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tation est très développé. Souvent ils font preuve de mauvais goût; mais ne peut-on en dire autant des civilisés? Beaucoup ont le sentiment de l’art et travaillent avec goût les différents objets dont ils se servent. Eux aussi, ils sont esclaves de la mode : ils aiment tout ce qui brille et les distingue de leurs semblables ; ils ont leur coquetterie.
Les uns, comme les insulaires des îles Fidji, passent des heures à édifier une coiffure monumentale ; d’autres, comme les Eskimaux, se creusent, dans les joues, des trous dans lesquels ils introduisent des petites pierres.
Dans l'Afrique Centrale, les femmes Felatah ont la passion de la toilette : elle leur prend une partie de la journée. Les jeunes filles Salanga (1) se parfument le corps, et s’ornent la lèvre supérieure d’une petite corne.
Le capitaine Binger (2) décrit la toilette compliquée des femmes de Samory ; elles étaient couvertes de bracelets, colliers, bijoux de toute sorte, les jours de fêtes, et portaient d'énormes pendants d'oreilles.
Les femmes Goagires (3) ont un goût très prononcé pour les bijoux ; elles se fardent avec une poudre rouge, et leur luxe suprême consiste dans un collier de quartzites rouges.
Certaines tribus de l’Afrique se taillent les dents
(1) Tour du Monde, 2° semestre, voyage de Crampel, 1892.
(2) Du Niger au golfe de Guinée (1887-89), Tour du Monde, 1891, 1° semestre.
(3) J.ne BRertes, Voyage en Colombie, Tour du Monde, 1898, 1°* semestre.
en pointe ou se les teignent, et se peignent le corps de diverses couleurs.
Souvent aussi, la parure marque le rang social : chez les nègres de l'Ogooué, les nobles portent deux chaussures ; la classe inférieure n’en à qu’une, et les esclaves vont pieds nus.
Le tatouage estune pratique à peu près universelle chez les sauvages : il indique aussi la hiérarchie. Les nègres du Sénégal, les naturels de la Nouvelle-Guinée et les négritos présentent de curieux spécimens de ce genre de luxe. Mais il atteint son maximum avec les insulaires de Bornéo (1); les femmes de Longwaï et les guerriers Dayaks portent, sur différentes parties du corps, des tatouages aux dessins compliqués, qui sont de véritables œuvres d'art. Il en est de même des Maoris, vieille race guerrière de la Polynésie.
Beaucoup de peuplades ornementent leurs armes avec goût ; telles sont, notamment, celles des iles Salomon. Les Eskimaux eux-mêmes décorent leurs périsssoires avec des figurines en os.
Les femmes Peuhls (Sénégambie), Medjourtines (ÇGomalis) et Bat-rot-si (Haut-Zambèze) portent de riches parures très finement ouvragées. D'autres, enfin, comme les (Goagires, ont un sens artistique qui se manifeste dans les plus petits détails de leur vie : leurs ustensiles les plus vulgaires sont ornés de sculptures.
4) Garz Bocx, Voyage à Bornéo, Tour du Monde, 1890, 2* semestre,
Voilà pour le luxe privé. On peut ajouter que les rois et les chefs se donnent, très largement, le luxe des femmes et des esclaves,
Les sauvages ont aussi leur luxe public. Les victoires des guerriers et certaines époques de l’année donnent lieu à des fêtes, qui se passent en repas, en libations copieuses, en danses quelquefois imposantes (danses des guerriers Massaï et des Mazamboni), accompagnées de chants et de musique.
Le luxe religieux, si rudimentaire qu'il-soit, existe cependant : presque tous ces peuples croient, en effet, à une vie future. Ils ont leurs dieux, et, à défaut de temples, des idoles et des fétiches, qu’ils vénèrent et ornent de sculptures, souvent fines et compliquées. Il n’est guère, enfin, de peuplades sauvages, chez lesquelles les funérailles d’un chef ou même d'un membre quelconque de la tribu, ne soient l’objet d’une pompe plus ou moins fastueuse : presque toujours il est revêtu de sa plus riche parure. À côté de lui, si c'est un guerrier, sont déposés ses armes, et, souvent même, des aliments. Si c'est un roi ou un grand chef, une coutume barbare exige, chez beaucoup de ces peuples, que ses femmes soient ensevelies vives avec lui. Un tombeau, le plus riche possible, lui estélevé; enfin, les obsèques sont l'occasion de chants, de jeux, de danses et de repas. Les sépultures des anciens chefs mexicains sont splendides.
Mais, pas plus que les civilisés, ces êtres primitifs ne sont à l’abri du mauvais luxe. Ils ne sont, en général, ni plus innocents, ni plus vertueux, et l'im-
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tempérance est leur passion dominante. Un grand nombre font des spiritueux un abus regrettable, sous toutes les latitudes. Les Indiens de la Guyane s’enivrent avec le cachiri; les Chinois tirent du riz une eau-de-vie qu'ils appellent chum-chum. Aïlleurs c'est le khiva des insulaires des Nouvelles-Hébrides, l'arak des Africains, la pulque du Mexique, la chicha des Arhouaques de la Colombie, etc. Bref, tous connaissent les boissons fermentées et s'y adonnent souvent jusqu'à l'ivresse Ja plus complète. C’est là le trait principal de leur luxe blâmable ; certains y jo1gnet la passion du jeu et la dissolution.
Sur ce point, les Européens ne sont pas à l'abri de tout reproche ; si l’on ne peut affirmer que, dans la plupart des tribus sauvages, ce sont eux qui ont introduit le goût de l'alcool, au moins peut-on dire, d'une facon générale, qu'ils l’ont partout développé. L’alcoolisme a même été, pour les Anglais et les Américains, un moyen trop fréquent de conquête et d’extermination.
L'Orient a été le foyer du luxe: l'extrême facilité de la vie,due à une végétation luxuriante, l'éclat merveilleux d’une nature féérique, la richesse extraordinaire des productions de toute sorte, et la domination de la foule par une caste aristocratique toute puissante, à laquelle elle fournissait une main-d'œuvre abondante et presque gratuite, sont autant de causes qui expliquent la précocité du luxe dans ces régions.
D'autre part, si le climat a hâté son éclosion, s’il lui a permis d'arriver presque immédiatement à son
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plus haut degré de perfection, il en à fait, par là même, une chose à peu près immuable. Le luxe oriental n'a pas changé depuis l'antiquité ; il était aussi avancé, il y a deux mille ans, qu'aujourd'hui, ou à peu près : c'étaient les mêmes étoffes merveilleuses, la même splendeur des palais, des parures et des armes.
De plus, il a toujours été caractérisé par un douloureux contraste entre l'extrême opulence des grands et la misère des masses; sous ces latitudes, l’homme manque du ressort moral nécessaire pour réagir contre l'oppression. Enfin, autre conséquence du milieu, le luxe d'Orient présente infiniment moins de variété que celui d'Occident. Dans les pavs tempérés, la nature est moins prodigue ; les besoins sont plus nombreux ; il faut des demeures plus confortables, une nourriture plus succulente, des vêtements différents, suivant les saisons. Aussi l’activité humaine, suümulée par le climat, est sans cesse en éveil et le luxe y revêt des formes innombrables.
La constitution sociale de l'Egypte (1) a imprimé à son luxe public un caractère essentiellement religieux.
La croyance à la vie future y fut toujours très vive ; aussi la religion y inspira-t-elle à peu près tous les monuments. Ils sont nombreux et grandioses, et élevés, les uns à la divinité suprême, qui engendre elle-même une infinité de dieux secon-
(1) G. Maspero, Hist. anc. des peuples de l'Orient.