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c’est tout un pour eux — plus ils résistent furieusement. Le ton supérieur est de la tradition étroite fermé aux influences modernes. Ils ne cèdent qu’aux usages nouveaux venus, aux exigences de la mode ou de la « sensibilité ». Encore ce dernier mot ne signifie-t-il l’émotion, mais l’expression courante de politesse récemment acceptée par la société, l’équivalent à peu près de notre distinction.
Le mariage fut la grande affaire de la Restauration ; on lui donne une importance sociale de premier ordre ; il serf au rétablissement des fortunes et au relèvement de l’aristocratie. On le traite avec le hiératisme que les émigrés savent mettre dans les actes traditionnels. Des démarches sont de ton en matière d’alliances, d’autres proscrites, sans plus de raison; il suffit que les intérêts d’essence supérieure soient sauvegardés. Il est de convenance de ne point éterniser une cour; les contrats étant arrêtés, en moins d’un mois les bans sont publiés, les cadeaux achetés, et les noces accomplies. Une fois en 1821, le fils du maréchal duc de..., épousant Mlle M..., dérogea aux usages. Pendant plusieurs mois, les futurs vécurent dans « l’adoration perpétuelle » et reprirent les coutumes d’avant la terreur. 11 y eut bal de fiançailles, soirée de contrat, grand gala de noce, à l’issue duquel la. famille se rendit à l’église et assista à la bénédiction nuptiale donnée par l’archevêque de Paris. L’originalité de cette cour à longue échéance déplut au grand monde ; on s’en gaussa comme d’une fantaisie de parvenus dont il faut se garder de suivre l’exemple.
Au faubourg Saint-Germain, c'est la simplicité même; le genre commande une jolie réserve des deux parts. La jeune fille doit avoir le bon goût de ne montrer ni exaltation, ni joie trop vive. Elle recevra sans passion les bouquets en dôme, que le jockey du futur dépose chaque matin à son adresse. Ici la mode a changé depuis l’Empire. Ces fleurs sont maintenant pressées, serrées, et n’ont rien gardé des coquetteries aériennes et artistiques autrefois fournies par Mme Prévost. Puis les fiancés, chacun en leur particulier, commandent leur portrait en miniature, dans une pose de circonstance, le sourire aux lèvres, les yeux dans le bleu, et quelque emblème dans la main. Au
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jour fixé par les parents ils se feront l’un à l’autre ce premier présent, en échangeant leur bague. Une fois tous les contrats signés et paraphés, une semaine ou deux avant la célébration, le sultan sera offert en grande pompe à la jeune fille. Ce fut longtemps un carton en forme de vase, recouvert de soie, capitonné de satin blanc, où étaient couchés dans un pêle-mêle lés joyaux, les dentelles, les éventails ; puis ce deviendra une boîte fort ordinaire, plus commode, où l’on aura l’obligation de mettre plus de choses. La corbeille est pour les intimités féminines la vraie fête, ce que nous appellerions le vernissage, avant le grand jour. En tous endroits d’un salon les splendeurs en sont disposées sur des guéridons; merveilles du sultan, frivolités mignonnes du trousseau. Ce sont richesses concurrentes que la corbeille et le trousseau; ils se règlent l’un sur l'autre; celle-là est la réponse à celui-ci, et elle attend pour se produire de savoir l’état de son rival. Entendez la composition habituelle d’un trousseau de mondaine ; tout s’y nombre en douzaines, quelquefois en douzaines de douzaines, et rappelle certaines énumérations pantagruéliques de Rabelais : huit douzaines de chemises brodées au plumetis, six douzaines de mouchoirs en batiste, une douzaine d’autres mieux décorés pour le bal ou les soirées, deux douzaines de jupons, une douzaine de camisoles, une douzaine et demie de fichus de nuit, deux douzaines de serre-tête en batiste, une douzaine de peignoirs exquis, brodés et dentelés, huit douzaines de serviettes pour la toilette, autant de frottoirs pour le bain; et les schalls du matin, les étuis de bazin pour les peignes, les cache-pelottes à épingles, les couvre-pieds, les taies d’oreiller dont la moins jolie vaut 10 louis, les innombrables paires de draps de lit festonnés, brodés à jour, les demi-costumes de Malines, les tabliers de camériste, les mitaines. Et ce n’est point ici un trousseau princier que je cite ; Mlle de Luxembourg, à qui il est, n’a point, à beaucoup près, la dot d’une tille de banquier. Le tout n’a pas coûté *20 000 francs, quand celui de Mlle R... monte à plus de 300 000 francs, abstraction faite des pierres, des joyaux, des cachemires, et d’une robe de Malines valant à elle seule plus de 8 000 francs (1821).
