiques de nos ancêtres.

En somme, aujourd’hui, le luxe des tables est moins excessif; dans nos dîners, dans nos déjeuners, dans nos banquets, il v a plus de mesure et d'élégance. En outre, le peuple est incomparablement mieux nourri que jadis.

L'usage du vin, du sucre et du café est, maintenant, répandu partout.

(4) Ep. Demouins, À quoi lient la supériorilé des Anglo-Saxons, livre IL, p. 157 et sq. et 197 et sq.

(2) F. Le PLay, Les Ouvriers Européens, I, vi, 12; VI, vi, 16; VI, vi, 10; VI, xx, 5 et, dans chaque monogr., $ 10.

Malheureusement, l'alcoolisme exerce, particulièrement dans le peuple, des ravages de plus en plus effroyables (1).

Aussi est-il bon de s'arrêter un moment pour examiner les effets de ce luxe qu’on ne vit jamais aussi excessif que dans les temps modernes. Sans doute l'alcool est ancien; il est connu depuis fort longtemps : les Arabes l'avaient découvert dès le XI: siècle et lui avaient donné son nom. Mais, jadis, il était loin d’être aussi répandu qu'aujourd'hui : on en produisait peu et son prix était très élevé. « On aimait bien les grandes beuveries », comme nous l’apprend Rabelais, mais si l’on se grisait alors, c'était avec de bon vin. Tandis que, de nos jours, on est arrivé à réaliser la production de l'alcool à bon marché. On ne se contente plus de l’extraire du vin et du cidre. L'industrie le recherche partout : elle le tire de la pomme de terre, de la betterave, des grains, et ces « alcools industriels » qui ont inondé le marché, permettent à tout le monde de s’intoxiquer à bas prix.

L'alcool a sur l’orgauisme l’action la plus funeste : il altère la santé, 1l ruine les facultés morales et intellectuelles de l'individu.

Et ce n’est pas tout : ses terribles effets sont héréditaires ; les enfants des alcooliques sont des dégé-

(1) BAUDRILL. , op. cûl., IV, p. 613 et 674. — LE PLAY, op. cit., Il, mx, IV, VIU, IX; I, v; IV, v, 3, — D. chaque monogr., 8 9 et 15,

nérés et sont une facile proie pour toutes les maladies (1).

De plus, on a remarqué que, chez les populations adonnées à l'alcool, la taille moyenne diminue, comme aussi la natalité.

C'est ce qui donne à la question son importance sociale : lPalcoolisme est Je fléau le plus redoutable qui puisse compromettre la conservation d’une race et l'avenir d’une nation, et il est pénible d’être obligé de reconnaître que la France est le pays où, à l'heure actuelle, 1l a fait le plus de progrès.

Les chiffres, d’ailleurs, y sont éloquents. Ainsi, pour 1898, les statistiques officielles accusent une consommation de plus de 2 millions d’hectolitres d'alcool à 100°, sous la seule forme de liqueurs, de bitters et d’apéritifs !

Et l’alcoolisme est chez nous en progression rapide et continue, tandis que, dans plusieurs pays, comme la Suisse, la Suède et la Norwège, 1l décroit notablement.

La France doit donc, sans perdre un instant, employer, pour le combattre, les moyens les plus puissants ; car une race alcoolique est vouée à une prompte décadence.

. En ce qui concerne les vêtements, il y a tendance à l’uniformité : c’est une conséquence des aspira-

(4) V. DusarniN-BEAUMETZ et AupiGé, Recherches expériment. sur l'alcoolisme chronique (1884), et D' LEGRAIN, Dégénérescence sociale et Alcoolisme (1895).

tions vers l'égalité des conditions, et des rapports continuels entre toutes les nations du globe. Il y a nivellement général : il s’est d’abord manifesté dans les villes, puis s’est propagé graduellement parmi les populations rurales. Ce mouvement a été facilité par les grands magasins de confections, qui permettent aux deux sexes de se procurer des vêtements tout faits à bon marché : c’est le « suitingsystem », qui à pris naissance en Amérique.

Aujourd’hui, tout le monde est mis de même ; tous se ressemblent. Ouvriers et ouvrières, domestiques, fermiers et fermières ont des vêtements à la mode, et des fourrures. L'étoffe est, sans doute, moins belle et moins solide que dans la classe élevée, mais, d'un peu loin, elle fait illusion. Il faut aussi noter l’abondance et la richesse du linge de corps, dans toutes les classes.

Les costumes nationaux disparaissent et il est permis de le regretter : le pittoresque y perd. De plus, ils sont généralement très seyants et donnent, à ceux qui les portent, un cachet tout particulier.

Ils semblent s’effacer devant la civilisation.

Is ont conservé tout leur éclat et toute leur originalité en Orient (1), où ils marquent, souvent encore, le rang social.

Les mandarins chinois, les rajahs de l'Inde, les seigneurs persans, les chefs kirghises du Pamir, se parent toujours des mêmes étoffes splendides. Il en

(4) Fréd. LE PLay, op. cil., Il, vi, 19; XI, 4.

one

est de même dans les chaudes contrées de l'Afrique : l'Algérie, le Maroc ont gardé ce genre de faste dans toute sa pureté; les belles fantasias arabes en témoignent.

