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DE LA RÉPRESSION DU LUXE

De toute l'étude qui précède, il résulte clairement ceci : c'est qu'il y a eu, c'est qu'il y a encore un bon et un mauvais luxe.

Le bon luxe, c’est celui qui consiste dans ce quelque chose qui est plus que le bien-être ; c’est aussi l’ensemble des saines jouissances intellectuelles qui nous viennent des sciences, des belles-lettres et des beaux-arts. — Le mauvais luxe qu’on a appelé aussi luxe abusif a été défini déjà : celui que condamnent la morale, la convenance et le goût, celui qui est nuisible à la santé, et celui qui, bon en lui-même, devient mauvais par l’excès qui en est fait. D’une manière générale, c’est « le mauvais usage du superflu ». ,

Il est de toute évidence que le bon luxe ne saurait être attaqué; mais, d'autre part, le mauvais luxe étant chose immorale et nuisible à la société, il semble qu’on ne peut nier à cette dernière, dans l'intérêt de son existence même, le droit de combattre le luxe, quand 1l est abusif, nuisible.

Avant de consulter l’histoire, pour savoir à quels moyens les pouvoirs publics ont eu recours pour combattre les abus fastueux, on peut se demander quel doit être, d’une manière générale, le rôle de l'Etat en cette matière. I] faut, sans doute, lui reconnaître le droit d'intervenir, pour réprimer les manifestations du luxe comme l'alcoolisme ou le jeu, qui constituent un danger social et peuvent troubler l’ordre. En dehors de cela, chacun est libre d’employer à son gré les richesses qu'il possède, l'Etat, autant que son rôle n’est pas absolument nécessaire, devant se garder d'intervenir dans le domaine privé. D'autre part, le législateur peut très légitimement taxer certaines consommations de luxe ; mais sl cherche par là à niveler les fortunes, il va trop loin et dépasse les limites de ses attributions.

De plus, on peut ajouter que le rôle de l'Etat ne consiste pas seulement dans la répression du luxe ; il doit parfois aider les industries de luxe, seconder les artistes ; enfin certaines dépenses luxueuses qu'il pourra faire ne seront pas mauvaises, si, par exemple, elles servent au bon renom, à la gloire arüstique du pays.

Et d'abord une remarque générale peut être faite : c'est que la manière d’être de l'Etat vis-à-vis du luxe, diffère, selon qu'il s’agit d’une monarchie ou d'une démocratie. L'histoire nous le démontre.

Avec la monarchie absolue, le luxe est à l’image du prince, comme lui pondéré ou désordonné. Il n’y a, pour ainsi dire, que le luxe public, le luxe de

la cour. Dans ces conditions, si le prince punissait le luxe, il se punirait lui-même. Est-ce à dire cependant qu'il nv ait aucune loi répressive du luxe? Assurément non, car, chose digne de remarque, le monarque absolu cherchait fréquemment à réprimer chez les autres le luxe auquel lui-même s'adonnait avec délices. Mais ces lois n'avaient pas une portée générale, le législateur étant au-dessus de la loi.

Avec une démocratie, le faste excessif tend en général à diminuer. Sparte, notamment, en est un exemple; de même, la république romaine, à ses débuts du moins.

La démocratie moderne à certainement exercé sur le luxe une heureuse influence : eile l’a nivelé. De nombreuses causes ont amené ce résultat : suppression des monopoles et privilèges, de l'esciavage ; liberté du travail ; morcellement des terres ; proclamation de l'égalité entre les citoyens, etc...

On ne veut pas que certains aient un luxe immodéré aux dépens de la masse ; et c’est pour cela que les démocraties veulent aussi frapper le luxe ; c’est pour cela que, chez elles aussi, nous rencontrons parfois des lois somptuaires et des impôts somptuaires.

Voyons maintenant quels furent jadis et quels sont aujourd'huiles divers moyens employés pour réprimer le luxe.

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