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Reste la cérémonie à l’église. Ici nous sommes loin des luxes déployés depuis, des fleurs ornant le maître-autel, des orchestres compliqués et
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Souvenir, un jour de noces. D’aprcs le tableau de Fi-unquélin.
des chants d’opéra. A Saint-Thomas d’Aquin, une première classe, comportant le grand pontifical, peut aller jusqu’à cinquante louis. Encore
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fait-on entrer dans la dépense les deux cents lettres imprimées et les trois cents lettres manuscrites distribuées par les soins du sacristain. Les lettres manuscrites indiquent aux parents l’heure de l’office, et le moment où les voitures les iront prendre à domicile. On a un prêtre officiant, un prêtre servant, la messe, l’orgue, cinq suisses et bedeaux, deux carreaux, le poêle qu’on suspend encore sur la tête des époux au moment de la bénédiction et que tiennent deux jeunes parents juchés sur des chaises; un grand tapis allant de la rue jusqu’à l’autel, les cierges, l’offrande, l’aumône aux pauvres, les enfants de chœur et le sacristain. La solennité est bien plus au dehors, dans le luxe des équipages et la splendeur des livrées. Les fiancés arrivent à l’église dans un carrosse de gala bleu et or, à leurs armes, les gens habillés de bleu et d’argent, perruqués à frimas, cocher devant, conduisant à quatre, cl deux laquais derrière. Les chevaux blancs caparaçonnés d’argent portent des oreillères de rubans, qu’on retrouve en touffes au fouet du cocher et aux épaulières des valets de pied. Le cortège, formé sous le porche, s’avance précédé des suisses, la mariée conduite par son père, le marié donnant le bras à sa belle-mère ou à telle personne qui en tient lieu. Ensuite viennent les parents, les témoins, les jeunes filles pour accompagner, les invités en habit habillé et, sauf les barbes pour les femmes, en véritable costume de cour.
Le genre aristocratique ne va que rarement en deçà et plus rarement encore au delà; les innovations comptent pour intentions personnelles sans plus de valeur. Strictement, il n’est d’exceptions à la règle que dans le beau monde, ou dans cette classe particulière des altesses sérénissimes trop en dehors de la société ordinaire pour en copier servilement les formulaires étroits et précis. Ces différences ne sont pas que dans la cérémonie, elles s’éprouvent surtout, comme je le disais, dans les cadeaux de fiançailles. MUe Alix Laffitte, mariée au prince de La Moskowa, monte à l’autel avec un délicieux livre d’heures offert par la maréchale sa belle-mère, illustré de miniatures par Isabey et relié de velours blanc. Des brillants y écrivent un chiffre, et le fermoir est d’un solitaire admirable. Or, ce bijou n’est qu’une fantaisie à peine
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notée dans les émerveillements de la corbeille et du trousseau, dignes tous deux d’une fille de sang royal. Le prince de Bénévent, qui marie son neveu de Périgord, donne un château, une rente de 150,000 francs et d’exquis joyaux peints à Sèvres où l'on a plusieurs fois glissé le fin profil de la duchesse de Dino.