Il existe encore des costumes locaux en Amérique, au Mexique, par exemple. IIS ontaussi subsisté dans diverses contrées de l’Europe : en Suède et en Norwège ; en Suisse et en Tyrol; en Espagne et en Italie; dans les principautés du Danube (Bosnie, Roumanie, etc.) ; en Turquie; dans certaines parties de la Russie, de l'Allemagne et de l'Autriche. En France, la Bretagne, la Normandie, la Lorraine en offrent encore des traces.

L'éclat des vêtements se retrouve aussi dans les uniformes. En France, ils sont infiniment moins beaux qu'autrefois. Ils sont encore très brillants en Allemagne, en Russie, en Autriche, en Turquie. Enfin, les régiments anglais donnent l'impression d’un faste de costume inouï et extraordinairement varié.

Nous sommes moins prodigues que nos aïeux, dans le luxe de parure. Il s’est fait plus discret, mais il s'est aussi démocratisé. Les jours de fête, la femme du peuple est souvent gantée, coiffée, finement chaussée. Elle a des bijoux en simili-or, en simili-diamant, qui lui permettent, à elle aussi, de se parer. Dès l'antiquité, du reste, on fabriquait « du faux »!

Les parfums, que l’on frelate, d’ailleurs, aujourd'hui, comme tant d’autres choses, sont peut-être

d’un usage plus répandu, mais chacun en abuse moins, en général.

Les fleurs aussi constituent un luxe que tous aiment, et qui sert à embellir les plus humbles demeures.

Que d’agréments la vie n'offre-t-elle pas aujourd'hui? Sans parler, chez les plus riches, du luxe des collections, des livres et des beaux parcs, de la musique en famille, des bals, des cercles somptueux, des soirées musicales et littéraires, il y a, pour la masse, les musées, les théâtres, les squares, jardins et concerts publics, les fêtes, et, quelquefois aussi, les représentations populaires; enfin une foule de spectacles, qui varient suivant les mœurs des différents pays; ainsi nul peuple au monde n'est plus passionné pour les courses de taureaux que les Espagnols, qu'enthousiasment l'adresse et l’agilité incroyables des toreros !

Le luxe des moyens de transport et des voyages s'est prodigieusement accrü, depuis quelques années.

Il y a loin des chaises à porteurs, souvent élégantes, mais bien lentes à se mouvoir, des litières, des carrosses somptueux, mais si lourds, à nos voitures si légères, si rapides et si nombreuses !

La bicyclette et l’automobile offrent, à beaucoup, maintenant, d'immenses facilités de déplacement.

Il en est de même des chemins de fer.

Les grands express européens, et, surtout, les rapides américains, avec leurs wagons-lits, leurs somptueux wagons-salons, restaurants et fumoirs, joignent l'extrême confortable à la vitesse.

De plus, d'immenses paquebots français, américains, allemands, anglais, véritables villes flottantes, très luxueusement aménagés, avec table copieuse, cuisine exquise, salons superbes et nombreuses cabines, vous transportent rapidement dans n'importe quelle contrée ; le temps de toutes les traversées a été notablement réduit et le sera sans doute encore.

Enfin, toutes les grandes villes du globe possèdent des gares splendides, des tramways électriques, et l'on trouve des hôtels jusque dans les montagnes, qu'escaladent les chemins de fer à crémaillère !

Par contre, aujourd'hui, un autre genre de luxe a diminué ; c'est celui de la domesticité. On le trouve surtout encore en Orient, dans l'aristocratie russe et espagnole, et chez quelques lords anglais.

L'habitude du jeu existe toujours et ne disparaîtra probablement jamais, car on la trouve même chez les sauvages.Mais, sur ce point comme sur beaucoup d’autres, d’ailleurs, sommes-nous plus modérés que nos ancêtres ?

En outre, nous aimons à fumer (1). C’est un goût commun à presque tous les pays, et, si les Occiden-

(1) Fréd. Le PLay, op. cit, II, IV, V, VL

taux, par exemple, ont le tabac, dont ils abusent fréquemment, les Chinois (et quelquefois aussi les Européens) ont l’opium, dont l’usage produit des effets encore plus funestes.

La consommation du tabac à présenté, depuis une cinquantaine d'années, un mouvement progressif général et très rapide.

AïnsiM.Barral, rapporteur delaquestion destabacs àal'Exposition de 1855, avaitalors calculé que le monde entier consommait pour 1 milliard 500.000 francs de tabac. En 1867, il lui fallut reconnaître qu’en quelques années, ce chiffre s'était élevé à 2 milliards 200.000 francs.

D’après une autre statistique, la consommation du tabac sur tout le globe représenterait actuellement un total de 275 millions de kilogrammes.

En 1869, la France, en particulier, était arrivée au chiffre de 31.245.000 kilogr. environ, et, de ce chef, l'administration du fisc avait encaissé 248 millions de francs. En 1874, la recette totale obtenue par la vente des produits des manufactures françaises était de 294 millions de francs, et cette somme est encore bien dépassée aujourd’hui.

Si, maintenant, on met en parallèle la consommation du tabac en Angleterre, en France, en Russie et en Allemagne, on trouve, d'après les derniers renseignements statistiques, que la quantité de tabac consommée, en moyenne, par an,est,en Angleterre, d'une livre trois sixièmes par tête, en France et en

Russie d’une livre trois cinquièmes, en Allemagne de deux livres deux tiers.

Assurément, le mauvais superflu occupe toujours, chez nous, une place beaucoup trop large et il serait téméraire d'affirmer que la corruption est moins grande aujourd'hui qu'autrefois. Au moins peut-on dire qu'il y a, dans nos mœurs, plus de finesse et plus d'élégance.

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