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partie du superflu, qui dépasse ce que la généralité des habitants d'un pays considère comme essentiel, non-seulementaux besoins de l'existence, mais aussi à l'agrément et à la décence de la vie. »
[ trouve, à juste titre, celle de Littré défectueuse : « Le luxe est la magnificence dans la table, le vêtement, l'ameublement; l'abondance des choses somptueuses ».
Elle s'applique plutôt au faste.
En somme, la notion du luxe reste assez vague ; toutefois, il semble que l’on peut, avec MM.Cauvès, Baudrillart et Leroy-Beaulieu, le définir plutôt par le superflu que par la rareté et la cherté.
Le luxe se présente sous de nombreux aspects : c'est dire qu'il y en a plusieurs espèces.
On peut, en se plaçant à un premier joint de vue, distinguer le luxe matériel et le luxe intellectuel : le premier, se rapportant aux jouissances matérielles de table, d'ameublement, de vêtements, d'habitation, qui sont louables, du moment qu'elles ne dégénèrent pas en raffinements énervants; le second, ayant trait aux nobles plaisirs qui s'adressent à l’âme et l’élèvent, en lui inculquant l’amour du beau, du bien et du vrai : tels sont ceux qui résultent de la connaissance des chefs - d'œuvre de l’art et de la littérature.
En second lieu, il y a le luxe privé et le luxe public.
Celui-ci se subdivisera en luxe public civil et luxe public religieux. Le luxe publie civil doit toujours
tendre à diminuer les inégalités sociales, en offrant aux plus déshérités des agréments et des avantages matériels, tels que : jardins publics, squares, fontaines, monuments, et à ouvrir l'esprit des masses aux pures Jouissances intellectuelles, ainsi qu'aux idées morales et élevées, par les bibliothèques, musées, cérémonies et fêtes publiques, etc. ; mais il n'a pas toujours ce but, en fait. Le luxe religieux tient et du luxe public, et du luxe privé: par ses fêtes et ses pompes, dont l'effet, sur la foule, est si puissant, 1l aide à l’enseignement de la religion si nécessaire à l'homme.
Le luxe privé, comme son nom l'indique, est celui que chaque individu, en particulier, se donne, suivant ses goûts et les moyens dont il dispose.
On doit faire ici une place au luxe funéraire qui, semble-t-il, participe à la fois du caractère public etprivé :ilest, à ce propos, curieux de noter qu'à Rome, les premières traces du luxe privé se rencontrent à l’occasion des funérailles. à
On parle aussi quelquefois de haut luxe, de luxe aristocratique, de luxe vulgaire ou démocratique.
Il y a, enfin, le bon et le mauvais luxe.
Le bon luxe, c’est, évidemment, le luxe de bon aloi, sainement entendu, celui qui consiste dans ce quelque chose qui est plus que le bien-être et que le mot tout moderne de confortable, emprunté à l’Angleterre, exprime si bien. C’est aussi l’ensemble des saines jouissances intellectuelles qui nous viennent de la fréquentation des sciences et des lettres, et de
la contemplation du beau. Un tel luxe ne saurait encourir de blâme.
Le mauvais luxe ou «luxe abusif » (1) est, au contraire, celui que condamnent « la morale, la convenance, le goût et la santé », ou celui qui implique disproportion entre la dépense faite et le revenu. On peut dire que c’est, d’une manière générale, « le mauvais usage du superflu » (2).
Parmi les causes (et elles sont nombreuses) qui agissent sur le luxe, il faut citer, en première ligne, le milieu physique : il est hors de doute, en effet, que le luxe ne se développe pas de même sous toutes les latitudes.
L'habitant des tropiques subit l'action déprimante d'une température torride ; au contraire, l’'Eskimau. engourdi par le froid, arrache péniblement sa vie à la nature ingrate.
Un fait certain, c’est que les antiques civilisations ont eu leurs foyers en Asie, en Afrique et dans l'Amérique du Sud, c'est-à-dire dans les pays chauds, et que, en particulier, la civilisation européenne a eu l'Inde pour berceau ; elle est née de la civilisation aryenne, en passant par la Grèce.
Jadis très avancées, l’Asie et l'Egypte, favorisées par la richesse merveilleuse du sol, la facilité de la vie et l'extraordinaire abondance dela main-d'œuvre, ont émerveillé le monde par leur luxe inouï et leur
(1) BaupriLLaRT, 0p. cil., liv. 1, ch. 1v, L.
(2) M. NapauLtr DE Burron, avocat général, Discours de rentrée Sur le luxe (1867).