N’est -ce point en manière un peu de protestation contre ces luxes de millionnaires, que petit à petit les fêtes du mariage affectent dans la noblesse une allure modeste toute naïve, presque patriarcale? On en vient au simple dîner de contrat entre proches, à la bénédiction souvent dans une petite église de campagne, sans autres lettres envoyées que celles de faire part après l’alliance consommée. Le bal obligé se donne le jour des fiançailles, et si l’on est à Paris et qu’on souhaite faire montre de quelque esthétique, on appelle sur les dix heures un chœur des Bouffons pour y chanter du Rossini. Jamais des gens tout à fait distingués n’imagineront, à l’exemple de la Chaussée-d’Antin, de louer toutes les places d’un théâtre pour leurs amis, les futurs époux trônant à P avant-scène. Ce sont lâ en vérité caprices de personnes dont la fortune fait la seule considération, et qui ne sont pas plus â suivre dans leurs fautes de goût que les écuyers de cirque ou les reines d’opéra-comique.
Pour les mêmes causes de séparation morale, on bannit les sultans et leurs formes chères, ridicules, fort incommodes. Vers 1820, un fiancé du monde se fût jugé arriéré d’enfermer les cadeaux en cette urne funèbre. Tout bonnement il prenait un modeste carton divisé â l’intérieur, où l’habileté des marchands jetait sans beaucoup d’ordre dentelles et diamants au petit bonheur, laissant â la jeune fille le plaisir d’être surprise et de faire des trouvailles dans le fouillis. Cette simplicité est de bon genre, on la veut telle, même bientôt les bijoux disparaîtront du carton et s’enfermeront en des écrins spéciaux. Il faut le ton bien puissant qui fait admettre aux dames de semblables usages sans provoquer ni un regret ni une moue.
Elles aussi, les jolies épousées se transforment, se font autres; d'abord très sveltes et sanglées dans leurs étroits fourreaux de 1810, la. taille haute, le diadème .enserrant la-coiffure et'laissânf aller le voile
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très raide et très droit. Pais bientôt, en 1820, la robe est raccourcie ; elle montre le pied chaussé d’un cothurne plat en satin blanc, les manches écourtées, la ceinture descendue, le voile plus en éventail et la chevelure montante. Enfin, vers 1830, la jupe en clochette, très peu longue, bouillonnée par en bas, les manches bouffantes risquant de mignons gigots, la taille très en pointe, le voile étoffé et placé en mantille sur l’amoncellement des cheveux, et retenu par un énorme peigne. Ici la mode est souveraine. Fût-il de la plus grande distinction de garder le costume des mères, la plus obéissante et candide Agnès ne s’y résoudrait pas. il s’ensuit que les usages maîtres en tout, capables de troubler Mme la duchesse de Berry elle-même, disposant des volontés et des cœurs pour le reste, se viendront briser net contre les coquetteries. Un père donnait à sa fille un mari choisi par lui, il ne lui eût imposé ni une coiffure surannée ni une coupe vieillie. A première vue, on n’eût su discerner la patricienne de race de la bourgeoise élégante « à l’autel de l’hyménée ».
L’extase tombée, le voyage, « le petit voyage » fini, les jeunes gens commencent la vie. Les voici bien en peine. Prenons pour exemple le couple tout juste millionnaire dont le budget équilibré au plus près laisse à la dépense une quarantaine de mille francs. C’est l’ordinaire moyenne chez beaucoup de marquis, comtes ou vicomtes, officiers aux gardes, employés chez le roi et dont les femmes ont une charge à la maison des princesses. Hélas ! ce qui de loin paraît l’aisance, n’est à l’user que privation et contrainte ! Le vicomte de Ch**" établit son « moyen » dans un journal de comptes. Son loyer de 4 000 francs lui donne un salon de compagnie, deux chambres de maîtres, une chambre d’enfants, une pour les gouvernantes, un boudoir — il dit un boudoir! — une bibliothèque, une salle à manger, un vestibule, une salle de bain, une cuisine à dix fourneaux, des caves, un grenier, des privés à l’anglaise et quatre chambres de domestiques. Sauf qu’il occupe un pavillon au fond d’une cour, rue du Regard, il a droit de s’estimer quitte à bon compte. La table fort simple vaut 12 000 francs l’année pour les maîtres et les valets ; la toilette très chiche au plus 6 000 francs et encore Madame
Le Mariafie à 1' é&lise La Sacnsüe.
Peint par Duval Le Camus et 6ravé par P. J.Debucourt
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emploie-t-elle le chapitre à peu près exclusivement ; les domestiques, deux laquais, une cuisinière et une gouvernante, 2 400 francs de gages ; les voitures 5 000. Les 7 ou 8 000 francs de reste devront parer au chauffage, au renouvellement du mobilier., aux impositions, aux voyages forcés, aux cadeaux à faire, aux enfants à élever, au théâtre. Par surcroît, les rentes ne sont liquides que pour une assez faible part ; elles proviennent de terres et de maisons dont l’entretien enlève une fraction importante. Alors il se faut de foute nécessité réduire extrêmement ; on vend ses chevaux, on congédie le cocher-valet de chambre (!), on oublie Leroy pour une couturière à la journée, on abrège les repas et on rogne les théâtres. Tout l’effort portera sur le rang à tenir à la cour, Madame couverte de pierres et Monsieur étincelant sous son uniforme. On doit ceci à son nom, à ses parents, à ses relations, au roi surtout. Là se révèle la supériorité somptuaire de l'Empire. Avec Napoléon, le moindre officier pouvait toujours espérer chance meilleure ; une action d’éclat et la maison bénéficiait d’une majoration imprévue ; il n’était, à vrai dire, pas de situations butées à l’éternelle gène. Sous la Restauration, le milliard des émigrés une fois réparti, ce fut fini des espérances, sauf que les pères mourussent et abandonnassent leur part aux jeunes.
La venue d’un enfant occupe la jeune mère de cent intérêts divers infiniment doux, et c’est le point par où le high-life du siècle commençant tient davantage à la vieille France. Moreau le jeune, dans son admirable livre du Costume français , nous fait assister aux phases de la maternité chez les riches d’autrefois. D’abord les premiers indices, les précautions, Madame ne sortant qu’en chaise à porteurs, marchant à peine; le choix de la layette à deux, le père et la mère réunis et réservant les plus jolis bonnets d’une modiste en l’honneur de l’inconnu. Enfin la rude journée, Monsieur relégué dans son cabinet, anxieux, nerveux et allen-
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dant l’issue. Rien ne change moins que ces histoires pareilles toujours, leur thème reste identique sous des décors d’époques variables. Lorsque M. le baron de Vaure, secrétaire d’ambassade, apprend l’imminente arrivée d’un héritier, il est à Nancy dans sa chaise de poste, revenant de Dresde, «. Serez-vous là bientôt? » écrit sa femme un peu troublée, dans un poulet laconique porté à franc étrier par un courrier spécial. Le baron met double les parts, gourmande les postiers, augmente les relais, et finalement touche barre un samedi soir, la représentation terminée, la maman tranquille et le fds piaillant comme un beau diable. Alors au milieu des expansions du retour, disons cette scène jolie et si bien Restauration. Monsieur a déjà choisi la carrière de l’enfant, Madame aussi, et ce n’est pas la même. Lui veut l’armée, elle la diplomatie où l’on brille autant sans autant risquer. Il y a trop de soldats, et en sincérité fort butors, tandis que l’ambassadeur est vraiment plus du monde; sa grâce est d’un meilleur ton, et sa politesse autrement désirable. Et l’on discute en souriant, on se monte, tout à coup on s’écrie! Madame surtout hausse le ton, et comme elle s’étonne d’avoir ainsi besoin de jeter des cris sans raison maintenant, puisque son mari capitule, on appelle le médecin. C’était le diplomate qui avait été oublié dans la bagarre, et s’en plaignait en son patois. Deux fils ! il y eut de quoi contenter tout le monde et son père...
En nulle autre circonstance le ton 11e parle plus sévèrement que pour la réception de ces nouveaux seigneurs. La layette préparée est un complet trousseau où les couches brodées, les couches de fine toile, les brassières de batiste, les bonnets de point, les fichus, les robes de maillot se nombrent par centaines. Même dans l’hypothèse d'une surprise, les jumeaux partageront le trésor et n’en souffriront guère. Ils auront leurs bercelonnettes singulières faites en lyres, en hamacs orientaux, sculptées dans les bois les plus exotiques, et dorées comme des tabernacles. Rien ne manquera des coquetteries nécessaires aux couchettes, utiles aux nourrices, exigées pour les relevailles de la mère. Si le père tient à la cour, il obtiendra la faveur du baptême aux Tuileries, le grand aumônier officiant, quelque Altesse tenant le petit sur
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les fonts, et les princesses assistant à la fête. M. Decazes, ministre de la police, eut cet honneur, non sans protestation des ultras qui ne le vou-
Une mère et sa fille en 1815 environ. D’après le tableau de Mllc Gérard.
laient point compter de leur monde. Très galamment il n’entendit point les orages, et sa vengeance fut d’une distribution de 500 boîtes de dragées à vignettes dorées, choisies au Fidèle-Berger , la maison à la mode.
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Déjà la tendance se pressent qui fera gémir les parenls sévères de
l’ancien régime, je veux dire l’importance bourgeoise prise par l’enfant dans la famille. Bon nombre de prêtres, assez mal venus de parler de ces choses, en déplorent l’abus, et souhaitent le retour à l’état d’auparavant : le petit sevré de gâteries, abandonné aux gouvernantes et aux précepteurs, façonné en dehors du père et de la mère. Très inconsciemment l’esprit de famille a subi chez quelques-uns le retour à la tendresse et à l’indulgence. L’émigration a resserré tant de liens un peu lâches, et ramené les égoïsmes à une nouvelle appréciation de la vie domestique. Tous les pères ne sont pas sous la Restauration de pareille intransigeance ; seulement, — et ceci tue les sentiments, — il n’est point distingué de paraître attacher son cœur à ces petits êtres : il y a, au regard d’eux, des allures de commande dont au fond les rudesses ne sont que très sottement jouées. Ainsi, jamais un loyal sujet n’oserait mettre en comparaison de celles du roi ses propres convenances de famille. On le voit bien quand Sosthène de La Rochefoucauld perd sa dernière enfant Hortense, à quelques jours de la mort du roi Louis XVIII. Les phrases émues qu'il mande à la princesse Volkonski s’arrêtent à peine sur la petite tille; ce qui lui lire de douloureuses larmes, c’est, dans la chambre des Tuileries, la suprême entrevue du roi moribond et de Mme du Cayla, ce trépas chrétien, cette admirable tin d’un bon père! Il y a des compensations, par bonheur, aux pires chagrins ; Sosthène de La Rochefoucauld restera à son poste, Charles X l’a assuré, et cette parole royale est un baume. Le malheur sera béni puisqu’il vient seul.
De l’enfant, rien d’autre au milieu de ce fatras légitimiste; c’est le retour très franc aux gothiques idées, quand la mort du chef de maison
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enveloppait tout le reste de son deuil. Sans doute, M. de La Rochefoucauld, écrivant à une dame russe, n’avait point sujet de s’éterniser sur ses chagrins domestiques. Mais que nous voici mal au point pour com-
L’exkant a l'ombrelle. D’après le tableau de Le Gav.
prendre ces étrangetés, et comme une simple lettre nous renseigne sur les préoccupations de toute une classe; de toute, non pas; de presque toute, car il y a au faubourg Saint-Germain nombre de parents qui veulent autrement vivre et aimer. Il y a Mme de Bourmont conduisant son petit peuple à la promenade des Tuileries ; même Mme du Cayla
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demeurée pour son fils et sa fille la plus tendre maman, et qui priera Gérard de les peindre près d’elle sur la terrasse de Saint-Ouen. Elles sont devenues nombreuses celles que le petit-lever d’un bambin intéresse mieux que le bal du château ou la soirée à l’Opéra ; mais elles se cachent d’ordinaire et n’en font point d’étalage. Ce sont là déduits de bourgeois, affections de gens médiocres, soucis peu dignes de personnes nées. Et les pères de l’ancienne observance ont de solides raisons pour en décourager leurs femmes. — De deux choses l’une, ou votre enfant est votre esclave ou vous êtes le sien... — Dans la société dont vous êtes, il est peu décent de se substituer aux gouvernantes... — Mme la comtesse, ma mère, ne m’a tenu que deux fois dans sa vie, le jour de mon baptême, et la matinée où je mis ma première culotte, pour me mieux voir... — Laissez les enfants, ils n’ont de respect que pour ceux qui n’en font point cas ; or, j’entends que vos fils vous respectent...
Sur ce chapitre le peerage français ne transige guère. On donne à l’enfant la meilleure nourrice, quelque luronne tirée de son village et qu’on s’attache de toutes manières ; on le vêt comme un infant; on met près de lui une surveillante d’âge ; il a sa maison montée, ses chevaux, sa voiture, sa livrée, ses jouets achetés chez Giroux ou chez Susse; mais il ne paraît point à table, sauf qu’il ait passé l’âge de la communion. Grandi, il ne va point au collège, ceci est déplaisant et trivial, bon aux fils de banquiers « ou à ceux de Mr le duc d’Orléans », mais il a l’enseignement religieux d’un père jésuite, il prend ses vacances en cette société, il a ses réceptions et va aux journées de Msrle duc de Bordeaux. A part le pantalon qu’il porte très ample, la ceinture serrée, et le chapeau haut de forme un peu grotesque, il est de tous points l’enfant noble du temps de Henri IV. Bien de moderne ne l'effleure, que de loin et par surprise. C’est muni de ce bagage qu’on le jettera tout à coup dans la vie, comme on conduit sans transition les jeunes filles au bal, les uns et les autres mal préparés aux luttes et aux déboires. Pour un d’Haussonville oseur, fringant, capable d’entendre les choses, un Bémusat raisonneur et désabusé, que de jeunes gentilhommes se devinent incapables de rien, damerets, musqués, timides, et que le bouleversement de 1830
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trouvera désarmés, prêts à reprendre le chemin de l’exil et à laisser aller les aventures.
Tels sont dans un bon nombre de cas les jeunes ultras de la Restauration, les « favoris », ceux dont on aime à dire qu’ils sonl d’un extrême comme il faut. Ceux-là sont reçus partout, et peuvent prétendre aux plus belles alliances et aux plus hautes charges. En vérité, rien ne leur faut de ce qui passe pour la distinction raffinée; ils montent divinement à cheval, valsent à ravir, s’habillent au dernier ton. Ils ont à l’église le maintien pieux des ancêtres, au théâtre la contenance des seigneurs de la bonne époque ; ils ne manquent que de vie, de diable au corps, et un peu de terre à terre. Toute leur génération n’en est point là, je le disais, mais si leurs contemporains plus lancés détiennent les snobismes récents, eux seuls demeurent en possession du bon genre. La nuance est peu sensible d’apparence ; en réalité, elle s’exprime d’une nette façon. Dans le paradis royal ils sont les anges et les petits saints, les autres de beaux diables mal élevés. Ultérieurement beaucoup de diables deviendront saints, peu de saints se feront diables; n’est point Satan qui le voudrait...